L'Europe lance une première enchère pour développer le marché de l'hydrogène vert
La Commission européenne a mis 800 millions d'euros sur la table pour produire de l'hydrogène vert en Europe.
- Publié le 22-11-2023 à 18h58

L'hydrogène vert est considéré, par la Commission européenne, comme un moyen de décarboner certains secteurs plus difficiles à décarboner : la production d'acier, de ciment, d'engrais, mais aussi le transport aérien et maritime… En effet, ces secteurs ne disposent pas de solutions évidentes de décarbonation, comme peuvent l'être la voiture électrique pour la mobilité ou la pompe à chaleur pour le chauffage.
Qu'est-ce que l'hydrogène vert ?
L'hydrogène vert est produit à partir d'électricité renouvelable, via un électrolyseur qui décompose une molécule d'eau en oxygène et en hydrogène. Pour fabriquer de l'hydrogène vert, il faut donc de l'eau, de l'électricité renouvelable et un électrolyseur.
À l'heure actuelle, l'utilisation de l'hydrogène vert reste marginale dans l'industrie. La grande majorité de l'hydrogène consommé dans le monde a une origine fossile : gaz naturel ou charbon.
L'Union européenne a pourtant des objectifs très ambitieux au niveau du développement de l'hydrogène vert : ce dernier devra représenter 42 % de l'approvisionnement de l'industrie en 2030, contre quasiment rien aujourd'hui.
Mais si les objectifs sont ambitieux, la filière peine à décoller. Il faut dire que l'hydrogène vert coûte entre 6 et 10 euros le kg, contre environ 2 euros pour son équivalent fossile. Ce surcoût a de quoi effrayer les utilisateurs de l'hydrogène. En outre, les fabricants d'électrolyseurs attendent d'y voir plus clair avant de se lancer à fond. En effet, ils ne veulent pas produire des électrolyseurs qui ne trouveraient pas d'acheteurs.
Des projets coûteux
La Commission européenne a mis 800 millions d'euros sur la table pour booster le développement de la filière en Europe. Ce jeudi aura lieu une première enchère, dont l'objectif est de soutenir des projets de production d'hydrogène vert en Europe. François Paquet, directeur de la Coalition de l'hydrogène renouvelable, nous explique comment fonctionne cette enchère. Il représente des grands producteurs d'électricité renouvelable intéressés par la production d'hydrogène vert, des fabricants d'électrolyseurs, mais aussi des utilisateurs potentiels de l'hydrogène vert (secteurs de l'acier, des engrais…).
"Même si le montant des subsides est limité, il s'agit d'une enchère test cruciale pour la filière, nous explique François Paquet. Des producteurs d'hydrogène vert doivent s'associer avec des acheteurs intéressés. Imaginons qu'un producteur se dise prêt à produire pour 7 euros le kg et que l'acheteur associé se dise prêt à acheter pour 4 euros le kg. Cela signifie que l'Europe devra combler les 3 euros de différence entre le prix d'achat et le prix de vente". Pour assurer une certaine concurrence entre les projets, les règles de l'enchère prévoient de sélectionner en priorité les projets qui demandent le moins de subsides. Les projets seront financés à concurrence des 800 millions d'euros disponibles.
Quelques projets subsidiés
"Le secteur de l'hydrogène vert en est à ses débuts et les projets sont encore très coûteux, précise François Paquet. Vu le budget limité, il ne devrait y avoir que très peu de projets subventionnés à l'issue de l'enchère". En outre, la Commission européenne a annoncé, cette semaine, qu'une seconde enveloppe de 2,2 milliards d'euros serait débloquée pour une seconde enchère prévue au printemps prochain.
Néanmoins, selon François Paquet, l'UE devrait débloquer environ 12 milliards d'euros de subsides par an, pour toute l'Europe, si elle veut atteindre les objectifs qu'elle s'est fixés. Ce calcul est basé sur les subsides proposés par les États-Unis dans le cadre de leur fameux Inflation Réduction Act (IRA). "Comparé au prix payé pour importer du pétrole et du gaz, ce montant de 12 milliards d'euros n'est pas très important, considère François Paquet. Les enjeux sont énormes. Il est question de notre indépendance énergétique, de la production industrielle des électrolyseurs en Europe, ainsi que de la décarbonation de notre industrie et de sa compétitivité". Selon lui, la concurrence s'est d'ailleurs accentuée dans ce secteur. "Il y a deux ans, les fabricants européens d'électrolyseurs n'avaient pas de concurrents, précise François Paquet. Mais ce n'est déjà plus le cas aujourd'hui".
Il demande donc qu'un calendrier des futures enchères soit d'ores et déjà publié jusqu'à 2030, afin de donner de la visibilité à la filière européenne de l'hydrogène vert. Il demande également aux États membres d'utiliser la plateforme européenne pour subsidier leurs projets nationaux d'hydrogène vert. En effet, la Coalition de l'hydrogène estime que cela permettrait de gagner un temps précieux.
