"Aujourd'hui, je ne publierais plus de tels contenus…" : l'inquiétant passé de Mohammed Kalandar, échevin PS de Molenbeek, refait surface
Mohammed Kalandar (PS), échevin des Sports à Molenbeek, avait déjà été épinglé en janvier pour son soutien aux milices irakiennes Hachd al-Chaabi. Il avait présenté ses excuses. Mais d'autres publications, dont l'une fait l'apologie du meurtre d'un caricaturiste, ont ressurgi.

- Publié le 18-02-2025 à 07h02
- Mis à jour le 18-02-2025 à 10h02

L'affaire avait secoué le conseil communal de Molenbeek le mois dernier. Elle pourrait bien rebondir.
Le 7 janvier, La Dernière Heure exhume une publication Instagram du nouvel échevin molenbeekois des Sports Mohammed Kalandar (PS). En mai 2020, il célébrait ainsi l'anniversaire de la création des Unités de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) irakiennes, en postant notamment leur emblème.
Selon Abied Alsulaiman, professeur à la KU Leuven, cette milice irakienne est le "pendant chiite de l'État islamique". "Des études ont démontré que les Hachd al-Chaabi sont très similaires à Daesh dans leur modus operandi, leurs crimes ainsi que leur utilisation des médias", avait-il assuré à Bruzz. L'intéressé avait plaidé l'ignorance.

Ces révélations avaient déclenché la consternation et l'indignation de plusieurs élus et militants de la section molenbeekoise du PS. Cela n'avait pas empêché Mohammed Kalandar de maintenir la publication sur son profil Instagram, avant de finalement la retirer, sous pression de la hiérarchie socialiste.
Au conseil communal de Molenbeek, le MR avait menacé d'introduire une plainte au parquet pour "incitation à la haine ou à la violence, apologie du terrorisme et apologie de crimes de guerre." L'échevin socialiste avait finalement présenté ses excuses, regrettant toutefois des accusations "injustes" au sujet d'une publication vieille "de 5 ans."
"Depuis mon arrivée en Belgique, je suis pleinement intégré."
Un dérapage ?
Une analyse en profondeur des propos qu'il a pu tenir ou endosser sur les réseaux sociaux par le passé tend à montrer que le soutien problématique du socialiste molenbeekois aux milices Hachd al-Chaabi n'est pas une sortie de route mais s'inscrit dans une forme de continuité.
Ainsi, dans un post en arabe partagé par Mohammed Kalandar sur Facebook le 8 février 2012 (trois ans avant l'attentat chez Charlie Hebdo), il est mentionné qu'un caricaturiste danois du prophète Mahomet a été brûlé vif et que celui qui partagera cette information sera béni par Dieu.
"L'homme qui a dessiné la caricature du Prophète et qui a été brûlé vif. Le Danemark garde cette information secrète, peut-on lire dans ce post aux accents complotistes. Veuillez publier cette information, car une sœur de Palestine a eu une vision selon laquelle quiconque publierait cette information, Dieu le rendrait heureux […] Les jours apporteront une grande joie, mais celui qui s'efforce de résister souffrira d'un grand chagrin."

Le 23 juillet 2012, soit un an après le début de la guerre civile en Syrie, Mohammed Kalandar partage des photos sur Facebook qui mettent en avant des personnalités sulfureuses comme l'ex-dictateur de la Syrie Bachar Al Assad, en pleine discussion avec Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah récemment éliminé par Israël, et Mahmoud Ahmadinejad, ancien président ultraconservateur de l'Iran, qui avait affirmé qu'" Israël devait être rayé de la carte."

