"Le match au sommet Di Rupo-De Wever est profondément hypocrite"
Elio Di Rupo (PS) et Bart De Wever (N-VA) restent à l'écart du débat de fond, à deux mois des élections. Mais l'un est l'adversaire désigné de l'autre. "Il se renforcent mutuellement" dit Nicolas Baygert spécialiste de la communication politique.
- Publié le 17-03-2014 à 21h53
- Mis à jour le 18-03-2014 à 08h03

Les adversaires siamois. Elio Di Rupo, Premier ministre et président en titre du PS, face à Bart De Wever, président de la N-VA. L'arbitre ? Des pandas ! Le socialiste était allé accueillir deux spécimens prêtés au Parc Pairi Daiza sur le tarmac de l'aéroport. Le leader nationaliste l'a singé en se déguisant en panda lors d'un show à la télévision flamande. Le débat de fond dans tout cela, à deux mois et demi des élections du 25 mai ? Absent. Totalement…
Les deux hommes "sont sortis du registre électoral classique pour privilégier le registre communicationnel", analyse Nicolas Baygert, spécialiste de la communication politique à l'UCL, l'Ihecs et à la Sorbonne à Paris.
"Elio Di Rupo est dans une communication folklorique. Il est présent dès qu'un événement est de nature à marquer la vie sociétale belge (Diables rouges, intronisation du Roi, etc.). Il symbolise une forme de nouvelle belgitude", décortique le spécialiste. "Mais cela a pour conséquence qu'il dépolitise énormément sa fonction et évite de la sorte toute critique frontale. Il a mis en place un 'storytelling' gouvernemental avec un matraquage de bonnes nouvelles : stabilité retrouvée, un gouvernement qui a empêché le pays d'exploser, etc. C'est ça, sa communication."
Ce week-end, dans le cadre de son interprétation très remarquée du panda chinois, "Bart De Wever a adopté un registre de communication dirupien, folklorique. Depuis le soir des élections communales de 2012 et son discours à Anvers, il est perçu comme un être froid, loin de sa bonhomie qu'on lui connaissait avant son régime. Il a une aura plus sombre. Ici, avec son coup de com', il est parvenu à ramener de l'humour autour de son personnage. Ce qui avait fait son succès. Cette histoire de pandas est devenue un 'gimmick' de la campagne - surtout qu'elle n'a pas beaucoup de contenu pour le moment, sauf des promesses. Les pandas permettent d'apporter un élément neuf, dont s'est servi De Wever."