La mer du Nord, future plus grande centrale énergétique verte du monde
La ville d'Ostende a accueilli le deuxième sommet de la mer du Nord, après celui organisé au Danemark.
- Publié le 24-04-2023 à 21h28
- Mis à jour le 24-04-2023 à 21h13

Ostende et son tapis bleu ont accueilli neuf chefs d'État et de gouvernement, ce lundi, pour la deuxième édition du Sommet de la mer du Nord. Il y a un an, à Esbjer (Danemark), quatre pays composaient cette nouvelle alliance. La Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et l'Allemagne, le quatuor de départ, a donc été rejoint par cinq autres partenaires : la Norvège, le Royaume-Uni, l'Irlande, la France et le… Luxembourg. L'invasion de l'Ukraine par la Russie a évidemment accéléré la création de cette coalition.
Xavier Bettel, le Premier ministre luxembourgeois, a ironisé à propos de la participation du Grand-duché à ce club. "Nous n'avons pas de mer, mais nous apportons des fonds", a-t-il déclaré à son arrivée à Ostende. L'objectif du Luxembourg, a-t-il précisé, est de signer des contrats pour avoir accès à l'électricité "bas carbone" qui sera produite par les futurs parcs offshore.
Cet élargissement de la coalition de la mer du Nord a permis de rehausser l'objectif d'installation de parcs offshore. Ainsi, la cible pour 2030 est passée de 65 à 134 GW, tandis que la cible pour 2050 est passée de 150 à 300 GW.
Si cet objectif est très ambitieux, il ne constitue néanmoins pas une surprise. En 2020 déjà, la Commission européenne avait calculé qu'il faudrait investir 800 milliards d'euros d'ici à 2050 pour booster les capacités éoliennes en mer. À l'époque, un objectif de… 300 GW pour l'éolien offshore avait déjà été mentionné.
Capacités industrielles suffisantes ?
Selon le Premier ministre belge, Alexander De Croo (Open VLD), le grand défi consiste maintenant à réaliser cet objectif. Le libéral flamand estime que les plus grands progrès viendront de l'accélération de la construction des parcs offshore plutôt que de l'innovation.
Pour accélérer la phase de construction, une standardisation des procédures, à l'échelle européenne, est nécessaire, estime-t-il. Que ce soit au niveau des appels d'offres pour de nouveaux parcs en mer, du financement, de la sécurité…
Alexander De Croo a également mis l'accent sur le rôle de l'industrie dans la réalisation de ces objectifs. "Aujourd'hui, la capacité de production d'éoliennes en mer est de 7 GW par an, a-t-il expliqué. Il faudrait monter à 20 GW par an pour atteindre nos objectifs. C'est possible, mais nous devons aider le secteur privé". Par ailleurs, il serait également nécessaire de coordonner les différents projets européens : "si nous construisons tous au même moment, l'industrie aura un problème", estime Alexander De Croo.
Attention à la Chine
Par ailleurs, le Premier ministre belge s'est félicité du rôle de pionnier de la Belgique et de l'Europe dans le domaine de l'éolien en mer. Selon les chiffres fournis en amont du Sommet, cinq des dix plus grands fabricants d'éoliennes du monde sont basés dans l'Union européenne.
Néanmoins, cette position est menacée par la Chine. Le président français, Emmanuel Macron, a d'ailleurs appelé à ne pas reproduire les erreurs faites avec le photovoltaïque. Pour rappel, l'Europe a dû massivement importer des panneaux fabriqués en Chine.
Mais le "Made in Europe" des éoliennes fait face à certains obstacles. Notamment l'accès aux matières premières. "Si nous voulons produire nos éoliennes en Europe, nous devons être moins dépendants d'un seul fournisseur pour les matières premières critiques", a déclaré Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais.
Rappelons que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) avait tiré la sonnette d'alarme concernant la domination de la Chine dans le "business" de la transition énergétique. Tant au niveau des matières premières que des capacités de production. Cette domination chinoise se manifeste aussi dans le secteur éolien offshore. Ainsi, selon l'AIE, les parts de marché de la Chine dans la fabrication des pales, des nacelles et des tours pourraient respectivement atteindre 80 %, 70 % et 60 % d'ici à 2030. Et ce, alors que l'Europe et l'Amérique du Nord sont les deux régions qui comptent le plus de projets de nouveaux parcs éoliens en mer…
300 millions de ménages
Notons que cette nouvelle coalition réunit des partenaires dont le niveau de développement dans l'éolien offshore est très inégal. Ainsi, le Royaume-Uni a déjà installé 14 GW de parcs en mer, contre à peine 0,5 GW pour la France. La Belgique, quant à elle, en est à 2,3 GW installés. Arriver à 300 GW d'ici à 2050 permettrait de couvrir la consommation d'électricité de 300 millions de ménages.
