Bras de fer entre le PS et le MR pour décrocher les mayorats de Schaerbeek et Forest, avec Écolo comme arbitre
Le MR n'est pas prêt à laisser filer deux mayorats de plus, après Ixelles et Anderlecht. Mais le PS n'est pas disposé à lui laisser le choix.

- Publié le 15-10-2024 à 20h21
- Mis à jour le 15-10-2024 à 21h50

Le PS a réalisé plusieurs jolis coups, lors du second tour des élections communales, raflant les mayorats d'Anderlecht et d'Ixelles, alors qu'il y avait obtenu moins de sièges que les listes MR-Engagés.
La contre-attaque de Georges-Louis Bouchez
Georges-Louis Bouchez, président du MR, a initié la contre-attaque ce mardi matin, en tentant un coup de poker à Schaerbeek. Alors que la liste MR-Engagés y est au coude à coude avec le PS (10 sièges chacun, mais le PS a plus de voix), les libéraux bruxellois ont annoncé le transfert de Sait Köse, ex-échevin schaerbeekois, issu de la liste citoyenne 1030 Ensemble. Ce renfort devait permettre au cartel MR-Engagés de devenir la première force au conseil communal. "Raison pour laquelle je revendique le mayorat", avait expliqué ce mardi Audrey Henry, tête de liste MR-Engagés sur la RTBF. Jusque-là, le poste de bourgmestre semblait promis à Hasan Koyuncu, tête de liste PS, arrivé largement en tête en nombre de voix.
"Il faut laisser Georges-Louis Bouchez boxer dans le vide quand il agit de la sorte"
La manœuvre n'a guère déstabilisé les socialistes, décidés à ne pas céder. "Il faut laisser Georges-Louis Bouchez boxer dans le vide quand il agit de la sorte", pointait une source socialiste.
Ce mardi après-midi, nouveau rebondissement : Sait Köse rétropédale. "Je reste 1030 Ensemble", a assuré l'élu à la DH. Et sa tête de liste Georges Verzin d'ajouter : "Madame Henry a 10 sièges. Il n'y a pas de onzième".
Schaerbeek, une priorité pour Ahmed Laaouej
L'enjeu du mayorat schaerbeekois dépasse la commune. Schaerbeek, de même que celui de Wavre en Wallonie, fait figure d'enjeu central pour les partis nationaux. Ahmed Laaouej a fait passer le message au sein du PS : Schaerbeek est une priorité pour le PS. La même analyse vaut pour le MR.
Ce mardi, les négociations n'ont pas abouti. Le MR, qui a fustigé le "communautarisme" du candidat socialiste, aurait notamment mis une exclusive sur sa personne. L'état-major socialiste s'appuie sur un axe avec Écolo qui s'est formé à Schaerbeek. Cette alliance semble d'une étonnante solidité, au vu de la violence des rapports entre certains conseillers PS et Écolo sous la précédente législature.
"L'état-major du MR nous avait demandé de trouver un accord avec Écolo à Schaerbeek, en vue de la négociation à Uccle. On voulait donc les voir seuls. Mais cela n'a pas été possible car ils n'ont jamais voulu se déscotcher du PS", nous glisse un libéral schaerbeekois.
"Il y a en effet une volonté du PS et d'Écolo de trouver ensemble des solutions pour former un collège, assure Vincent Vanhalewyn (Écolo), actuel premier échevin. Nous n'avions pas d'accord préélectoral avec le PS, mais nous avons constaté un axe fort PS/Ecolo pour faire face au morcellement des partis. Actuellement, nous sommes sans solution pour former une majorité, parce que certains partis mettent des exclusives sur des listes ou des personnes…"
Quelles coalitions possibles ?
La suite ? Les socialistes peuvent mathématiquement contourner le MR dans une coalition PS-Écolo-Liste du bourgmestre, et placer Hasan Koyuncu à la maison communale.
Le MR peut lui aussi envisager la même manœuvre, en envoyant le PS dans l'opposition pour décrocher le mayorat. Les libéraux auront toutefois du mal à convaincre Écolo de lâcher le PS, et s'allier à la liste du bourgmestre Bernard Clerfayt.
Mais ces deux scénarios, qui excluent soit le PS soit le MR, ne reposent que sur une courte majorité d'un siège. Or, Bernard Clerfayt et Cécile Jodogne ont été fortement marqués, durant la législature écoulée, par l'hémorragie de départs au sein de la coalition schaerbeekoise, qui a fini minoritaire.
Ce qui unit les élus et militants de droite et de centre-droit, à Schaerbeek, c'est quand même d'éviter d'être dans une majorité d'extrême gauche dans 6 ans, comme à Molenbeek. C'est ça la priorité à Schaerbeek, plutôt que savoir qui aura un mayorat."
"Ce qui unit les élus de droite et de centre-droit, à Schaerbeek, c'est quand même d'éviter d'avoir une majorité d'extrême gauche dans 6 ans, comme à Molenbeek. C'est ça la priorité plutôt que de savoir qui emportera le mayorat. De toute façon, pour une bourgmestre de droite entourée de partis de gauche, cela peut être un suicide politique", pointe une source politique schaerbeekoise.
À Forest, un scénario à l'ixelloise ?
Dans la mesure du possible, la situation, à Forest, est encore plus compliquée. La liste MR-Défi de Cédric Pierre De Permentier et de Marc Lowenstein est arrivée en tête avec 10 sièges, devant la liste PS-Vooruit (9 sièges), Écolo/Groen (8 sièges), le PTB (8 sièges).
Cédric Pierre De Permentier, malgré sa victoire, ne dispose que de peu d'alliés. Si des discussions sont en cours entre tous les partis, dont le PTB, les sections forestoises du PS et d'Écolo semblent surtout désireuses de mettre en place une large coalition de gauche PS-Ecolo-PTB. L'état-major du PS pourrait toutefois s'opposer à une aventure avec le PTB, s'il a d'autres choix (ce qui n'est pas le cas à Molenbeek).
Faire avaler aux socialistes et écologistes forestois une alliance avec le MR s'annonce déjà fort épineux. Leur faire ensuite accepter comme bourgmestre Cédric Pierre De Permentier, qui incarne l'aile droite du MR, en est une autre.
C'est pourquoi, à Forest, le socialiste Charles Spapens semble le mieux placé pour décrocher le mayorat, au même titre qu'Hasan Koyuncu à Schaerbeek.
Le MR se résignera-t-il à laisser filer deux mayorats de plus ? Georges-Louis Bouchez n'est pas du genre à rendre les armes sans combattre. Autant dire que le bras de fer entre le PS et le MR n'est pas terminé. Ironie de l'histoire : à Schaerbeek comme à Forest, c'est Écolo qui en sera l'arbitre.