À Stavelot, la bouleversante vérité des faux
Coline Dutilleul et Clematis dans un programme touché par la grâce.
- Publié le 05-08-2025 à 12h22

Le Saint Sébastien de Stavelot n'est percé que de trois flèches, mais elles sont d'or, et il est de marbre blanc. Et le jaune Marie-Thérèse qui inonde l'église qui lui est dédiée n'a rien à envier au rose pastel du réfectoire des moines, lieu habituel des extases musicales stavelotaines. Pendant le festival, on consent donc volontiers à troquer l'abbaye pour l'église afin d'y suivre le désormais traditionnel concert baroque, surtout si le programme est d'inspiration sacrée. Fausses attributions
C'était le cas lundi pour un formidable concert auquel, heureux soient-ils, les spectateurs de Bruxelles, Louvain et Floreffe pourront encore assister cette semaine. Sous le titre Fausses attributions, le programmateur Jérôme Lejeune, toujours aussi inspirant qu'inspiré, avait imaginé un programme d'œuvres sacrées du baroque italien dont les deux principales ont en commun d'avoir été, à tort, attribuées à des compositeurs célèbres.
C'est, d'abord, un Salve Regina en sol mineur retrouvé dans un manuscrit de la British Library et dont on a cru, sur foi d'autres compositions d'un même recueil, qu'il était de Giovanni Battista Pergolesi – dont le Stabat Mater est une référence. Mais qui est plus probablement d'un compositeur d'une génération postérieure, et moins connu – tellement qu'il reste anonyme. Mais la musique est plus que bien écrite, élégante et expressive, jouée avec compétence et souplesse par l'ensemble Clematis – qui l'introduit joliment par deux mouvements d'un concerto de Haendel. Et la voix de Coline Dutilleul célèbre la Vierge Marie avec une touchante ferveur, révélant un medium soyeux et un aigu lumineux qui se déploie avec grâce.
Hors saison
Hors saison mais non sans plaisir, on passe ensuite par une brève Pastorale de Noël d'Alessandro Scarlatti – mort en 1725, mais on n'a pas encore beaucoup célébré cet anniversaire cette année – où, à nouveau, l'aisance de la mezzo-soprano belge fait merveille. Mais ce n'est qu'un répit dans la progression dramatique du programme, dédié ensuite à une bouleversante plainte, le Pianto di Maria, sorte de paraphrase du Stabat Mater où le texte fait parler en termes très forts la Vierge au pied de la croix : "Hélas, voici mon Fils divin […] frappé par le fouet, percé par les épines, déchiré par les clous, crucifié entre des voleurs, abreuvé par le fiel, vilipendé par le monde, abandonné par le ciel."
Expressivité hallucinante
Puisqu'on ne prête qu'aux riches, on a un temps attribué à Haendel cette œuvre intense éminemment théâtrale, habilement construite jusqu'à se clore par un récitatif abrupt et un tremblement de terre instrumental. Magnifique rendu de Clematis, dirigé du clavecin par Brice Sailly et particulièrement inspiré dans les beaux récitatifs accompagnés, et surtout interprétation éblouissante de Coline Dutilleul, d'une expressivité hallucinante dans les récitatifs et d'une douceur bouleversante dans la cavatine et les arias. Avec en outre une intonation sans faille, une maîtrise parfaite et une articulation nette qui donne au texte toute sa puissance allitérative. Du grand art, confirmé en rappel par le tout aussi poignant Caldo sangue, un air de l'oratorio Sedecia, Re di Gerusalemme de Scarlatti.
Bruxelles, église du Sablon, jeudi 7 à 12h15, www.midi-minimes.be ; Leuven, Predikherenkerk, vendredi 8 à 12h15, www.zomer-van-sint-pieter.be ; Floreffe, Abbaye, samedi 9 à 17h ; www.etemosan.be