"Assises": le premier roman de Tiphaine Auzière, la fille de Brigitte Macron, se noie dans l'eau de rose
La jeune avocate (et fille de Brigitte Macron) signe un texte qui aurait gagné à éviter l'écueil de la romance et à se concentrer sur le sort des femmes.

- Publié le 15-04-2024 à 11h09
- Mis à jour le 15-04-2024 à 11h48

À presque quarante ans, Diane Delaurel a, comme on dit, "réussi dans la vie". Études brillantes, stage au barreau et, aujourd'hui, un cabinet d'avocat qu'elle a créé, seule comme une grande, à Montreuil-sur-mer, dans les Hauts-de-France. Un retour aux racines pour cette enfant du pays, qui a préféré le calme du bord de mer au tumulte de la vie parisienne. Mariée, deux enfants, sa vie privée est un long fleuve tranquille.
Trop tranquille ? Diane n'a pas le temps de se poser la question car les dossiers s'accumulent sur son bureau de pénaliste. Il y a l'affaire de la petite Jeanne, 10 ans, abusée par son beau-père et puis cette autre, celle d'une femme harcelée sexuellement au travail. Mais surtout, il y a Laura. Laura Deramcourt, emprisonnée et dans l'attente de son procès. Frappée, humiliée, violée par son compagnon, Laura a fini par lui mettre un coup de couteau dans la carotide. De victime, elle est devenue coupable et c'est elle, bientôt, qui sera jugée.
Pour tisser l'intrigue de son premier roman, Tiphaine Auzière a choisi les fils dans une pelote qu'elle connaît bien : celle de son métier d'avocate. La jeune femme – qui est la fille de Brigitte Macron et la belle-fille du Président –, a fait sienne depuis longtemps la lutte pour les droits des femmes. Un combat qu'elle mène avec la même énergie dans Assises, en tentant de vulgariser quelques principes fondamentaux du droit. Et quel meilleur moyen pour y arriver que de donner des visages et des noms à ces vies brisées, à ces souffrances étouffées ? Sans tomber dans un féminisme militant, elle rappelle toutefois quelques chiffres. Comme celui du nombre d'épouses, de mères, de sœurs qui tombent, chaque année en France, sous les coups d'un père, d'un frère, d'un mari, d'un partenaire de vie.
Las !, quand la romance s'invite dans l'histoire, on est nettement moins convaincu, la plume jusque-là élégante de Tiphaine semblant subitement trempée dans de l'eau de rose. Pourquoi diable a-t-il fallu que Diane s'amourache d'un procureur aux "cheveux bruns mi-longs avec une mèche tombant sur de grands yeux bleus" ? Las !, encore, pourquoi cette histoire prend-elle autant de place dans Assises, qui aurait pu être un roman coup de poing sur les coulisses des prisons pour femmes, sur leurs difficultés de réinsertion, sur les traumas qu'elles traînent leur vie durant ?
Bien sûr, il y a le procès de Laura, qui approche et que l'auteure raconte par le menu. Ces pages-là, d'ailleurs, redonnent de l'espoir. Mais voilà que César – le procureur – se pointe à nouveau et que tout s'affadit.
Par ailleurs, et comme souvent quand il s'agit d'un roman écrit par un "personnage public", l'image même de Tiphaine Auzière vient brouiller la perception du lecteur. Difficile de ne pas s'imaginer la "fille de…" à la place de Diane, elle qui a grandi sur les plages de la Côte d'Opale et qui exerce aujourd'hui le métier d'avocate. On a beau savoir que Tiphaine Auzière ne raconte pas sa propre histoire, les interférences nuisent finalement et fatalement à son récit.
⇒ Assises | Roman | Tiphaine Auzière | Stock, 263 pp., 20,90 €, numérique 15 €
Extrait:
"Diane pensait à Laura Deramcourt, sa cliente, qu'elle allait assister au mois de juin aux assises de Saint-Omer. Comme Jacqueline Sauvage, elle aussi avait tué son compagnon, mais nulle question de grâce puisqu'elle n'avait pas encore été jugée. Diane n'avait pas encore trouvé d'angle d'attaque pour préparer la défense. Elle était mal à l'aise avec l'idée de se faire justice soi-même tant elle tenait à l'institution pour laquelle elle oeuvrait chaque jour."