"Coquelicot" : toute la puissance et la douceur du danseur et chorégraphe Nono Battesti
Pour sa nouvelle création, la compagnie de danse contemporaine Dessources explore une thématique ô combien actuelle, le burn-out sociétal, en un langage corporel et musical poétique et accessible. Une jolie fable chorégraphique à découvrir aux Riches-Claires jusqu'au 26 avril.

- Publié le 12-04-2024 à 16h23

Dans la pénombre de la Salle Viala du Théâtre des Riches-Claires résonnent les cordes, lancinantes, d'un violoncelle. Un faible rai de lumière dévoile, peu à peu, côté cour, deux silhouettes capuchonnées. L'une est la danseuse Juliette Colmant ; l'autre, la violoncelliste Amandine Flandre. Côté jardin, le compositeur et multi-instrumentiste Quentin Halloy vient bousculer le tempo, avec un rythme beaucoup plus énergique.
Sur scène, des petits blocs percés de fenêtres illuminées symbolisent ces immeubles citadins, où l'on est davantage entassé que bien logé. Brouhaha de voitures, porte qui claque. Pas de doute, on est au cœur de la frénésie urbaine. Dans ce quotidien métro-boulot-dodo, tout n'est que répétition machinale. Mais ce train-train en devient oppressant, harassant, épuisant.
Accélérés et ralentis
Pour sa nouvelle création, Coquelicot, la compagnie de danse contemporaine Dessources, fondée en 2008 par le danseur et chorégraphe d'origine haïtienne Nono Battesti, explore une thématique ô combien d'actualité : le burn-out sociétal. Le public saisit immédiatement le mal-être qui ronge les quatre protagonistes, illustré tant par la musique de Quentin Halloy et Amandine Flandre que la danse du duo Nono Battesti – Juliette Colmant. Sons et gestes sont répétitifs et de plus en plus saccadés. On y décèle, là, tout le talent du danseur hip-hop qu'est Nono Battesti, notamment dans un incroyable solo où se succèdent des mouvements puissants et précis des bras et des jambes, entre accélérés et ralentis, qui font ressentir cette tension qui devient intenable.

Puis, après la tempête vient le calme. Au centre de cette fable chorégraphique, la danseuse Juliette Colmant incarne le cheminement d'une jeune femme enlisée dans un quotidien qui la dépasse, mais qui va sentir en elle le besoin de refuser ce système et de s'en extraire pour construire un monde meilleur. C'est le temps du répit. Les chorégraphies sont, ici, empreintes de sérénité et de douceur, avec une gestuelle inspirée de la danse classique et de beaux portés. La mise en lumière, signée Benjamin Struelens, est superbe et exalte la poésie du spectacle.
Pour les passionnés et les novices
Alors que, parfois, il peut s'avérer difficile de comprendre toutes les nuances et subtilités de certains spectacles de danse contemporaine, Nono Battesti et son équipe œuvrent à créer des pièces chorégraphiques qui font sens et racontent une histoire accessible tant aux passionnés qu'aux novices. C'est tout à leur honneur, car cela ne déforce en rien l'excellente qualité de leur travail artistique.
Si cette jeune femme porte en elle la graine de la révolte, c'est parce qu'elle en a hérité. Un joli moment, plein d'émotion, raconté en slam par Nono Battesti. Et l'intitulé Coquelicot de prendre tout son sens, cette délicate fleur des champs rouge sang symbolisant tant la résilience que la résistance.
→ Bruxelles, Les Riches-Claires, jusqu'au 26 avril. Infos et rés. au 02.548.25.80 ou sur lesrichesclaires.be