À Éghezée, "un CPAS atypique", qui propose "un service individualisé"
Le Centre public d'action sociale est le bras social d'une commune. Illustration à Éghezée, une commune relativement riche.

- Publié le 03-10-2024 à 06h32

En ce mercredi matin, un grand calme règne au Centre public d'action sociale (CPAS) d'Éghezée, commune rurale située au nord de Namur. Au rez-de-chaussée, le service social général accueille les habitants de la commune. À l'étage, d'autres collaborateurs du CPAS (ils sont une cinquantaine au total) travaillent dans la tranquillité de leurs bureaux. La grande salle de réunion est déserte. Mardi soir, elle était plus animée, alors que se tenait, comme toutes les trois semaines, le conseil de l'action sociale.
"Le conseil de l'action sociale est au CPAS ce que le conseil communal est à la commune", contextualise Jérémy Winand, directeur général ad interim du CPAS. C'est l'organe politique qui prend les décisions que l'administration du CPAS va mettre en œuvre. Il est composé de personnes désignées par les différents partis représentés au conseil communal selon le rapport de force issu des élections. Il statue notamment sur les demandes d'aides formulées par la population : revenu d'intégration sociale (RIS), allocation de chauffage, constitution de garantie locative, aides sociales individuelles, etc. "Dans la grande majorité des situations présentées, le conseil suit les recommandations faites par les assistantes sociales, ajoute M. Winand. Les décisions sont prises sur la base d'éléments objectifs. Tout cela est très réglementé. Les assistantes sociales mènent des enquêtes sociales et vérifient que les demandeurs respectent les critères d'octroi."
À côté du conseil, il existe également un bureau permanent, l'équivalent du collège communal pour le CPAS. Ce bureau permanent est présidé par le président du CPAS. A Éghezée, il s'agit Michel Dubuisson (Ensemble pour vous, la liste MR qui domine la commune).
Le but n'est pas d'octroyer une aide ad vitam aeternam. L'objectif, c'est d'amener les personnes vers une autonomie de vie, notamment par une insertion à l'emploi.
Mais le CPAS ne sert pas seulement à attribuer des aides à la population dans le besoin. "Le but n'est pas d'octroyer une aide ad vitam aeternam, explique Jérémy Winand. L'objectif, c'est d'amener les personnes vers une autonomie de vie, notamment par une insertion à l'emploi." Une mission à laquelle s'attelle le service d'insertion socioprofessionnelle (SISP), qui peut aider chaque habitant de la commune – pas seulement les chômeurs ou les bénéficiaires du RIS – dans la réalisation d'un bilan socioprofessionnel et la définition d'un projet, dans la rédaction d'un CV ou d'une lettre de motivation, etc. Le CPAS conclut également des conventions avec des services extérieurs comme Oxfam ou la Ressourcerie et leur met à disposition des travailleurs ("articles 60"), le temps qu'ils ouvrent le droit aux allocations sociales.
Remettre le pied à l'étrier
Avec certaines personnes très éloignées de l'emploi, il faut d'abord faire un travail de réinsertion sociale avant d'envisager le retour au travail. C'est la mission du service d'insertion sociale (SIS). "Il s'agit de leur remettre le pied à l'étrier, de leur réapprendre un savoir-être, un savoir-faire, etc. Cela peut se faire au travers de différentes activités comme des ateliers jardin, cuisine ou artistiques", explique un travailleur social du CPAS.
Comme d'autres, le CPAS d'Eghezée propose également un service de médiation de dettes ainsi que des services de maintien à domicile.
Davantage que la dignité
Mais l'offre de services est plus large à Éghezée. C'est une commune relativement riche, précise Jérémy Winand. Au 1er janvier 2024, on comptait 61 bénéficiaires du RIS (et d'autres bénéficiaires de l'aide sociale) pour 17 000 habitants. Pour gérer l'ensemble de ces dossiers, le CPAS peut compter sur quatre assistants sociaux de première ligne. Cela permet un suivi de qualité de chaque personne, qui serait impossible dans le CPAS d'une grande ville. "Dans certains CPAS, chaque assistant social doit gérer une centaine de dossiers RIS. Forcément, les rendez-vous avec les usagers ne peuvent pas durer plus d'un quart d'heure", commente le directeur général. À Éghezée, il n'est pas rare que ces rendez-vous durent une heure. Les travailleurs sociaux peuvent offrir "un service individualisé", "un accompagnement de A à Z". "Nous sommes un CPAS atypique. Nous allons bien au-delà de l'article 1 de la loi organique sur les CPAS, qui stipule que chacun a droit à mener une vie conforme à la dignité humaine."

Ces nombreux services rendus à la personne sont possibles grâce aux moyens mis à disposition par le conseil de l'action sociale, ce qui permet au CPAS d'Éghezée d'aller au-delà des compétences traditionnelles d'un CPAS. Un taxi social a ainsi été mis en place. Sa mission est d'assurer la mobilité des usagers à un prix démocratique. Une épicerie sociale a été ouverte, où sont vendus des produits à -30 %, ainsi qu'une belle boutique de seconde main, la Malle à fringues. Le CPAS a également engagé une éducatrice de rue dans le cadre de sa politique du logement et dispose de six logements d'urgence à destination de personnes qui auraient subi un incendie, une inondation, des violences conjugales, etc.
Le CPAS possède également une maison de quartier, qui organise des animations pour les enfants, les préados et les adolescents ainsi qu'une école des devoirs. Une vingtaine d'élèves y participent et peuvent bénéficier d'une navette. Ils sont encadrés par deux logopèdes. "Ici aussi, c'est un encadrement personnalisé", conclut le directeur général.