Maingain : "La réalité déplait aux gens du nord"
le Secrétaire d'État à la fonction publique a déclaré vouloir que les 140 fonctionnaires les plus haut placés dans l'administration démontre un "bilinguisme indéniable". Une opinion d'Olivier Maingain, Président du FDF.
- Publié le 13-01-2012 à 13h46
- Mis à jour le 13-01-2012 à 13h52

Que pensez-vous des déclarations du secrétaire d'Etat Bogaert sur les hauts fonctionnaires ?
M. Bogaert revient avec une vieille obsession nationaliste flamande. Certes, personne ne refuse que les hauts fonctionnaires aient la maîtrise de plusieurs langues et a fortiori des langues nationales. En réalité, M. Bogaert, à travers cette exigence, a la volonté de mettre fin à ce qui a toujours très bien fonctionné dans l'administration : lorsqu'un fonctionnaire dirigeant n'avait pas l'attestation du Selor en termes de maîtrise de l'autre langue nationale, qu'il soit francophone ou néerlandophone, il se voyait adjoindre un collègue qui avait ce certificat de bilinguisme. Ce mode de fonctionnement en binôme a toujours bien fonctionné. Il a été admis par la commission permanente de contrôle linguistique. Tous les ministres de la Fonction publique ont demandé un avis pour confirmer cette pratique administrative et il n'y a jamais eu de problème pour concilier à la tête des administrations à la fois une grande compétence et une capacité de garder ce qu'on appelle l'unité de jurisprudence administrative. Comme quoi, ce qui gêne le CD&V, c'est le principe même du bilinguisme des services qui est la meilleure façon de bien faire fonctionner l'administration. Je sais bien que Mme Grouwels a un jour déclaré qu'il fallait mieux des incompétents bilingues que des compétents unilingues…
Les seules réactions sont venues du côté francophone. Se sentent-ils particulièrement visés ?
Les francophones savent bien que derrière ce combat-là, M. Bogaert veut porter atteinte à un principe qui régit l'administration fédérale depuis les lois de 32, à savoir que le bilinguisme des services prime sur celui des agents. Et cela alors qu'on tente justement de l'introduire à Bruxelles dans les administrations communales. La sociologie évoluant, le bilinguisme français-néerlandais n'a plus tellement de raison d'être à Bruxelles.
On a besoin de fonctionnaires qui maîtrisent aussi d'autres langues en usage comme l'anglais, l'italien ou l'espagnol. Dans ma commune, j'ai d'ailleurs instauré une prime pour ceux qui pratiquent une langue autre que le néerlandais parce que j'estime que c'est un besoin de la population. Ce qui gêne les partis du nord, c'est de devoir constater une réalité qui leur déplaît à savoir que l'usage du néerlandais dans les administrations publiques à Bruxelles est en nette régression.
Erik Van Rompuy a mis en cause le bilinguisme défaillant du Premier ministre et aussi de M. Chastel qui, lui, ne s'exprimerait pas du tout en néerlandais. Est-ce une situation normale à vos yeux ?
On doit toujours encourager la maîtrise des langues. Certains ont des dons, d'autres en ont moins. J'ai connu des ministres flamands qui baragouinaient en français et je ne leur en ai jamais fait le reproche. D'ailleurs, je trouve qu'il serait intelligent que tous les dirigeants s'efforcent d'avoir en tout cas une bonne connaissance passive de l'autre langue. On ne s'exprime correctement et avec précision que dans sa langue personnelle. Mais l'effort de pouvoir comprendre l'autre langue, de sorte qu'on ne doive pas recourir aux interprètes, cela faciliterait grandement la vie dans ce pays.
