Chastrès (Walcourt), village raciste ?
Village de l'entité de Walcourt, Chastrès fait le buzz. En cause : les réactions extrêmes d'une partie de ses habitants en apprenant l'arrivée d'une centaine de réfugiés. Mais à qui la faute ? Opinion.
- Publié le 01-11-2015 à 17h06
- Mis à jour le 02-11-2015 à 11h55

Une opinion de Tony Demonté, originaire de Walcourt, le berceau de sa famille, et secrétaire général adj. de la CNE.
Prochainement, deux anciennes maisons de repos de Walcourt, dont l'une se trouve à Chastrès, devraient accueillir une centaine de réfugiés. Le mardi 27 octobre, les autorités communales invitent alors les citoyens à une réunion pour répondre à leurs questions et potentielles appréhensions. Et tout bascule : la foule vocifère, les noms d'oiseaux fusent, des propos racistes et xénophobes sont hurlés par des personnes présentes.
Dans ce climat d'insurrection, la bourgmestre est dans l'impossibilité d'organiser un débat audible. La télévision est présente et la réunion fait le buzz dans les médias et les réseaux sociaux. Chastrès devient le chantre du rejet de l'autre, du repli sur soi et de la xénophobie. Les racistes et les xénophobes se concentrent-ils à Chastrès ? Non sans doute.
Lorsqu'on regarde les images filmées de cette assemblée, on constate que ce n'est qu'une minorité qui empêche la tenue d'un débat contradictoire. Cela ne veut pas dire que tous les autres n'avaient pas de craintes à exprimer et des questions à poser. Le premier dommage de ce rendez-vous manqué est d'ailleurs là : ces fauteurs de trouble ont privé la majorité des gens présents de la possibilité de dialoguer avec leurs élus et les gens de Fedasil. Un dialogue franc et intelligent aurait déjà permis de répondre aux craintes les plus dénuées de tout fondement.
A cette dame qui se demandait quoi faire si elle croisait un réfugié pendant son jogging, on aurait pu dire que le mieux serait sans doute de répondre "bonjour" au probable salut du réfugié…
Les gens de Fedasil et les élus locaux auraient pu prouver que la délinquance n'a pas augmenté là où les centres ont été installés ou encore qu'on ne connaît pas un seul cas d'agression d'un habitant par un candidat. Les gens auraient aussi pu prendre connaissance de toutes les dispositions prévues pour que tout se passe au mieux…
La responsabilité principale est sans doute à trouver ailleurs qu'à Chastrès. Plutôt que condamner béatement, il serait plus utile que politiques et médias se posent la question de leur possible part de responsabilité dans ces événements regrettables.
A force de récupération politique de quelques faits qualifiés de "terroristes", de discours catastrophistes sur les risques djihadistes qui se logeraient dans chaque recoin de nos ruelles, de reportages télé "à l'américaine" qui font monter l'audimat, l'amalgame se construit dans l'esprit des gens.
La presse écrite n'est pas toujours en reste : raccourcis racoleurs et sondages express avec des questions parfois mal comprises qui nourrissent les pires fantasmes. Et insidieusement, tout ça nous conduit à cette assemblée et ses échos les plus débiles : "Tous les étrangers sont violeurs, les arabes sont tous djihadistes et les musulmans veulent égorger nos fils et voiler nos filles."
Les politiques doivent donc prendre conscience, même si ce n'est pas leur but, qu'ils construisent parfois les phobies collectives. La récupération et le grossissement de faits de terrorisme avérés ou non pour monter dans les sondages nourrissent les peurs et mènent au racisme et au rejet de l'autre.
Les médias, quant à eux, ne doivent jamais oublier leur mission sacrée : aider celles et ceux qui les regardent, les écoutent ou les lisent à comprendre le monde qui les entoure, à décoder les évidences et les soi-disant fatalismes, bref, à favoriser l'ouverture d'esprit plutôt que le repli sur soi.
Encore une fois, la population de Chastrès venait surtout chercher des réponses à ses questions. Quelques énergumènes l'en ont privée, mais ça ne fait pas de la plupart de ses habitants un ramassis de mauvaises gens.
