"C'est inacceptable et incompréhensible. C'est de la non-assistance à secteur en danger !": la culture encaisse un nouveau coup de massue
Les acteurs du monde culturel ne comprennent pas la décision du Codeco.
- Publié le 22-12-2021 à 22h29
- Mis à jour le 23-12-2021 à 10h12

"Je ne peux pas le croire", commente, d'un ton las, même si on sent qu'il ne veut pas baisser les bras, Peter de Caluwe, directeur de l'Opéra royal de la Monnaie. Il ne dit rien de plus que ce qu'il avait déjà énoncé le 3 décembre. "Quand on connaît les conditions dans lesquelles on travaille, on peut affirmer que ce n'est pas dans les théâtres que le virus se répand." Notre interlocuteur détaille : "Le public qui se rend à la Monnaie respecte les règles, les gens sont assis, masqués, la salle est ventilée - on a acheté du matériel, investi énormément d'argent pour que tout soit conforme." Par trois fois, Peter de Caluwe répète : "C'est vraiment un mépris total de la part du monde politique." Le problème se situe ailleurs, à ses yeux. "Ce qui nous met à genoux, c'est que nous sommes les premiers à être mentionnés. Rien sur les transports en commun ou les marchés de Noël. Quand je me promène dans la ville, je vois des gens non masqués, en groupe, mangeant, buvant. Face au virus, on ne peut pas rester sans rien faire, bien sûr, mais il n'y a aucune raison de fermer les salles de spectacle."
"C'est de la politique politicienne"
Directeur du théâtre Le Public, Michel Kacenelenbogen, "abasourdi et furieux", ne dit pas les choses autrement. "C'est in-com-pré-hen-sible ! Nos lieux sont équipés : il y a de la pulsion, de l'extraction, du contrôle de CO2. Mon restaurant peut rester ouvert, mais pas mon théâtre ! On se moque de qui ?", fustige-t-il. "C'est inacceptable et incompréhensible, martèle-t-il. C'est de la non-assistance à secteur en danger ! On peut parler dans un restaurant, dans un bus, mais pas dans une salle de spectacle." Alors que les mesures de fermeture s'appliqueront dès ce dimanche 26 décembre, "qu'est-ce que je fais avec les 2 000 spectateurs qui viennent au Public entre maintenant et le 31 décembre ?", interroge encore M. Kacenelenbogen, dont trois pièces ( Love Letters , Visites à Mr Green et Rumeur) devaient se jouer jusqu'à la fin de l'année.
Quarante et un spectacles jeune public (dont 18 créations), soit 78 représentations dans 16 théâtres et lieux culturels bruxellois. Le Festival Noël au théâtre, après avoir été annulé l'an dernier, devait émerveiller petits et grands du 26 décembre au 7 janvier. Directrice de la Chambre des théâtres pour l'enfance et la jeunesse (CTEJ) qui organise le festival, Virginie Devaster, est sous le coup de l'émotion : "Nous sommes complètement dégoûtés mais, surtout, très en colère puisque les mesures prises ce mercredi ne sont fondées sur aucune donnée objective. Des études, belges et internationales, sont sur la table du Codeco depuis longtemps et montrent que les lieux culturels ne sont pas des lieux de contamination. Ce n'est pas une politique de gestion des risques. C'est de la politique politicienne." Pour le secteur jeune public, "les conséquences sont dramatiques", alerte-t-elle. "Sur les 100 compagnies que compte la CTEJ, 20 sont aidées structurellement tandis que les 80 autres vivent exclusivement sur leurs recettes de diffusion." Après deux ans de crise sanitaire et le nouveau coup de massue asséné par le Codeco de ce mercredi, "la situation devient catastrophique pour les compagnies mais aussi les travailleurs (metteurs en scène, artistes, techniciens…). On est en train de perdre les équipes parce qu'ils changent de métier. On est en train de détruire complètement la création !" Face à l'urgence de la situation, "nous demandons, immédiatement, à la ministre de la Culture d'obtenir auprès du Codeco qu'à tout le moins les représentations à destination des professionnels puissent avoir lieu pour sauver les structures de création de la faillite et de la disparition".
Alors que Bénédicte Linard (Écolo) avait plaidé pour "rectifier le tir" quant aux jauges arbitraires de 200 spectateurs maximum imposées depuis le 3 décembre, la ministre a également manifesté son "incompréhension" sur Twitter : " Les décisions d'aujourd'hui (mercredi, NdlR) ont des conséquences dramatiques, tant pour les professionnels de la culture que le public. […] Je veux surtout m'adresser aux professionnels de la culture une nouvelle fois injustement ciblés et discriminés, qui voient des mois de travail réduits à néant. Je partage votre incompréhension. Je continuerai de vous soutenir quoi qu'il en coûte."