Elections 2024 : Écolo, le parti qui gouverne, puis se brûle les ailes, puis gouverne, puis se brûle les ailes…
D'élections en élections, les verts francophones alternent entre majorité et opposition. Entre grandes victoires et lourdes défaites.

- Publié le 10-06-2024 à 19h08
- Mis à jour le 10-06-2024 à 19h11

"Il faut de la lucidité, de l'humilité et de la dignité pour constater que nous n'avons pas pu convaincre." C'est ce qu'a déclaré, lundi matin, le co-président d'Écolo, Jean-Marc Nollet au micro de la RTBF. Et d'annoncer, dans la foulée, que le duo qu'il forme avec Rajae Maouane à la tête du parti, démissionne. La suite logique d'une campagne électorale compliquée, ponctuée par un résultat assassin à la sortie des urnes. Car si les verts francophones s'attendaient à perdre des plumes, ils ne s'attendaient sans doute pas à un échec aussi cuisant.
Concrètement, les écologistes ont perdu dix sièges à la Chambre, huit en région bruxelloise et sept en région wallonne. Avec un résultat de 2,93 % à la Chambre, contre 6 % en 2019 ; de 9,8 % à Bruxelles, contre 19 % en 2019 et de 6,97 % en région wallonne, contre 14,48 % en 2019, c'est la dégringolade.
Jean-Marc Nollet explique cette défaite par un manque de visibilité des enjeux climatiques durant la campagne, et une "offensive dirigée clairement contre Écolo". Un constat partagé par Gilles Vanden Burre (chef de groupe Écolo à la Chambre et qui ne sera toutefois pas réélu). "La campagne – de la part du MR, mais aussi récemment du PS – a effectivement été très agressive, et ce n'est pas dans l'ADN de notre parti de réagir de la même façon. Ceux qui ont gagné avaient comme principal programme d'être 'contre' ce que nous proposions. Dans le même temps, les enjeux climatiques et de justice sociale ont été éclipsés", déplore-t-il.
À la question de savoir si l'échec n'est pas le résultat d'un "vote sanction" contre un bilan critiqué des écologistes – la gestion des Pfas en Wallonie, la politique de mobilité à Bruxelles et le retournement de veste dans le vote du décret Paysage -, il nuance. "Quand on décide d'aller au pouvoir, on s'attend à gérer des dossiers compliqués, répond l'écologiste. Concernant, par exemple, les Pfas, il y a eu surtout beaucoup d'agressivité de la part du MR envers Céline Tellier, et, au final, très peu de discussions sur le fond."
Et d'ajouter : "Maintenant, nous aurions peut-être dû mettre certains sujets sur la table autrement".
Le mauvais cocktail Pfas-Good Move
Emilie Van Haute, politologue à l'ULB, porte un autre regard sur la question. "Ce qui est évident, c'est que la participation au pouvoir n'est jamais bénéfique à Écolo, pointe-t-elle. À Bruxelles, les verts paient clairement leur participation au pouvoir quand on voit, par exemple, le faible score d'Alain Maron (2775 voix) – qui a notamment géré la gestion du Covid et la difficile question de la propreté publique."
Selon la politologue, il faudra analyser la situation avec un peu plus de recul, mais à l'heure actuelle, il y a manifestement eu un transfert des voix, tant à Bruxelles qu'en Wallonie, vers le centre droit. "En Wallonie, Les Engagés – qui ont repris, de façon moins forte, les questions environnementales – ont constitué une alternative pour les électeurs écologistes moins à gauche."
Ce positionnement plus à gauche des verts francophones pourrait d'ailleurs être l'un des éléments qui a le plus crispé son électorat dans le sud du pays. "Quand on voit les scores dans le Brabant wallon et à Namur, par exemple, on constate que ce qu'Écolo a perdu, ce sont Les Engagés qui l'ont gagné."
À Bruxelles, Emilie Van Haute estime que les écologistes ont vraisemblablement perdu les électeurs chipés, en 2019, aux libéraux. "Ceux qui avaient voté pour Écolo aux dernières élections sont, aujourd'hui, retournés au MR."
Quant à la gestion des dossiers Pfas-Good Move-décret Paysage, ils ont clairement porté préjudice aux verts. "Se défendre sur un sujet lié à des contaminations quand on est ministre écologiste, c'est compliqué. Et les discussions ont eu lieu dans un très mauvais timing pour Écolo, explique la politologue. À Bruxelles, Good Move a beaucoup polarisé. Les électeurs en faveur d'une mobilité plus douce se sont donc tournés vers Groen."
"Pas compliqué de faire mieux la prochaine fois"
Dans un tel contexte, Écolo pourrait-il revenir en force lors des prochaines élections ? Car dans l'histoire politique des verts, on constate une tendance qui lui est particulière : à chaque fois qu'ils participent au pouvoir, ils en sont éjectés aux élections suivantes. Et d'alterner entre victoire et défaite, de scrutin en scrutin. "Vu leurs résultats, cela ne sera pas compliqué de faire mieux aux prochaines élections…", selon Emilie Van Haute.
Pour Gilles Vanden Burre, aujourd'hui, l'urgence, c'est de "réfléchir aux enjeux à défendre pour continuer le travail". "Nous avons eu, ce lundi, un long bureau politique avec beaucoup de monde. C'est un signal positif. La suite, on verra".