"Ils sont partis pour 4 ou 5 ans de galère, mais il y a moyen de s'en sortir": le message d'espoir de Michel, brûlé grièvement il y a 40 ans
En 1986, Michel était victime d'un accident qui le brûlera à plus de 60 %. 40 ans plus tard, il partage son histoire, porteuse d'espoir pour les victimes de Crans-Montana. Témoignage.

- Publié le 07-01-2026 à 06h32
- Mis à jour le 07-01-2026 à 07h13

La vie de Michel Van Langendijck a basculé en 1986. Alors âgé de 21 ans, il a été victime d'un accident impliquant des feux de bengale – ces mêmes bougies qui auraient provoqué l'incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana ce premier janvier.
Ancien chef scout, il était en charge avec trois amis de l'organisation d'un jeu de nuit. "On avait imaginé un parcours avec, comme balises, des feux de bengale. À l'époque, on les fabriquait avec de l'antiherbe et du sucre, mais les gens sur place y avaient rajouté du charbon de bois écrasé, qui est assez inflammable", se remémore-t-il. Au moment de l'accident, Michel se trouve en voiture avec ses 2 amis, lorsque la bassine dans laquelle étaient stockés les feux de bengale, située aux pieds du passager, prend soudainement feu. "On ne sait pas exactement comment c'est arrivé. Aujourd'hui encore, c'est mystérieux", confie-t-il.
Des premiers soins à l'hospitalisation
Michel et l'un de ses deux co-passagers sont alors grièvement brûlés, à plus de 60 %. Ils sont d'abord envoyés à l'hôpital de Libramont, où ils reçoivent les premiers soins – pose d'une sonde urinaire et d'une perfusion – avant d'être transférés à l'IMTR, Centre de traitement des Brûlés à Lodelinsart. "Au moment des premiers soins, j'ai fait un malaise lorsqu'ils ont commencé à faire des incisions de décharge. Lorsque la peau est brûlée, elle se resserre et la circulation sanguine ne passe plus bien. On doit donc entailler la peau à tous ces endroits-là", explique-t-il. "Quand j'ai repris connaissance, j'étais dans une chambre stérile, et j'ai revu mes amis et des membres du staff Louveteau avec qui j'avais organisé le jeu."
Les médecins ont dit à nos parents "vos enfants sont dans un sale état. Si vous croyez en Dieu, priez"
La mère de Michel lui rend visite le lendemain matin. Il confie ne plus avoir la vision très claire à cause du gonflement de sa peau. Elle peut seulement lui parler via un parlophone, en raison du milieu stérile dans lequel il est confiné. Les médecins se confient alors à ses parents et ceux de son ami : "Vos enfants sont dans un sale état, je ne peux pas me prononcer maintenant parce que c'est trop rapide. Il faut laisser quelques jours, pour que l'état de choc soit passé. Si vous croyez en Dieu, priez."
"De bonne nouvelle en bonne nouvelle"
Malgré les mises en garde des médecins, les bonnes nouvelles finissent par se succéder. À la base, les soignants ne peuvent pas garantir qu'ils garderont leurs jambes et leurs bras. Mais une fois cette hypothèse écartée, des doutes subsistent sur leur possibilité de marcher à nouveau… qui s'estompent bientôt à leur tour. "On est allés de bonne nouvelle en bonne nouvelle", résume Michel.
Le séjour à l'hôpital reste cela dit un souvenir pénible pour lui, qui est resté une soixantaine de jours en chambre stérile, a subi un arrêt cardiaque et une trentaine de chirurgies en tout, principalement au niveau des mains. "On n'avait droit qu'à une heure de visite par jour, derrière une vitre. On ne vivait plus que pour cette heure-là. En attendant, c'était la douleur, les soins, être immobilisé dans un lit."
La reconstruction
À la sortie de son hospitalisation, Michel regrette ne pas avoir eu d'assistance psychologique. "J'étais un peu livré à moi-même", confie-t-il. "Je devais porter des vêtements élastiques compressifs, de manière à éviter les chéloïdes (formation de cicatrices excessive, NdlR) et je me suis baladé pendant plus d'un an avec un masque en plastique sur le visage. Mais, quelque part, j'ai de la chance parce que même avec des cicatrices, j'ai gardé mon visage d'avant", se rassure-t-il.
Un jour, son kiné lui recommande d'essayer une cure thermale spécifique. Un conseil qui s'avérera déterminant. "Je me suis rendu compte en allant là-bas que je n'avais pas le droit de me plaindre. J'étais brûlé, abîmé, mais il y avait des gens qui souffraient encore plus que moi. Psychologiquement et physiquement, ces cures ont été très très importantes."
Quatre ans après l'accident, un jour de 1990, Michel Van Langendijck a un déclic. "Je me suis regardé dans le miroir et je me suis dit 'Michel, c'est comme ça. Tu es comme ça. Maintenant tu fais avec'", se rappelle-t-il. Cette force, il dit l'avoir trouvée grâce à son entourage.
Un message d'espoir
Lorsqu'il a découvert le récent drame de Crans-Montana, de nombreux souvenirs de son propre accident sont remontés à la surface. Michel confie notamment avoir évité de regarder les images des victimes brûlées, qui ont largement circulé. "Beaucoup de gens ont perdu leurs enfants, c'est horrible. Mais pour ceux dont les enfants ont été blessés mais vivants, il y a un espoir", assure-t-il. "Ils sont partis pour 4 ou 5 ans de galère, mais il y a moyen de s'en sortir. Il faut être patient, courageux et ne pas être passif. La vie continue", conseille-t-il aux victimes. "On n'a pas le choix que d'avancer."