Dans la lumière de la Sainte-Chapelle avec mon fils, l'une des plus belles journées de ma vie
Comme la première fois Les journalistes de "La Libre" vous racontent leurs émois artistiques, le souvenir d'une première fois, d'une découverte culturelle. Ce mardi, place à Jean-Claude Matgen.
- Publié le 06-04-2021 à 16h09
- Mis à jour le 06-04-2021 à 16h12

Grâce à de précieux liens familiaux, j'ai eu longtemps la chance de séjourner souvent à Paris et d'arpenter ses quartiers, des plus prestigieux aux plus reculés. J'y ai aussi vécu une expérience que je souhaite à tous les pères de connaître un jour.
C'était l'été et nous passions des heures insouciantes Porte de Saint-Cloud. Gregory, mon fils aîné, avait 8 ans. Un matin, je lui propose de partir à deux à la découverte de la capitale et il accepte dans un grand sourire. Je lui laisse le choix de la destination. Il se porte sur la Cité des Sciences, à la Villette. Trois quarts d'heure de métro plus tard, nous sommes à pied d'œuvre. L'entrain que met mon fils à mener les expériences ludiques proposées par le musée m'enchante.
La visite terminée, nous décidons de rejoindre à pied la place de la Bastille, en longeant le canal Saint-Martin. Gregory glisse sa main dans la mienne et c'est le début d'une promenade dont je conserve chaque détail dans ma mémoire vieillissante. Tout l'émerveille et il me fait un plaisir immense en s'extasiant devant l'harmonie parfaite de la place des Vosges, que j'avais découverte avec le même émoi 20 ans plus tôt.
Nous déjeunons à la terrasse baignée de soleil d'une brasserie voisine, comme deux amis en goguette. Puis, nous reprenons notre marche à travers le Marais pour revenir vers la Seine et l'Ile de la Cité.
Nous voici dans l'obscurité troublante de Notre-Dame, où nous dédions une prière à ceux que nous aimons. Vient ensuite l'instant qui restera à jamais gravé dans mon cœur. Depuis longtemps, je rêvais de visiter la Sainte-Chapelle et Gregory emboîte mon pas.
C'est un éblouissement commun. Lui et moi restons comme en apesanteur au milieu de la chapelle haute, verrière d'une finesse angélique. Un soleil de feu traverse les vitraux ancestraux, pareils à de la dentelle, délicats et colorés, aériens, lumineux jusqu'au vertige. Je lirai plus tard que ces éclats de verre forment une véritable Bible historiée. Mais à l'instant précis que nous vivons, Gregory et moi, c'est la grâce de l'endroit, sorte de miracle architectural et spirituel, qui nous submerge.
Émus, tremblants, nous prenons le chemin de l'Hôtel de Ville et du Louvre puis traversons, en riant, le jardin des Tuileries. J'emmène mon fils au Palais de la Découverte, musée de la vulgarisation scientifique, installé dans l'enceinte somptueuse du Grand Palais. Un guide s'empare de notre groupe et quand il lui faut expliquer le fonctionnement de la cage de Faraday, qui fait partie du décor, il choisit… Gregory, aux anges, comme cobaye.
Le soir descend doucement sur Paris. Nous prenons le métro du retour. Mon fils s'endort contre mon flanc, en toute confiance. Je viens de passer l'une des plus belles journées de ma vie.