"Le but de la réforme du chômage de l'Arizona, ce n'est pas d'envoyer les gens au CPAS, c'est de les remettre à l'emploi"
David Weytsman (MR), président du CPAS de Bruxelles, et Didier Wauters, échevin de l'Emploi, prennent à contre-pied le discours des présidents de CPAS wallons et bruxellois.

- Publié le 01-09-2025 à 06h42

Le 1er janvier, des milliers de personnes seront exclues du chômage, dans tout le pays.
"Les premiers courriers de l'Onem vont partir d'ici 15 jours, pour informer les personnes concernées", pointe Didier Wauters (Les Engagés), échevin de l'Emploi à la Ville de Bruxelles.
Cette décision aura un impact majeur dans tout le pays (184 463 personnes), et en Région bruxelloise (40 775) en particulier. Rien qu'à la Ville de Bruxelles "8 000 personnes, qui sont au chômage de plus de 2 ans, sont concernées", souligne David Weytsman (MR), président du CPAS de Bruxelles-Ville. "Bruxelles sera très exposée à la réforme, à l'inverse de plus petites communes comme Woluwe-Saint-Pierre. Notre ville s'est paupérisée fortement ces dernières années, avec un doublement des allocataires sociaux."
Le défi est de taille. Et pourtant, David Weytsman et David Wauters, dont les partis siègent au gouvernement fédéral, ont décidé de prendre le contre-pied des présidents de CPAS wallons et bruxellois. Ces derniers avaient, notamment, jugés insuffisants les financements complémentaires du fédéral et estimé ne pas être prêts à accueillir les exclus du chômage.
"Nous allons y arriver"
"Il faut arrêter avec les discours défaitistes du PS et de Paul Magnette sur la réforme du chômage. Il faut émanciper les gens par le travail", pointe Didier Wauters.
"Il faut bien comprendre que le but de la réforme de l'Arizona, ce n'est pas d'envoyer les gens au CPAS, c'est de les remettre à l'emploi", ajoute David Weytsman. "Cette remise à l'emploi, c'est la priorité absolue du CPAS de Bruxelles. Les études nous disent que 20 à 30 % des exclus du chômage vont retrouver un emploi d'ici au 1er janvier. À notre échelle, cela signifie que 2 000 personnes vont retrouver du boulot, que 2 000 vont arriver au CPAS, et que 1 000 seront exclus de tout mécanisme. Au CPAS, nous nous sommes préparés à cela. Nous avons les financements complémentaires, et nous allons y arriver."
L'enjeu est aussi politique : il s'agit de contrer le discours de la gauche et tenter de montrer que, dans la capitale du pays, la réforme du gouvernement Arizona peut être un succès.
Le président du CPAS bruxellois le reconnaît toutefois : l'adaptation sera néanmoins plus simple pour une commune comme Bruxelles, dont le CPAS dispose de 500 millions d'euros annuels de financement, que pour de petites communes.
"Nous avons la masse critique, oui. Mais surtout, nous nous préparons à la réforme", reprend le libéral. "Nous avons déjà engagé 25 assistants sociaux en prévision, pour accompagner les gens qui vont arriver chez nous. Le budget 2026 prévoit la création d'une maison des jeunes entrepreneurs, et d'une maison des jeunes travailleurs, en plus d'une maison des étudiants, qui existe déjà. C'est important car les jeunes représentent un tiers du public. Le but, c'est d'accompagner chaque personne individuellement pour lui trouver un job durable. Nous avons par exemple 500 personnes de notre CPAS en contrat d'insertion, au CPAS de Bruxelles. On vise les 2 000 pour 2029."
Les mois qui nous séparent encore des premières exclusions seront décisifs, juge Didier Wauters.
"Vous imaginez l'angoisse des personnes qui ne recevront plus leur allocation ce 1er janvier ?"
"Une partie des 8 000 exclus du chômage risque de passer entre les mailles du filet. Nous voulons resserrer ce filet", souligne l'échevin bruxellois de l'Emploi. "Vous imaginez l'angoisse des personnes qui ne recevront plus leur allocation ce 1er janvier ? Nous avons donc développé des politiques en synergie complète avec les syndicats, avec les mutuelles, et nous nous inscrirons en parallèle de ce que va développer Actiris. On veut fournir à ces personnes de l'information, de l'accompagnement. Nous mettrons notamment en place des antennes dans les quartiers les plus concernés."
Le président du CPAS de Bruxelles et l'échevin bruxellois de l'Emploi prévoient d'amplifier les politiques de remise à l'emploi existantes, et d'en créer de nouvelles. Ils citent l'organisation de "Jobs matching" qui consistent à faire se rencontrer des employeurs et des demandeurs d'emploi ; la mise en place de 50 partenariats avec des entreprises privées pour le recrutement d'article 60 (contrat d'insertion socio-professionnel) ; les formations IBO ("individuele beroepsopleiding", ou formation professionnelle individuelle), qui permettent de se former dans une entreprise flamande, etc.
David Weytsman et Didier Wauters estiment toutefois, dans leur action, être en train de pallier le manque de réponse apporté par le gouvernement bruxellois.
"C'est une catastrophe complète qu'il n'y ait pas de gouvernement bruxellois ! Quand je vois ce que les gouvernements flamand et wallon mettent en place pour éviter que les gens arrivent au CPAS…"
"C'est une catastrophe complète qu'il n'y ait pas de gouvernement bruxellois ! Quand je vois ce que le gouvernement flamand met en place en termes d'accompagnement individuel, ce que Pierre-Yves Jeholet (MR) met en place avec le gouvernement wallon… Je regrette que la Région bruxelloise ne se prépare pas suffisamment", s'irrite David Weytsman. "Didier (Wauters) et moi avons mis autour de la table les acteurs régionaux. Ils nous disent tous ne pas savoir à quelle sauce ils seront mangés. Par exemple, est-ce que des formations complémentaires (destinées aux exclus du chômage) sont prévues pour le 1er janvier 2026 ? Je n'ai pas la réponse. Tenez, demandez à Actiris s'ils sont prêts à faire face à la réforme des allocations de chômage de l'Arizona."
Contactée par La Libre, Actiris confirme ne pas avoir encore reçu de plan clé sur porte du gouvernement bruxellois. "Le ministre de tutelle Bernard Clerfayt (Défi) est en train d'y travailler", réagit le porte-parole d'Actiris. "Mais nous n'avons pas encore de délai pour la mise en place du plan."
Un plan d'action régional, qui comporte sept mesures clés, a pourtant bien été mis sur la table par Bernard Clerfayt, et validé par le gouvernement bruxellois au mois de juillet. Une task force régionale composée d'Actiris, de Bruxelles Formation et des CPAS s'est d'ailleurs réunie la semaine dernière. Mais la mise en place concrète du plan se fait encore attendre…