Le MR dit vouloir "supprimer Good Move": "Ils vont enlever toutes les pistes cyclables du Pentagone ? Ce n'est que du show"
Comment "abolir Good Move", comme le demande, entre autres, le MR ? Un flou demeure entre les slogans et l'application concrète sur le terrain. Pourfendeur de Good-Move, le candidat-bourgmestre à la Ville, David Weytsman (MR), nous explique ce qu'il entend, concrètement, par "mise à plat" de Good Move. "On ne va pas tout rechanger. Cela créerait du nouveau chaos et c'est justement ce qu'on veut éviter."

- Publié le 07-10-2024 à 09h28

C'est désormais acté : la prochaine échéance de la Lez est reportée. Les véhicules diesel Euro 5 pourront donc circuler deux ans de plus. Le feu vert final a été donné ce vendredi en séance plénière du parlement régional, à l'issue d'une crise politique sans précédent en Région bruxelloise.
Pour rappel, alors que les négociations s'enlisent du côté flamand, la proposition d'ordonnance a été introduite par le front francophone MR-PS-Engagés, sans concertation avec les partis néerlandophones. Ce qui a irrité au plus haut point Groen, pour qui le maintien de la Lez était une priorité politique. Résultats : porte claquée d'Elke Van den Brandt, stand-by des négociations jusqu'à minimum après les élections locales. Mais alors que cette trêve électorale apparaît circonscrite pour l'Arizona où la coalition est assez consolidée, c'est toujours le flou à Bruxelles quant au futur attelage et la mise en place d'un exécutif risque de traîner encore un moment.
"Si ce blocage perdure, le MR prendra d'autres initiatives parlementaires afin de mettre en œuvre les réformes choisies par les citoyens. En premier lieu, nous mettrons fin à Good Move au Parlement dans les prochaines semaines", avait alors menacé Georges-Louis Bouchez au climax de la crise politique.
Au niveau local, cette croisade anti-Good-Move se poursuit lors de cette campagne communale. Exemple : "Pour un rejet total de Good Move", a récemment invectivé ostensiblement la tête de liste berchemoise.
Un flou dans la concrétisation
Mais que veut dire "supprimer Good Move" ? Effacer les pistes cyclables réalisées sous Vervoort III, repasser en zone 50, rechanger les sens de circulation ? Entre les intentions générales et les mesures concrètes, un flou demeure.
Pour rappel, Good Move est un cadre global régional fixant la politique de mobilité pour 2020-2030. Cela passe par une amélioration de la desserte de transport en commun, la sécurisation des passages pour piétons, la création de pistes cyclables… ainsi que les fameuses "mailles" de circulation, qui sont devenues à elles seules, dans le langage courant, synonyme de "Good Move" après les vives protestations de riverains à Cureghem et Schaerbeek.
Si personne parmi les partis traditionnels ne semble remettre en cause les objectifs globaux du plan, c'est la fameuse "méthode des mailles" qui est décriée ainsi que sa mise en œuvre. Le MR dit par exemple vouloir "revenir sur des aménagements qui ont rendu la vie des usagers plus compliquée" ou "garantir une vraie consultation". Supprimer la zone 30 généralisée ? Non. Pas de retour à la zone 50, nous dit-on, mais la balle renvoyée aux communes.
À la table des négociations francophones, le sujet a déjà été abordé mais les modalités du plan de "mise à mort de Good Move" restent encore vagues. Une certitude toutefois à entendre le front francophone : les grandes mailles doivent être abolies pour revenir à une échelle plus locale.
À noter : la suppression de Good Move ne pourra dans tous les cas pas se faire en deux coups de cuillère à pot. Il faudra en effet passer par un long processus législatif pour changer ce plan global. Ce qui aura, en outre, un impact sur une série d'autres cadres réglementaires, imbriqués dans Good Move.
Rouvrir rue Royale
N'oublions pas que ce n'est pas la Région qui implémente directement les plans, mais bien les communes. L'initiative vient en effet des majorités communales, qui elles-mêmes mettent les plans en œuvre en recevant un appui logistique et financier de la Région. Ce qui réduit – comme toujours – la force de frappe d'un gouvernement bruxellois en matière de mobilité si les coalitions locales lui sont hétérogènes, voire hostiles.
Principal parti d'opposition à la Ville et leader du nouveau cartel de centre-droit, le MR fait actuellement à plein pot campagne locale contre Good Move et la mobilité. Son objectif s'il monte au pouvoir : "mettre à plat Good Move". Un dessein vertement pointé du doigt par ses concurrents : "Ils vont faire quoi concrètement ? Enlever toutes les pistes cyclables du Pentagone ? C'est que du show", peste un écologiste de la Ville.
"Nous n'aurions jamais implémenté ces plans comme ça mais on ne va pas tout rechanger. Cela créerait du nouveau chaos et c'est justement ce qu'on veut éviter."
Alors concrètement ? À Haren, le MR demande de rouvrir certains axes pour "éviter les grands tours". Dans le Pentagone, trois mesures sont vues comme prioritaires. Primo, le verrou de la rue Royale : "ou le faire sauter, ou permettre aux commerçants, travailleurs et habitants de passer." Secundo, le bout de la rue Dansaert : "on a une congestion qui bloque la Petite Ceinture, il faut vraiment travailler sur les feux." Tertio, les Marolles "trop enclavées" : "une solution serait de rouvrir un accès au niveau de la Chapelle." "On s'engage à faire des évaluations des plans pour voir quelles modifications apporter."
Une "participation 50-50"
Voilà pour les "mailles existantes". Pour le reste, "on ne veut plus travailler avec ces mailles beaucoup trop grandes. Il faut agir quartier par quartier, rue par rue." Le libéral donne l'exemple de Laeken, découpé en quatre grandes mailles (Heysel, Laeken, Tour&Taxis et Pannenhuis). "Voter PS ou Ecolo, c'est voter pour un Good Move à Laeken avec de grands plans et de grandes mailles comme dans le Pentagone. Nous, on veut en priorité travailler sur les carrefours dangereux, à savoir par exemple sur l'axe Bockstael-Houba de Strooper."
Voter PS ou Ecolo, c'est voter pour un Good Move à Laeken.
Comme tous les partis bruxellois, les libéraux ne jurent que par la "participation citoyenne". David Weytsman dit avoir une idée bien définie de la chose : "la méthode 50-50." Comprenez : pour les grands changements comme la mobilité, 50 % des habitants concernés doivent être consultés et 50 % de ces consultés doivent se prononcer en faveur de la mesure. Cela se fait via courriers, mails, porte-à-porte, urne…
Mais rappelons surtout que, politiquement, rien n'est joué quant au futur de Good Move. Si une majorité hostile à ce plan s'est dégagée côté francophone (surtout avec le MR, le PS et le PTB), il faudra composer avec les néerlandophones pour former un gouvernement bruxellois en bonne et due forme. Et à cette heure, étant donné le veto envers Fouad Ahidar, Groen apparaît presque incontournable et Elke Van den Brandt ne compte pas abandonner Good Move si facilement.
