Transition énergétique sous Biden : une révolution verte freinée par le pétrole ?
Les effets de l'Inflation Reduction Act sur la transition énergétique se feront sentir jusqu'en 2040, selon le consultant Woodmac.
- Publié le 17-10-2024 à 06h36
- Mis à jour le 17-10-2024 à 09h03

Quel est le bilan de Joe Biden en matière de transition énergétique ? La question est légitime, alors que le Démocrate s'était présenté, lors de la compagne présidentielle de 2020, comme le champion des énergies vertes. Il y a deux façons de voir les choses : à court et à long termes…
Le pétrole et le gaz dominent toujours
À court terme, on voit que l'approvisionnement énergétique des États-Unis n'a pas fondamentalement changé sous la présidence de Joe Biden. En 2023, le pétrole, le gaz et le charbon représentaient encore 83 % de la consommation énergétique des USA.
Le secteur pétrolier et gazier s'est d'ailleurs très bien porté sous Joe Biden. Ainsi, la production pétrolière américaine a atteint un record absolu, en novembre 2023, à 13,3 millions de barils par jour. En outre, durant son mandat, les USA ont dépassé l'Australie en tant que premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), principalement pour venir en aide à une Europe victime de la baisse drastique des livraisons russes.

Malgré cela, Joe Biden a été sévèrement attaqué par l'industrie du pétrole et du gaz. Récemment, le patron de Chevron a reproché au Démocrate de geler les permis en faveur de nouvelles unités d'exportation de gaz naturel liquéfié.
Difficile de s'attaquer aux hydrocarbures
Il est particulièrement délicat, pour un président américain, de s'attaquer au secteur pétrolier. L'envolée des prix de l'essence, durant l'été 2022, avait même poussé Joe Biden à se déplacer en Arabie saoudite pour y rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane ("MBS"). Le but était d'inciter le Royaume à augmenter sa production pétrolière pour faire baisser les prix de l'essence auxquels sont très attentifs les Américains. Il s'agissait toutefois d'un revirement spectaculaire de la part de Joe Biden, qui avait promis de traiter "MBS" comme un "paria" lors de la campagne présidentielle de 2020.
Durant l'actuelle campagne présidentielle, Kamala Harris a aussi dû ménager le secteur des hydrocarbures. La candidate démocrate avait jadis promis d'interdire la technique controversée de la fracturation hydraulique ; elle s'est récemment félicité que les États-Unis aient "connu la plus forte augmentation de la production de pétrole de l'histoire" sous la présidence de Joe Biden.
Biden booste la production des technologies vertes
Tout cela montre qu'il ne faudra pas trop compter sur les Démocrates pour s'attaquer à la production de pétrole et de gaz. La technique de Joe Biden, pour décarboner l'économie américaine, est plutôt de favoriser la production de technologies vertes sur le territoire américain. Avec pour objectif final de rendre ce secteur industriel créateur d'emplois et d'amener les énergies renouvelables à être compétitives face au fossile. Ainsi, les Américains se tourneront naturellement vers les alternatives renouvelables et délaisseront le gaz et le pétrole, espèrent certains Démocrates.
L'Inflation Reduction Act (IRA) avait d'ailleurs pour objectif de relocaliser sur le sol américain la production des technologies vertes. Combiné au Chips Act, dont l'objectif est de rapatrier la production de puces électroniques aux USA, l'IRA représente pas moins de 400 milliards de dollars sous forme de subsides, de prêts et de crédits d'impôts.
Selon des données fournies par Candriam, ces deux législations ont permis de faire passer les investissements dans les secteurs visés (batteries, voitures électriques, panneaux photovoltaïques, semi-conducteurs…) de 10 milliards de dollars en 2021 à presque 140 milliards de dollars en 2024. Et, selon le consultant Woodmac, les effets de l'IRA pourraient se faire sentir jusqu'en… 2040. Le Financial Times a aussi calculé que l'IRA et le Chips Act ont déjà suscité des investissements pour un montant de 224 milliards de dollars, avec la création de 100 000 emplois à la clef.
Si les hydrocarbures dominent toujours l'économie US, il se pourrait donc que les choses évoluent favorablement dans le futur. Mais quid si Trump est élu ?
"Bien sûr, Kamala Harris soutiendra davantage les énergies renouvelables, tandis que Donald Trump sera davantage favorable au pétrole, au gaz et au charbon mais, en pratique, c'est plus nuancé, répond explique Anne-Sophie Corbeau, de l'université de Columbia. Je ne pense pas que Donald Trump va totalement détricoter l'IRA".
Selon cette experte, une grande différence entre les deux candidats tiendra probablement dans la manière dont ils voudront s'attaquer aux émissions de méthane. Pour rappel, l'exploitation de champs de gaz et de pétrole entraîne l'émission de méthane, un gaz encore plus néfaste que le CO2 en ce qui concerne la problématique du réchauffement climatique. Selon Anne-Sophie Corbeau, Kamala Harris pourrait délivrer des permis pour l'exportation de GNL américain mais elle réglementera davantage les émissions de méthane lors de l'exploitation de ce GNL.
Selon elle, les règles sur l'hydrogène vert pourraient aussi être assouplies en cas de victoire de Donald Trump. De plus, les Républicains privilégient traditionnellement l'hydrogène bleu, c'est-à-dire fabriqué à partir de gaz naturel avec un dispositif de capture du carbone. Enfin, Donald Trump pourrait s'attaquer à Fatih Birol, le directeur de l'Agence international de l'énergie (AIE), qu'il accuse d'avoir pris un virage trop favorable aux énergies bas carbone.