Quelques mois plus tôt, il avait déjà publié un montage reprenant le visage des mêmes dirigeants chiites (NdlR : Bachar Al Assad est alaouite) présentés comme "les ennemis d'Israël."
Le 18 décembre 2014, dans une autre publication en arabe que seuls ses amis Facebook peuvent consulter, il est mentionné que les non-croyants seront "jetés en enfer et y bouillonneront." Interrogé par La Libre, Mohammed Kalandar a avancé que "cette publication reprenait une sourate coranique sans arrière-pensée politique."
"Certaines inquiétudes"
Certaines de ces publications ne sont pas passées inaperçues auprès de certains élus du conseil communal molenbeekois… "Des inquiétudes sont remontées, notamment des clubs sportifs, glisse une source politique. Cela inquiète aussi des parents de voir qu'un échevin qui a pu tenir des propos de ce genre est en contact avec les jeunes sportifs. Surtout dans une commune comme Molenbeek, traumatisée par les attentats et le départ de jeunes pour faire le jihad."
Pour être clair et sans détour, je reconnais avoir, à l'époque, fait un mauvais usage des réseaux sociaux. Avec le recul, je mesure l'importance des mots et l'impact qu'ils peuvent avoir. Aujourd'hui, je ne publierais évidemment plus de tels contenus."
"Les publications en question datent de 2012, a réagi Mohammed Kalandar, contacté par La Libre. J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer à ce sujet lors de la polémique dont j'ai fait l'objet il y a quelques semaines. Je constate néanmoins que certains cherchent encore à me présenter sous un jour qui ne reflète en rien la personne que je suis. Pour être clair et sans détour, je reconnais avoir, à l'époque, fait un mauvais usage des réseaux sociaux. Avec le recul, je mesure l'importance des mots et l'impact qu'ils peuvent avoir. Aujourd'hui, je ne publierais évidemment plus de tels contenus."
Ces messages, certes, ne sont pas tous très récents. Ils sont toutefois encore visibles actuellement sur le profil Facebook de Mohammed Kalandar… L'échevin molenbeekois tient toutefois à se montrer sans équivoque. "Je tiens à le rappeler une fois de plus : je condamne fermement toutes les formes de violence et je suis profondément attaché aux valeurs du vivre-ensemble et du respect de chacun. Enfin, je constate qu'une cabale semble être en cours contre moi. Dès lundi, je consulterai mon conseiller afin d'examiner les mesures à prendre."
Pour appuyer ses dires, Mohammed Kalandar a transmis une publication, datant d'après Charlie Hebdo, dans laquelle il se dit "Charlie".

Une désignation très contestée
La désignation de Mohammed Kalandar s'inscrit dans le contexte d'une section locale du PS molenbeekois aux allures de poudrière, et traversée par les guerres intestines.
Sur le plan plus politique, la désignation en tant qu'échevin de Mohammed Kalandar, qui appartient à l'écurie de la bourgmestre Catherine Moureaux, a été très contestée, dès le départ. D'autres candidats, qui avaient obtenu plus que ses 482 voix, auraient pu prétendre au poste d'échevin des Sports.
Mohammed Kalandar, chauffeur à la Stib de son état, avait en fait récupéré le poste d'échevin des Sports et de la Santé initialement dévolu à Yassine Akki. Fin novembre, les socialistes avaient été contraints de faire marche arrière après la divulgation, par la presse, du casier judiciaire de Yassine Akki, condamné en 2001 pour viol sur mineure.

Ils avaient finalement désigné Mohammed Kalandar, alors que Jamel Azaoum (779 voix), échevin sortant des Sports était pressenti.
Ce dernier avait alors dénoncé une gestion de la section locale "farfelue", avant de quitter le groupe. Une plainte finalement jugée infondée avait même été déposée auprès du comité de vigilance du PS, en raison de potentielles irrégularités dans la procédure de désignation de Mohammed Kalandar. Au sein du PS, certains évoquent, consternés, un "échevinat maudit."
Pour Catherine Moureaux, l'enjeu est aussi politique. Le groupe socialiste ne doit sa position de premier parti (onze sièges, à égalité avec le PTB) à Molenbeek qu'à un siège. Celui qu'occupe Mohammed Kalandar…