Les tunnels, symboles de "l'esprit Expo 58"
Selon le professeur, "sans justifier à elle seule l'exécution de ces travaux, l'Exposition universelle de 1958 a contribué à rendre ceux-ci plus urgents". Autrement dit, elle a servi de catalyseur à la politique du "tout à l'automobile" alors développée à Bruxelles.
- Publié le 25-01-2016 à 20h17
- Mis à jour le 26-01-2016 à 16h22

Pour le professeur Michel Hubert (Saint-Louis), la construction des tunnels dans la capitale s'est inscrite dans la volonté des autorités politiques belges de faire de Bruxelles une grande métropole européenne et "l'un des carrefours routiers les plus importants de l'Occident", selon les termes du ministère des Travaux publics à l'occasion du programme de modernisation du réseau routier esquissé dès 1949.
Cette volonté s'est traduite dans les années '50, période au cours de laquelle le parc automobile a "explosé", par un programme de travaux qui, explique M. Hubert, poursuivait un double objectif : renforcer la capacité des artères radiales et mieux répartir le trafic entre ces artères par des voies concentriques comme la petite et la grande ceintures et le ring.
Selon le professeur, "sans justifier à elle seule l'exécution de ces travaux, l'Exposition universelle de 1958 a contribué à rendre ceux-ci plus urgents". Autrement dit, elle a servi de catalyseur à la politique du "tout à l'automobile" alors développée à Bruxelles.
Selon les politiques, et spécialement les libéraux, de l'époque, les grands travaux d'infrastructure et l'encouragement du transport individuel s'entendaient comme des facteurs de progrès économique et social, commente Michel Hubert. C'est ainsi qu'alors qu'il avait fallu 40 ans pour réaliser la jonction ferroviaire Nord-Midi, "à peine trois années suffirent pour métamorphoser les boulevards de petite ceinture avec la construction de tunnels et le réaménagement des voiries en surface".
Dernier maillon d'une chaîne
Et le sociologue de préciser que le plan de l'administration des routes de 1964 a renforcé la volonté de créer de nouvelles autoroutes de pénétration. En vérité, poursuit-il, la mise en service, le 31 août 1986, du tunnel Léopold II, appelé, avec ses 2 534 mètres de long, à remplacer le viaduc du même nom, a clôturé trois décennies de grands travaux autoroutiers à Bruxelles.
Entre-temps, "une autre vision de la circulation urbaine est apparue", plusieurs experts ayant montré qu'une extension de la voirie ne rend pas la circulation plus fluide mais augmente le taux de congestion du trafic.
Depuis la création de la Région de Bruxelles-Capitale, en 1989, il est question de mieux partager l'espace public entre les usagers. Des mesures (sites propres pour les trams etc.) ont été prises visant à mieux protéger les modes de déplacements alternatifs mais "effacer l'empreinte laissée par les grands travaux réalisés pour l'Expo 58 semble bien difficile", conclut M. Hubert.
Les atermoiements qui ont précédé la décision de démanteler le viaduc Reyers et, aujourd'hui, les débats autour de l'avenir des tunnels de la capitale le montrent à suffisance.
