Devenir un étudiant non finançable a été ma chance
Pendant mes cinq années de "non-finançabilité", j'ai appris plein de choses et, surtout, ma motivation à reprendre des études en cours du soir ne cessa de croître.
- Publié le 30-09-2025 à 10h06
- Mis à jour le 30-09-2025 à 10h09

Une opinion de Brieuc Noyen,
Dans le contexte des nombreuses polémiques qui agitent le débat public autour de la question de la finançabilité des étudiants, je souhaiterais vous faire part de ma petite expérience personnelle dans la mesure où elle pourrait apporter un autre éclairage, plus positif, sur cette réalité.
En septembre 2013, le couperet tombe : le recteur de l'université m'annonce qu'il ne m'accorde pas la dérogation demandée et que je serai donc, à l'âge respectable de 25 ans, bel et bien "non-finançable" pour une période de 5 ans. Ayant choisi des études de droit par défaut à l'âge de 19 ans, j'ai eu le malheur de réussir raisonnablement rapidement (en trois ans) mes 2 premières années ; je suis donc resté dans ce cursus qui ne me plaisait pas pour la simple raison que je réussissais, qu'il était logique de continuer et d'aviser plus tard, une fois mon bac en poche. Hélas, depuis les changements introduits par le processus dit de Bologne, le bachelier en droit s'étend sur trois années et la troisième est l'équivalent de la première licence d'avant Bologne, soit une année où il n'y a plus que des cours juridiques (contrairement aux deux premières).
Infranchissable
Or, il s'avère que ma réussite des deux premières années avait pu se faire grâce à mes bonnes notes dans tous les cours de sciences humaines non-juridiques (histoire, philo, sciences politiques, etc.) qui venaient compenser la médiocrité de mes résultats dans la plupart des cours juridique. Logiquement, la 3e année se révéla beaucoup plus difficile pour moi et, même, infranchissable puisque je l'ai tout simplement triplée. J'ai alors reçu une dernière chance en 3e année de sciences politiques mais, toutes ces années à l'université et la différence d'âge avec les autres étudiants étant devenue trop importante, j'ai complètement décroché (malgré le fait que j'aimais ces études et que je les réussirai plus tard), avec échec et "non-finançabilité" de 5 ans à la clé.
Je repris, avec une toute autre mentalité, mes études en septembre 2018 et terminai ce cursus avec une moyenne que je ne pouvais même pas concevoir lors de mon premier passage sur les bancs universitaires.
Si je pense que ces explications très personnelles peuvent avoir un quelconque intérêt dans le cadre des débats du moment, c'est parce que le fait de ne plus pouvoir poursuivre mes études universitaires fut une véritable aubaine dans ma vie personnelle. Ainsi, cela m'a poussé à entreprendre un visa vacances-travail à l'étranger, durant lequel j'ai notamment enfin appris correctement l'anglais, et à trouver un boulot à plein temps lors de mon retour en Belgique. Au fil de ces cinq années de "non-finançabilité", j'ai appris plein d'autres choses et, surtout, ma motivation à reprendre des études en cours du soir ne cessa de croître, tant et si bien que je repris, avec une tout autre mentalité, mes études en septembre 2018 et que je terminai ce cursus avec une moyenne que je ne pouvais même pas concevoir lors de mon premier passage sur les bancs universitaires.
Un regard différent
Bien entendu, je suis conscient que mon cas n'est pas généralisable et qu'il ne signifie pas que la non-finançabilité n'est pas vécue comme un drame dans bien des situations, notamment parce que tous les types d'études n'existent pas en cours du soir et ne peuvent donc être repris plus tard. Néanmoins, je souhaitais apporter un regard différent sur cette réalité souvent dépeinte comme particulièrement cruelle alors qu'elle peut également amener à reconsidérer des choix de vie trop souvent prisonniers de logiques d'entonnoir, amenant un certain nombre d'étudiants à ne pas explorer, temporairement ou non, d'autres voies.
⇒ Titre original : "Les vertus insoupçonnées de la non-finançabilité"
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