Lettre d'un étudiant aux dirigeants et chefs d'État européens
C'est à vous d'écrire notre avenir, à condition d'avoir le courage de faire ce pour quoi vous avez été élus : défendre l'intérêt général, l'unité et la démocratie.
- Publié le 26-06-2025 à 16h07

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Une opinion d'Adrien Fontaine, étudiant en sciences politiques Université Catholique de Louvain
Je m'appelle Adrien, je suis étudiant en sciences politiques à l'Université Catholique de Louvain. Je vous écris aujourd'hui avec l'espoir que ces mots percent le brouillard qui semble envelopper les décisions politiques de notre continent. L'époque que nous traversons exige plus que de la gestion politique : elle demande du courage, de la clarté, et une volonté ferme de défendre nos valeurs, nos principes, et ce que nous sommes.
Depuis plusieurs années, un malaise grandit en Europe. Il ne s'agit pas seulement d'un climat d'incertitude, mais d'un sentiment d'abandon. L'abandon d'un projet occidental qui avait pourtant promis la paix, la prospérité et la démocratie. À force de compromis et d'aveuglement, nous avons laissé s'installer, au cœur même de nos institutions, des logiques qui les fragilisent. Il est temps d'appeler un chat un chat et de parler sans langue de bois.
Un champ d'influence
Des puissances étrangères infiltrent nos démocraties. Par des campagnes de désinformation, des financements occultes ou des alliances informelles, des régimes autoritaires cherchent à diviser nos opinions publiques, affaiblir notre cohésion et miner notre confiance dans les institutions. Et malheureusement, le terrain leur est favorable : plus la confusion règne, plus leurs ingérences gagnent du terrain. L'Europe devient un champ d'influence où les intérêts de Moscou, Pékin ou encore Téhéran se propagent tous les jours un peu plus et sans entrave. Et pendant ce temps, nous que faisons-nous ?
Le repli sur soi, le nationalisme, la peur deviennent des arguments électoraux. Le projet européen, tel qu'il a été pensé, se délite et ses détracteurs qui peuvent être des états, des entreprises ou des individus s'en frottent les mains.
Plus grave encore, notre principal allié, les États-Unis, vacille. Un président qui coupe les fonds aux universités, promeut le climato-scepticisme, retire la photo de l'Enola Gay, appareil qui se chargea de larguer la bombe sur Hiroshima, pour des raisons que nous connaissons tous, et envoie des forces paramilitaires contre son propre peuple en Californie en surpassant toutes les autorités compétentes, ne peut plus être considéré comme un garant fiable de la démocratie mondiale. L'Amérique ne montre plus l'exemple, elle devient le contre-modèle, celui du recul démocratique. Se voiler la face sur cette réalité revient à désarmer l'Europe politiquement, moralement et stratégiquement. Il ne suffit plus d'être alignés, il faut reprendre les choses en mains.
Un projet qui se délite
Dans le même temps, nos propres fondations s'effritent. En Pologne, en Hongrie, ou en Roumanie, l'État de droit n'est plus une évidence. L'extrême droite gagne du terrain dans presque chaque État membre, soutenue parfois directement par l'ingérence étrangère, parfois portée par une défiance légitime mais mal dirigée. Le repli sur soi, le nationalisme, la peur deviennent des arguments électoraux. Le projet européen, tel qu'il a été pensé, se délite et ses détracteurs qui peuvent être des états, des entreprises ou des individus s'en frottent les mains.
C'est dans ce contexte que votre rôle devient déterminant. Vous êtes les garants de cette idée aujourd'hui fragile mais fondamentale : la démocratie ne doit pas être un luxe, elle doit être une promesse tenue. Il vous revient de prouver aux régimes autocratiques que l'Europe ne se laissera pas faire, qu'elle n'est pas un assemblage de pays dépassé et vieillissant, mais un front cohérent, conscient des menaces et prêt à y répondre. Votre unité est votre force, Notre unité est notre force.
Mais au-delà de ça, vous avez aussi une responsabilité intime et plus profonde : celle de restaurer la confiance des peuples. Il faut que les citoyens européens puissent croire à nouveau que leur voix compte, que leurs dirigeants n'agissent pas pour leur survie politique personnelle mais pour un avenir commun. Il faut que les dissensions entre États cessent d'être un prétexte à l'inaction. Et face aux menaces qui émergent aux quatre coins du monde, nul besoin d'exemplifier, les différents doivent être mis de côté devant la nécessité d'une réponse unie, forte et digne de ce en quoi nous croyons.
Avoir le courage
Nous n'avons plus le luxe d'attendre car ceux qui ne pensent pas comme nous, eux, n'attendent pas. Chaque moment à douter de son voisin ou de la marche à suivre est une victoire pour ceux qui rêvent d'une Europe affaiblie et désunie. Ce n'est pas à eux d'écrire notre avenir. C'est à vous, à condition d'avoir le courage de faire ce pour quoi vous avez été élus : défendre l'intérêt général, l'unité et la démocratie.
Dans dix ans j'espère pouvoir vivre dans un monde de paix et démocratique. Et en repensant à vous, j'aimerais me souvenir de vous pour votre courage plutôt que d'avoir une amère mélancolie en repensant à ce que ce monde aurait pu être grâce à vous. Aujourd'hui, nous avons encore le choix. Faites en sorte qu'il ne nous soit pas retiré demain.

