Philippe Van Parijs : "Pour contrer l'extrême droite, il faut la museler ou la mouiller"
La victoire du parti de Giorgia Meloni, en Italie, fait pleuvoir les qualificatifs. Radicale populiste, extrême, post-fasciste... la droite dure est dans tous ses états. Comment discerner l'actualité politique italienne en partant de l'axe traditionnel gauche-droite? Réponse avec le philosophe de l'UCLouvain Philippe Van Parijs.

- Publié le 30-09-2022 à 11h18
- Mis à jour le 30-09-2022 à 12h00

Conservatrice, populiste, radicale, extrême… tous ces qualificatifs ne s'appliquent pas qu'à la seule droite, observe le philosophe de l'UCLouvain Philippe Van Parijs. Comment discerner l'actualité politique italienne en partant de l'axe traditionnel gauche-droite ? Réponse avec l'intéressé.
Vous suggérez de partir de l'idée d'un espace à deux dimensions pour tenter de mieux saisir la problématique des extrêmes. Comment ?
Il y a deux axes clés qu'il faut bien avoir à l'esprit pour comprendre : l'axe gauche-droite qui s'articule autour de la logique étatique (intervention massive de l'État versus liberté d'entreprise) ainsi que l'axe gauche-droite qui s'articule autour de la question migratoire (ouverture des frontières versus anti-immigration). Lorsque l'on parle du Vlaams Belang en Belgique ou de Fratelli d'Italia en Italie, c'est le deuxième axe qui est en jeu, soit la question nativiste. C'est le fameux "eigen volk eerst" (trad : notre propre peuple d'abord). Très souvent, pas nécessairement mais quasi-nécessairement, il y a une connotation raciste.
Lorsque l'on parle de Liz Truss en Grande Bretagne, on se situe par contre sur le premier axe gauche-droite, c'est-à-dire sur celui qui a trait à la régulation ou non du marché. C'est le néolibéralisme. Dans les deux cas, c'est bien de l'extrême droite ou de la droite radicale (qui sont des termes interchangeables) dont il est question ici mais selon deux axes différents.
Dans cet espace gauche-droite à deux dimensions, où se situe le populisme ?
Le populisme, c'est autre chose. C'est un appel au peuple contre une minorité, qui peut être une élite politique, une élite économique et leurs protégés éventuels. Par conséquent, on peut avoir une droite populiste comme on peut avoir une gauche populiste. Sur le premier axe gauche-droite (État versus libre marché), le populisme sera plutôt à gauche. Il s'agit d'un populisme très redistributif où l'on oppose le peuple aux élites économiques. Sur le deuxième axe gauche-droite (anti-racisme versus anti-immigration), le populisme tend à être à droite.
Comment faut-il lutter contre l'extrême droite ?
Il y a deux attitudes possibles à adopter à l'égard de l'extrême droite : l'exclusion ou la domestication. L'exclusion consiste à tenter de la museler. C'est le cordon sanitaire politique, médiatique visant à l'ostraciser autant que possible. La domestication, elle, consiste à mouiller l'extrême droite en l'invitant à se frotter au pouvoir. À la longue, soit ces partis se normalisent, soit ils disparaissent car ils ont trop déçu leur électorat. Ceci étant, il reste difficile de savoir laquelle de ces deux stratégies est la bonne pour atteindre l'objectif.
Lire aussi notre dossier consacré au lexique de la droite dure.