La majorité alternative PS-Écolo-PTB, l'acte fondateur de gouvernements de gauche après le scrutin ? "Une alliance de circonstance, rien de plus…"
La mise en place d'une telle majorité alternative de gauche sur le décret paysage, au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, est un fait politique inédit.

- Publié le 17-04-2024 à 12h47
- Mis à jour le 17-04-2024 à 14h22

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) est "en affaires courantes" a considéré Pierre-Yves Jeholet (MR), ce mercredi matin. Le ministre-président de la FWB a dénoncé "un coup de poignard du PS et d'Écolo", avec "l'appui de l'extrême-gauche".
Durant la nuit de mardi à mercredi, une majorité alternative, composée du PS, d'Écolo, mais aussi du PTB, parti membre de l'opposition, a voté en faveur du texte déposé au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, modifiant la réforme du décret paysage.
La mise en place de cette majorité alternative de gauche, composée du PS, d'Ecolo et du PTB, est un fait politique "inédit", comme nous le confirme le politologue Pascal Delwit (ULB).
Certains, dans les partis et parmi les observateurs politiques, voient dans cette alliance visant à contrer un projet de la majorité, l'acte de naissance possible d'un axe de gauche. Voire les prémisses de la mise en place de futures majorités Coquelicot, en Wallonie, à la Fédération Wallonie-Bruxelles, et dans la capitale. Bref, partout où cela serait possible.
Les électeurs qui mettront un bulletin de vote PS ou Ecolo risquent réellement de se retrouver avec le PTB en majorité. Ce n'est désormais plus seulement un risque théorique. Çela démontre aussi l'erreur stratégique inouïe du PS consistant à répéter comme mantra "voter PTB est inutile parce qu'ils ne veulent pas gouverner". Car à présent que le PTB assume que gouverner est possible, cela revient à... rendre pleinement utile le vote"
"C'est une première inquiétante, indépendamment du fond. Les électeurs qui mettront un bulletin de vote PS ou Écolo dans l'urne risquent réellement de se retrouver avec le PTB en majorité. Ce n'est désormais plus seulement un risque théorique, analyse François De Smet, le président de Défi. Cela démontre aussi l'erreur stratégique inouïe du PS consistant à répéter comme mantra que 'voter PTB est inutile parce qu'ils ne veulent pas gouverner'. À présent que le PTB assume que gouverner est possible pour lui, cela revient à… rendre pleinement utile le vote PTB. C'est suicidaire. Comme si, pour le PS, le seul problème du PTB est qu'il ne voulait pas gouverner. Et comme si leur populisme, leur démagogie, leur anti politisme n'étaient pas des problèmes plus sérieux."
Pour les libéraux, les évènements de cette nuit auront un impact profond sur la campagne en ce sens qu'ils positionneraient les partis francophones en deux grands blocs distincts, ce qui rendrait la campagne plus lisible et les positionnements, plus clairs et aisés. "L'analyse est simple : il y a désormais un bloc MR/Les Engagés, puisqu'ils ont soutenu l'essentiel de la réforme, versus une coalition PS/Écolo/PTB, pointe un ténor du MR. C'est le plus beau cadeau de campagne possible pour nous."
À gauche et au centre de l'échiquier politique wallon, on conteste toutefois cette analyse.
"L'alliance Écolo/PS/PTB est une alliance de circonstance qui s'est imposée sur un dossier, ni plus ni moins, mais n'a pas été construite", objecte un ténor écologiste.
"Ce que je retiens d'hier, c'est l'isolement du MR, politiquement, et par rapport à la société civile", souligne pour sa part Martin Casier, député PS à la FWB et vice-président du PS bruxellois.
"Il n'y a pas non plus d'axe MR/Les Engagés. Le MR s'est totalement isolé dans le dossier du décret paysage et ils essayent de se raccrocher à nous".
"Il n'y a pas non plus d'axe MR/Les Engagés. Le MR s'est totalement isolé dans le dossier du décret paysage et ils essayent de se raccrocher à nous, ajoute Jean-Luc Crucke, député wallon (Les Engagés) et ancien ministre MR, qui ne croit pas davantage en l'avènement d'un Coquelicot. Écolo suit le PS, on le voit bien. Mais croire que ces deux partis sont d'accord avec le PTB sur plus qu'un projet, ce serait très nouveau. Personnellement, je n'y crois absolument pas. Et si c'était le cas, bonne chance à eux. Ce n'est en tout cas pas notre projet."
L'axe MR-Engagés n'existe pas. Les Engagés ont déposé un amendement qui n'a pas été soutenu par le MR. On parle de plus en plus d'un Olivier (PS-Ecolo-Les Engagés) en Wallonie, après les élections."
Les cadres du PTB eux-mêmes veillent à ne pas donner trop de portée à cette majorité alternative. "Ce que nous avons soutenu, c'est le mouvement social étudiant, pointe Germain Mugemangango, chef de groupe PTB au Parlement de Wallonie. C'est un moment important, comme nous l'avons connu sur la loi anti-manifestants. Cela ne présage pas d'une majorité future. Ce que je retiens, c'est la manière dont on peut s'appuyer sur le mouvement social pour obtenir des acquis. J'appelle le PS et Écolo à revoir leur copie. S'ils font cela, on soutiendra leur dynamique."
Certains, au PS, prolongent l'analyse hors micro. Certes, le parti de Paul Magnette espère bel et bien mettre en place les majorités les plus à gauche possible, et gouverner sans le MR s'il le peut. Mais cela n'a rien de neuf. Et cela sera vraisemblablement sans le PTB, et avec les écologistes qui semblent former avec le PS, du moins en Wallonie, un axe insécable.
En Wallonie, le retour de l'Olivier ?
"L'alliance avec le PTB n'est qu'une alliance de circonstance, assure encore un élu socialiste. Il y a bien un axe avec Écolo, côté francophone, qui dépasse la question du décret paysage. Mais cela ne concerne pas le PTB, qui n'ira pas au pouvoir. Et n'a d'ailleurs aucun intérêt à y aller, car ce serait pour eux l'assurance de ne pas parvenir à faire ce qu'ils ont dit qu'ils feraient. Quant à l'axe MR-Engagés, il n'existe pas. Les Engagés ont d'ailleurs déposé un amendement qui n'a pas été soutenu par le MR. On parle de plus en plus d'un Olivier (PS-Écolo-Les Engagés) en Wallonie, après les élections. On le voit : les Engagés chassent sur les terres de la droite, chez les déçus de Georges-Louis Bouchez, en voulant incarner un centre-droit responsable, qui n'est pas dans l'outrance."