Zakia Khattabi : "Ecolo ne gagnera pas en faisant simplement autrement que Jean-Marc Nollet"
La ministre fédérale de l'Environnement et du Climat, Zakia Khattabi, livre son diagnostic sur les raisons de la défaite cinglante des écologistes lors des élections générales du 9 juin. Elle donne également sa vision du renouveau possible du parti dont elle a assuré la coprésidence de 2015 à 2019.


- Publié le 29-06-2024 à 07h20
- Mis à jour le 29-06-2024 à 11h09

La défaite d'Ecolo ce 9 juin est actée. Qu'elle en est la raison principale ?
Il y a plusieurs raisons. Celles qui m'intéressent sont celles sur lesquelles j'ai une prise, les éléments internes. Aujourd'hui, j'ai beaucoup de questions, des intuitions, mais pas beaucoup de réponses. J'y travaille, mais on doit le faire collectivement. À l'évidence, on n'a pas convaincu.
Vous vous attendiez à une telle défaite ?
Je m'attendais à ce que ce ne soit pas aussi bon qu'en 2019. Mais là, avec à peine deux députés à la Chambre, c'est pire que tout ce qu'on a connu… Quelque chose nous a clairement échappé. Il faut prendre le temps de l'analyse et ne pas s'arrêter à l'écume. La campagne a été dure, nous avons fait les frais à Bruxelles d'une campagne anti Good Move. Il y a aussi un contexte défavorable pour les verts au niveau européen. Malgré cela, si nous avions convaincu, la défaite aurait été moins violente. Si nous avions été parfaits dans nos participations (gouvernementales), on aurait pu amortir le choc. Dire cela, c'est l'inverse de la déresponsabilisation. Je veux travailler là-dessus, sur nos leviers, pour faire mieux demain.
Qu'est-ce qui explique la différence avec 2019 ?
En 2019, il y avait un contexte favorable à l'écologie, qui n'est plus là. Aujourd'hui, on parle sécurité, etc. Mais à côté de cela, nous avons aussi perdu un électorat qui nous était acquis. Moi, j'envie tous les éditorialistes, analystes politiques, ou mes collègues qui aujourd'hui savent ce qui a été ou pas…
Il y a un décalage entre Écolo, qui est aujourd'hui clairement positionné à gauche, et ces électeurs que vous aviez récupérés au centre et au centre-droit en 2019.
En 2019, nous avons séduit, au MR, les libéraux sociaux soucieux de l'accueil des migrants, de l'interdiction des visites domiciliaires. Ils n'ont pas voté pour notre programme économique. C'est pour cela qu'il faut prendre le temps de l'analyse. Je lis certains collègues dans la presse qui disent : il faut revenir à la ligne de Jean-Michel Javaux…
Au-delà de l'aspect électoraliste, il y a une vraie question : l'écologie, est-elle aujourd'hui du réformisme ou du radicalisme ?"
Il ne suffira pas de se recentrer pour gagner ?
Non, je ne crois pas. Un élément de notre défaite, c'est : qui trop embrasse mal étreint. On a été présents sur beaucoup de sujets, mais on n'a pas assez priorisé nos fondamentaux, les questions environnementales. L'écologie politique, ce n'est pas que l'environnement. C'est un système global. Mais il y a une tension permanente entre la nécessité de l'urgence de répondre à cette crise, et la nécessité de ne pas brusquer les gens pour les avoir avec nous. Au-delà de l'aspect électoraliste, il y a une vraie question : l'écologie, est-elle aujourd'hui du réformisme ou du radicalisme ?
Vous ne tranchez pas entre les eux ?
On a fait une fois l'un, on a gagné, on a fait une fois l'autre et on a perdu. Et inversement. C'est pourquoi je m'interroge. Il faut qu'on fasse un choix et qu'on assume ensuite les conséquences, le cas échéant. Mais pour être crédibles dans la réponse qu'on apporte à la crise environnementale, on doit continuer à porter un projet radical, c'est ce que j'ai fait avec Patrick [Dupriez].
Vous envisagez de vous présenter à la coprésidence ?
Non, je ne regarde jamais en arrière.
Il y a eu cette décision en interne d'avancer en juillet l'élection à la coprésidence. Cela a brusqué pas mal de monde chez Écolo…
J'ai été de ceux qui ne soutenaient pas cette décision. La défaite est telle que je n'imagine pas qu'on puisse mettre quelque chose sur la table en trois semaines. L'amertume et la colère ne sont pas bonnes conseillères. On doit réfléchir fondamentalement à l'avenir de l'écologie politique.
On ne va pas gagner simplement parce qu'on aura fait autrement que Jean-Marc Nollet. Ca ne suffira pas."
Samuel Cogolati et Marie Lecocq formeraient-ils un bon duo pour la coprésidence ? Marie-Colline Leroy et Gilles Van den Burre sont aussi cités…
Je ne me prononcerai pas sur les noms, je vais regarder les projets. Dans les noms qui circulent, on a une secrétaire régionale qui a porté la campagne à Bruxelles (Marie Lecocq), un chef de groupe à la Chambre qui a porté la ligne dans la majorité (Gilles Van den Burre), une secrétaire d'État (Marie-Colline Leroy) et l'un des (ex) députés les plus visibles (Samuel Cogolati). Aucun de ces candidats, constatant que la ligne n'était pas la bonne, n'a eu le courage de dire stop. Nous sommes tous responsables de la défaite, même si certains le sont plus que d'autres. Mais personne, chez nous, n'a voulu faire la révolution.
Ce ne sont pas les candidats de la rupture ?
Ils pourraient l'être tous les quatre, ou ne pas l'être. Mais l'erreur est de penser que les choses vont se régler en résolvant nos problèmes internes. Écolo ne gagnera pas en faisant simplement autrement que Jean-Marc [Nollet]. Cela ne suffira pas. On gagnera en prenant de la hauteur, et parce qu'on aura pris la mesure de ce qui a changé dans la société en cinq ans.