Flagey est passé à deux doigts du cataclysme
Julie de Groote, nouvelle présidente de Flagey, nous raconte quinze jours où l'institution a failli basculer.

- Publié le 15-02-2026 à 09h56
- Mis à jour le 15-02-2026 à 13h18

Il n'y a pas que pour les négociateurs bruxellois que les quinze derniers jours ont été une folie. À son échelle certes, mais le risque majeur qu'a vécu l'ASBL Flagey à Bruxelles a été aussi fou. Ici aussi, il y a eu fumée blanche (provisoire) ce vendredi. La nouvelle présidente du conseil d'administration de Flagey, Julie de Groote (Les Engagés) s'en est réjoui. Elle a succédé, il y a deux semaines à peine, à Jean-François Cats (PS) à ce poste, qu'il occupait depuis les débuts de Flagey.
Julie de Groote a attendu cette issue favorable pour s'exprimer pour la première fois comme présidente de Flagey.
Le 30 janvier dernier, Gilles Ledure, le directeur général de Flagey depuis 2011 et qui est à la base de la success story formidable de Flagey (avec ses équipes, le C.A. et J.F. Cats), alertait les administrateurs de l'ASBL Flagey en leur disant que la convention de gestion pour Flagey, non renouvelée depuis 2021, mais prolongée chaque année par un avenant, n'avait pas été signée pour 2026 et qu'aucun subside pour 2026 n'avait encore été versé.
Il ajoutait que les réserves constituées allaient être absorbées le 1er avril, conduisant à la cessation de toutes les activités de Flagey, au licenciement du personnel, à l'arrêt des programmations artistiques, inclus le concours Reine Elisabeth, etc. Un vrai cataclysme doublé d'un coût très important lié à l'arrêt des activités.
Julie de Groote, qui connaît fort bien Flagey depuis ses débuts, était d'emblée plongée dans le risque de cette bombe potentielle.
Elle nous rappelle que Flagey, c'est 93 % de taux d'occupation des salles, 200 concerts par an, des recettes propres importantes, avec seulement 3,5 millions de subventions publiques annuelles couvrant aussi les frais immobiliers de l'immeuble appartenant à la S.A. Flagey.
Elle rappelle que Flagey est une sorte de "miracle institutionnel belge", avec un financement par quatre pouvoirs distincts : la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Communauté flamande et la Région bruxelloise, pour, chacune, 910 000 euros par an; la commune d'Ixelles pour 200 000 euros; et la Communauté flamande encore pour 510 000 euros de plus pour l'hébergement à Flagey de l'orchestre, le Brussels Philarmonic.
Julie de Groote explique qu'il a fallu, en quinze jours, de nombreux contacts et réunions pour finalement obtenir l'essentiel, à court terme du moins : une nouvelle prolongation pour un an de la convention de gestion, ce qui sauve Flagey, du moins cette année. Les quatre pouvoirs subsidiants signeront ce texte. Elle souligne le rôle décisif des deux ministres de la Culture des deux communautés, Caroline Gennez (Vooruit) et Elisabeth Degryse (Les Engagés), "qui ont relevé, dit-elle, le défi en deux semaines".
Administrateur Vlaams Belang ?
Mais le problème à la base de ce "thriller" politico-culturel très belge reste posé et Julie de Groote au nom du C.A. s'engage à le régler dans les prochains mois.
Tout le problème a débuté en 2021 quand le ministre de la Culture flamande, Jan Jambon, a proposé un administrateur (le C.A. de Flagey comprend 7 néerlandophones et 6 francophones qui ont, par ailleurs, la présidence), administrateur choisi par le Vlaams Belang, au nom des règles qui régissent les institutions publiques flamandes, règle dite "D'Hondt" qui veut que la composition des C.A. reflète les résultats des élections.
Cette demande a été refusée par les francophones mais aussi par une majorité du C.A., au nom du cordon sanitaire et du fait que l'ASBL Flagey n'est pas une institution publique, mais privée et ne doit pas suivre la règle D'Hondt, choisissant les administrateurs en fonction des majorités en place.
Depuis 2021, le problème est reposé par la N-VA au nom du gouvernement flamand. Un avis a été demandé devant les chambres réunies (Fr et Fl) de la commission du pacte culturel qui a abouti à une réponse de la commission s'estimant non compétente dans ce cas. Une demande à la seule commission flamande du pacte culturel n'a pas donné une autre réponse.
Entretemps, le Vlaams Belang a déposé une plainte contre l'ASBL Flagey devant le tribunal administratif, donnant ainsi un argument à ses opposants qui expliquent qu'on ne propose pas un administrateur qui s'oppose à l'institution dans laquelle il veut siéger.
En attendant de régler ce souci récurrent dont sans doute les politiques devront s'occuper, Julie de Groote ne cache pas sa joie devant ce nouvel avenant et rend justice à Gilles Ledure et à tous ceux, dont les deux ministres de la Culture des Communautés, qui ont œuvré à cette issue favorable.