Electrabel verse un dividende de 6,2 milliards d'euros à Engie : la filiale belge va-t-elle être dépecée ?
Ce dividende, versé par la filiale belge Electrabel à sa maison-mère française Engie, pose question.
- Publié le 23-05-2025 à 12h11
- Mis à jour le 23-05-2025 à 12h43

Nos confrères de l'Écho et du Tijd annoncent, ce vendredi, que l'entreprise belge Electrabel a versé un dividende gigantesque de 6,2 milliards d'euros à sa maison-mère, le groupe français Engie.
Electrabel a été capable de verser un tel montant car l'entreprise a, elle-même, perçu un dividende de 5 milliards d'euros de la part d'une filiale détenue à 100 %, la société belge Engie Energy Management. En outre, cette même filiale envisage de verser 5,2 milliards d'euros supplémentaires à Electrabel en 2025. Avec cet apport financier supplémentaire, Electrabel sera donc capable de continuer à alimenter les comptes du groupe Engie en 2025. À voir si Electrabel versera encore un dividende similaire à sa maison-mère française en 2025 ?
Electrabel justifie la distribution de ce dividende par les accords Phoenix de prolongation de Doel 4 et Tihange 3, signés avec le gouvernement De Croo. Rappelons que ces accords prévoient qu'Electrabel verse 15 milliards d'euros à l'État belge afin de lui transférer le risque financier de la gestion des déchets nucléaires. La Vivaldi a dû faire cette concession à Engie afin que l'entreprise accepte de prolonger de dix ans la durée de vie de Doel 4 et Tihange 3.
En contrepartie, Engie a obtenu le droit de vendre ou de s'approprier les actifs non-européens d'Electrabel. La logique de cette autorisation est qu'Electrabel n'a plus besoin d'avoir les reins aussi solides qu'avant, étant donné que c'est l'État belge qui supportera le risque de flambée des coûts de gestion des déchets nucléaires. Engie n'a d'ailleurs pas tardé à utiliser cette autorisation de disposer plus librement des actifs d'Electrabel. Marc Franchimont, le directeur financier d'Electrabel, a expliqué à L'Écho "qu'au moment du closing de la transaction avec l'État belge, en mars dernier, il y a d'ailleurs eu un transfert d'International Power d'Electrabel vers Engie". Or la société britannique International Power, qui a des actifs dans de nombreuses régions du monde, était la filiale la plus importante d'Electrabel SA.
Le démantèlement toujours à charge d'Electrabel
Par ailleurs, la gestion des déchets nucléaires n'est pas le seul poste financier qui risque de flamber dans le futur. Le coût du démantèlement des centrales nucléaires risque, lui aussi, d'augmenter. Or c'est toujours la SA Electrabel qui porte la responsabilité du coût du démantèlement des centrales nucléaires.
C'est dans ce cadre que les dividendes versés par Electrabel à Engie posent question. Electrabel aura-t-il les reins suffisamment solides, à l'avenir, pour assurer le financement d'une hausse des coûts du démantèlement des centrales nucléaires ?
De son côté, Electrabel se veut rassurant quant à sa capacité à assumer le coût de son passif nucléaire. Dans un communiqué, l'entreprise belge affirme que les accords Phoenix prévoient "une garantie illimitée de sa maison-mère pour les risques liés à ses activités et passifs nucléaires résiduels". Il reste que certains experts doutent de cette garantie octroyée par Engie, vis-à-vis de sa filiale Electrabel.
En outre, Engie pourrait revenir à la charge au cours de cette année. Selon nos informations, le groupe français espère maintenant vendre certains actifs européens d'Electrabel. Mais, en ce qui concerne les actifs européens d'Electrabel, un aval de Commission des provisions nucléaires (CPN) est nécessaire avant toute vente ou rapatriement dans le giron d'Engie.
