Anneleen Van Bossuyt, la ministre modérée obligée de tenir la ligne dure de la N-VA
La ministre en charge de la politique migratoire fait preuve de pragmatisme et de rigueur sans être une figure naturellement autoritaire.

- Publié le 23-04-2026 à 06h45
- Mis à jour le 27-04-2026 à 13h49

La ministre de l'Asile et de la Migration, de l'Intégration sociale et des Grandes villes, Anneleen Van Bossuyt (N-VA), croule-t-elle sous le poids de sa mission ? Dans le gouvernement de Bart De Wever, elle incarne sans détour la fermeté migratoire défendue par la N-VA. Mais cette Gantoise qui découvre, à marche forcée, l'un des portefeuilles les plus exposés du pays, est-elle vraiment "une pure et dure" comme le prétendent certains ?
Fidèle au parti
Lorsqu'on lui propose son ministère, début 2025, à la surprise de beaucoup jusqu'au sein de son propre parti, Anneleen Van Bossuyt sait que chaque mot, chaque geste sera disséqué. Elle s'astreint à une discipline : rester fidèle au cap fixé par son parti. Les intentions sont martelées : réduire les flux migratoires, accélérer les procédures, limiter les effets d'appel.
Pour la nouvelle ministre, le pays doit reprendre le contrôle sur sa politique migratoire pour éviter de mettre en péril sa capacité à accueillir dignement. Cette phrase simple résume d'ailleurs la grille de lecture de cette juriste formée à l'université de Gand et de Rennes.
Spécialisée lors de ses études en droit européen, Anneleen Van Bossuyt fait ses premières armes au centre d'études de la N-VA. Elle y affinera ses positions en participant aux négociations menant à la formation du gouvernement suédois en 2014.
Vite, elle prend goût à l'arène politique et décide de s'y lancer tout à trac. Élue députée fédérale en 2019, réélue en 2024, elle s'implique localement et se fait élire haut la main au conseil communal de Gand. Elle y devient même cheffe de groupe N-VA et s'impose progressivement comme la figure de proue du parti nationaliste dans une ville qualifiée de progressiste et gérée depuis des lustres par Vooruit et Groen.
Ceux qui la côtoient parlent d'une travailleuse méthodique, parfois réservée. "Elle ne cherche pas la lumière, elle veut juste comprendre les dossiers." Il est vrai que celle que l'on surnomme parfois Strenge Anneleen ("Anneleen la Sévère"), rompue aux cénacles européens, n'a pas le goût des grandes envolées.
La N-VA n'est pas son ADN politique
Aujourd'hui, au sein de l'Arizona, sa feuille de route est donc sans ambiguïté : appliquer "la politique migratoire la plus stricte jamais menée dans notre pays".
En public, elle assume cette voie. Mais, en privé, elle reconnaît parfois que la réalité du terrain est plus complexe. Pour autant, sa loyauté envers la N-VA ne fait aucun doute. Elle fonctionne dans un cadre collectif, structuré, où les marges individuelles sont limitées.
Elle a donc très vite intégré les contraintes politiques et budgétaires. Moins frontale que Theo Francken qui l'a précédée à ce poste, plus attentive aux équilibres, elle avance avec prudence. Mais toujours en ligne droite.
Son ADN politique au départ n'est pourtant pas celui de la N-VA. Élevée dans un cocon familial chaleureux, cette fille d'un juge de la jeunesse et d'une mère engagée dans le placement familial, a grandi dans un environnement où la protection des plus vulnérables n'était pas un vain slogan.
Une politique "glaciale"
Il faut croire qu'elle a changé. Tine Claus, directrice de l'ASBL Vluchtelingenwerk Vlaanderen, a participé à plusieurs débats avec la ministre. Elle n'hésite pas à qualifier publiquement sa politique migratoire de "glaciale".
Selon la directrice, ses objectifs sont les mêmes que ceux que poursuivait son prédécesseur, Theo Francken (N-VA), qui a d'ailleurs la réputation d'être bienveillant en tête-à-tête et loin des caméras.
Pour Tine Claus, la ministre Van Bossuyt se montre accueillante mais accorde moins de valeur à ce que lui disent des acteurs de la société civile qu'à d'autres. "Je ne suis pas sûr que notre récit l'intéresse vraiment. En tout cas, elle n'en fait pas grand-chose", regrette notre interlocutrice.
Même son de cloche au Ciré (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers), une ASBL qui œuvre pour les droits des personnes exilées.
"La ministre ne consulte que sporadiquement la société civile, pose Sotieta Ngo, sa directrice. Et elle ne tient pas compte des arrêts rendus par le Conseil d'État. En outre, j'estime que des pans entiers d'informations importantes sur la politique migratoire semblent lui échapper."
Écartée par la coalition progressiste à Gand
Curieusement, cette image de la ministre Anneleen Van Bossuyt tranche avec celle, plus fragile, qu'elle a incarnée à Gand après les élections communales de 2025. Malgré un score personnel élevé, elle est restée sur le carreau, écartée par le cartel composé de socialistes et de libéraux "Voor Gent" et Groen.
"Ça a été un moment difficile", a-t-elle reconnu dans la presse. Un revers qui, paradoxalement, a accéléré sa trajectoire jusqu'au gouvernement De Wever.
En attendant, depuis plus d'un an, les dossiers s'empilent sur le bureau de la ministre. À cela s'ajoute une pression budgétaire forte : plus de 1,5 milliard d'euros d'économies attendues sur la législature, notamment via une réduction du dispositif d'accueil.
Face à ces contraintes, elle tente d'agir là où elle le peut. Sa stratégie de dissuasion (essayer d'empêcher des migrants de venir demander l'asile politique en Belgique) lui vaut d'être constamment prise entre deux feux. Entre une opposition de gauche qui dénonce sa politique brutale et, sur sa droite, le Vlaams Belang qui la juge au contraire insuffisamment ferme.
En dehors des projecteurs, elle reste attachée à Gand, sa ville. C'est là qu'elle vit avec Matthias (15 ans) et Jasmijn (14 ans), issus d'une relation antérieure et son ex-compagnon. Ceux qui la connaissent évoquent une mère attentive, soucieuse de préserver sa vie privée, cet équilibre difficile à trouver entre vie professionnelle et vie publique.