"Le vrai problème, c'est notre dépendance au gaz américain"
Febeliec tire la sonnette d'alarme à propos de la dépendance de l'Europe au gaz naturel liquéfié (GNL) américain.
- Publié le 17-07-2025 à 09h00

Andreas Tirez est l'expert énergétique de Febeliec, la fédération des entreprises qui consomment beaucoup d'énergie. Cette fédération représente des grands noms de l'industrie installés en Belgique tels que BASF, Air Liquide, TotalEnergies…
Cet expert suit de près les questions de sécurité d'approvisionnement en gaz et en électricité. L'un des sujets du moment est le dernier rapport d'Elia, le gestionnaire du réseau électrique haute tension, portant sur la sécurité d'approvisionnement en électricité au cours de la prochaine décennie. Selon cette étude, la Belgique risque de manquer de capacités de production d'électricité dans les années à venir. Elia a ainsi identifié un manque de 900 MW en 2030 et de 2 200 MW en 2034.
Un déficit que relativise Andreas Tirez. "Elia se montre, une nouvelle fois, très prudent en mettant en exergue un manque de 900 MW en 2030, explique-t-il. Si on tient compte du scénario de base, conforme à la méthodologie européenne, il n'y a pas de déficit de capacités en 2030. Et, en 2034, le déficit n'est que de 1 300 MW. Elia a préféré montrer un scénario plus pessimiste dans son executive summary, plutôt que le scénario de base européen".
Selon Andreas Tirez, la grande question du moment est plutôt la sécurité d'approvisionnement en gaz et notre dépendance grandissante au gaz naturel liquéfié (GNL) américain.
Pour faire face à la réduction drastique des exportations de gaz russe, l'Europe importe, de plus en plus, de GNL transporté par bateaux. L'année dernière, l'UE a consommé 272,9 milliards de m3 de gaz naturel, dont plus de 100 milliards de m3 de GNL. Environ 37 % de notre approvisionnement en gaz naturel était donc du GNL en 2024.
Les États-Unis, le n°1 du GNL
"Les États-Unis fournissent environ 50 % du GNL consommé en Europe, alerte Andreas Tirez. Cette dépendance commence à devenir dangereuse. Imaginez que Donald Trump décide d'interdire les exportations de GNL américain vers l'Europe. Le président américain pourrait aussi faire pression sur d'autres pays pour qu'ils arrêtent de nous fournir".
En outre, la part du GNL américain dans l'approvisionnement européen pourrait encore grandir. En effet, l'UE doit mettre en place un embargo total sur les importations de gaz russe en 2027. Or les États-Unis sont un candidat naturel pour remplacer ce gaz russe appelé à disparaître.
L'année dernière, la Russie a exporté 20 milliards de m3 de GNL sur le marché européen. Si les États-Unis devaient remplacer entièrement ce GNL russe, ils représenteraient 65 % de l'approvisionnement en GNL de l'UE.
"Le problème, c'est le manque de flexibilité"
Selon Andreas Tirez, une des conclusions fortes du dernier rapport d'Elia est que la Belgique fait face à un problème de flexibilité plutôt qu'à un manque de capacités de production d'électricité.
Qu'est-ce que cela signifie ? Avec la montée en puissance des énergies renouvelables (éoliennes, panneaux photovoltaïques) et des voitures électriques, il y a une plus grande variabilité de la production ET de la consommation d'électricité.
La flexibilité consiste à augmenter ou à baisser sa consommation, en fonction des variations de la production d'électricité. Par exemple en rechargeant sa voiture électrique quand il y a du soleil ou en réduisant la demande industrielle en cas de pénurie d'électricité. Certaines voitures électriques peuvent même fournir de l'électricité au réseau, quand celui-ci est en manque.
Or, selon la dernière étude d'Elia, la flexibilité n'est actuellement pas suffisante. Ce constat est assez paradoxal alors que l'adoption des véhicules électriques, par les Belges, est supérieure aux attentes. Le problème est que les propriétaires de véhicules électriques ne sont pas incités financièrement à recharger aux moments opportuns pour le réseau, par exemple via des tarifs dynamiques. Cette flexibilité potentielle n'est donc pas activable.
"Il y a actuellement 300 000 véhicules électriques en Belgique, déclare Andreas Tirez. Cela représente quatre fois la capacité de stockage de la centrale de pompage-turbinage de Coo. Dans quelques années, on aura 30 ou 40 fois Coo au niveau des capacités de stockage. Il faut maintenant activer cette flexibilité". Cela passera par l'adoption de tarifs dynamiques mais aussi par la généralisation des compteurs intelligents.
