Petra De Sutter (Groen) : "Si le Belang a la majorité, il changera les lois qui ont donné des droits aux LGBT"
Petra De Sutter, vice-Première ministre Groen au sein du gouvernement De Croo désormais en affaires courantes, rejoindra bientôt les bancs de la Chambre. La majorité "Arizona" qui est envisagée laissera la famille écologiste au bord du chemin. Petra De Sutter se dit pourtant prête à en découdre depuis l'opposition. Pour La Libre, elle revient également sur une campagne électorale particulièrement violente en Flandre en raison des attaques de l'extrême droite sur les questions de genre...

- Publié le 06-07-2024 à 07h00

Comment vous sentez-vous après quatre années de Vivaldi (MR, Open VLD, CD&V, Écolo, Groen, PS, Vooruit) et de nombreux conflits au sein de l'équipe fédérale ?
Oh, vous savez, je suis un peu bouddhiste… Je vis ici et maintenant, c'est ma formule personnelle pour le bonheur et le bien-être mental. Cette période a été très intense avec de bonnes choses et des déceptions. La campagne électorale a également été intense et surprenante sur le plan personnel : c'était très médiatisé. Il y avait beaucoup de programmes politiques de type "téléréalité", comme Het Conclaaf (qui a réuni sept personnalités politiques flamandes dans un château, tout un week-end, NdlR). Avec cette personnalisation, on a peu parlé du contenu des programmes électoraux. Cette évolution, entamée il y a déjà quelques années, concerne davantage la Flandre que la partie francophone du pays. Je ne sais pas si c'est nécessairement négatif car cela nous a obligés à communiquer de manière différente.
Lors de l'émission Het Conclaaf (VTM), diffusée à la fin de la campagne, Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang, avait défendu en votre présence Bart Claes, un député de son parti qui avait suscité un tollé en 2020 en publiant un tweet dans lequel il vous ciblait en tant que personne transgenre.
C'était une vraie erreur stratégique de Tom Van Grieken. Durant leur congrès de campagne, les représentants du Vlaams Belang ont dit qu'on était allé trop loin avec les droits des LGBT, ils se moquaient de ces combats. Et dans Het Conclaaf, le journaliste Eric Goens a démasqué Tom Van Grieken en l'interrogeant sur le tweet de son député. J'étais étonnée d'assister à cette scène car, pour moi, le fait d'être transgenre est un non-sujet depuis 30 ans. Tom Van Grieken a répondu qu'on naît homme ou femme biologiquement et que le genre, ça n'existe pas : c'est de la construction, du subjectif. J'ai alors réagi fortement. J'ai une formation médicale et toutes les études démontrent que, chez l'humain, l'identité de genre existe et que, si elle est le plus souvent congruente avec le sexe biologique, ce n'est pas toujours le cas. Tom Van Grieken ne croit pas du tout à mon identité de femme. Il l'a dit à plusieurs reprises en interview. C'était assez choquant. Voilà qu'en 2024, le président d'un grand parti politique – pas quelqu'un qui a trop bu dans un café – dit cela à la télé nationale…
Le président du Belang s'est ensuite excusé pour ses propos.
Il dit qu'il avait été "trop honnête" et que ses propos n'étaient pas dirigés contre moi. Mais que valent des excuses pareilles ? Le rejet de l'identité de genre fait partie de l'idéologie très conservatrice ou réactionnaire du Belang. Dans une brochure électorale, ce parti a proposé de doubler la prime de naissance des femmes qui ont un enfant avant 30 ans à la condition qu'elles vivent et travaillent en Belgique depuis plusieurs années. Autrement dit, ils veulent aider seulement les femmes blanches, pas les migrantes ! Dans l'histoire, ça a été fait déjà en Allemagne : les nazis donnaient des médailles aux femmes aryennes lorsqu'elles avaient beaucoup d'enfants.
Le Vlaams Belang a proposé de doubler la prime de naissance des femmes qui ont un enfant avant 30 ans à la condition qu'elles vivent et travaillent en Belgique depuis plusieurs années. Autrement dit, ils veulent aider seulement les femmes blanches, pas les migrantes !"
Le Vlaams Belang veut-il pour autant revenir sur les droits des LGBT ?
Ils disent qu'ils ne vont pas les remettre en cause. Vous les croyez ? Si le Belang a la majorité, évidemment qu'il changera les lois qui nous ont donnés nos droits en tant que communauté LGBT ! La première chose que Giorgia Meloni a faite en Italie, c'est de barrer le nom de la co-mère dans un couple de lesbienne sur l'acte de naissance de l'enfant. Le Vlaams Belang ne le ferait pas ? Qui peut croire cela ? Le masque est tombé. Groen est complètement opposé au Belang dans tous ces dossiers. Il y a eu un choc dans la campagne en Flandre suite à cet épisode et cela a probablement influencé les résultats. La N-VA en a profité et est restée première.
Par contre, votre formation, Groen, a subi un sérieux revers électoral… Comment l'expliquez-vous ?
Groen venait de 10 % environ en 2019 et, désormais, on a 7,5 % à la Chambre. C'est mauvais mais c'est moins dramatique que prévu. Les derniers sondages nous donnaient à 6,1 %… On a tenu bon face à ces prédictions et à l'opinion publique qui nous avaient déjà enterrés. Moi, je suis sortie des élections en me préparant à mener le combat dans l'opposition : face au Vlaams Belang, je continuerai jusqu'à mon dernier soupir à me battre pour les minorités, les femmes, les LGBT. Je ne veux pas d'une société où, comme le propose le Vlaams Belang, les écoliers doivent dénoncer en ligne les professeurs trop à gauche ou trop woke. À la Chambre, après les affaires courantes, je serai candidate pour devenir cheffe de groupe Écolo/Groen pour mener cette bataille contre le Belang, en plus du combat classique face au futur gouvernement "Arizona". On va aussi aider nos amis d'Écolo à revenir au premier plan politique.