Minitel rose, (petite) case prison et forfaits à 2 euros : Xavier Niel, le milliardaire français qui fait son entrée dans Proximus
Après l'annonce de l'investissement de Xavier Niel dans Proximus, l'action de l'opérateur belge a bondi en Bourse, après quelques années de difficultés.

- Publié le 14-11-2023 à 16h49
- Mis à jour le 14-11-2023 à 19h33

Près de 6 %. C'est le bond en Bourse du titre Proximus, après l'annonce d'un investissement de la part de Xavier Niel, via son holding Carraun, qui détient désormais 6 % des parts de Proximus.
"C'est purement opportuniste", nous disent des spécialistes du secteur qui préfèrent rester anonymes. "La raison est simple, il voit une société qui projette un rendement pour l'année prochaine et il y a peu de chances qu'il diminue. Et l'État belge est derrière, demandeur de dividendes, donc il y voit du rendement à long terme", expliquent-ils. "Cela m'étonnerait qu'il y ait une logique industrielle. Il ne pourra pas demander la nomination d'un administrateur indépendant… Proximus, c'est un mastodonte détenu à près de 54 % par l'État belge, qui attend ses dividendes et ne bougera pas", estiment-ils également.
"C'est une participation que Xavier Niel a dû déclarer et annoncer, car c'est obligatoire pour tout franchissement du seuil de 3 % des parts d'une société cotée. Ce seuil permet d'éviter les prises de contrôle rampantes. Xavier Niel est coutumier d'achats à gauche à droite, souvent pour quelques pour cent. C'est une logique financière de rentabilité", glissent ces spécialistes. "Même si, disons le plus perfidement, il n'en a pas vraiment besoin. Étant marié à Delphine Arnault, la fille de Bernard Arnault, il a de quoi voir venir…", sourit l'un d'eux.
"Tous les opérateurs télécoms sont très endettés, mais pas Proximus, qui l'est raisonnablement et qui n'a pas voulu à tout prix s'agrandir à l'international", nous dit-on. Même si l'opérateur a, avec BICS et Telesign, tout de même des activités sur des marchés étrangers et a une dette d'environ 3 milliards d'euros (pour un chiffre d'affaires de plus de 5 milliards).
Xavier Niel, l'homme à la tête des "forfaits à deux euros"
"Je suis attiré depuis longtemps par le marché belge, dont l'économie est solide et où une approche réglementaire saine a permis de créer un secteur des télécommunications dynamique", a commenté, mardi, Xavier Niel. "Nous avons construit un groupe de télécommunications paneuropéen au cours de la dernière décennie en nous concentrant toujours sur la fourniture à nos clients du meilleur rapport qualité-prix et en nous appuyant sur une infrastructure de réseau mobile et fixe de haute qualité", a-t-il également déclaré, laissant entendre tout de même que cela pourrait dépasser la pure logique spéculative. Mais seul l'avenir nous le dira. Car s'il est pour le moment probable que nos experts aient raison, n'oublions pas que Niel a réussi à bousculer le paysage français des télécoms, allant jusqu'à proposer des tarifs mobiles à 2 euros par mois il y a déjà plusieurs années. Là où, en Belgique – un marché, certes, plus petit donc plus difficilement rentable avec des formules si peu chères –, les prix restent largement supérieurs.
Le natif de Maisons-Alfort, aujourd'hui âgé de 56 ans, n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai en matière de "disruption".
Hacking, minitel rose et "bousculade"
Fin des années 1980, l'homme se penchait sur le développement de programmes pour le Minitel. Une technologie made in France qui disparaîtra face à la concurrence d'Internet et des ordinateurs personnels. Son succès dans le domaine ? Le Minitel rose, dans les années 1990. L'homme devient millionnaire à moins de trente ans. Ce qui lui permettra, lui qui se disait timide, de se doter d'une certaine confiance et d'une assise financière suffisante afin de lancer, en 1999, l'opérateur télécoms low cost Free, qui bouscule alors les grands groupes que sont Orange (France Télécom), Bouygues Telecom et SFR, tous assez jeunes dans le secteur.
Et son petit tour par la case prison, pendant deux mois en 2004, sur fond de suspicions de proxénétisme et détournement en parallèle de son activité Minitel rose, (suspicions qu'il a toujours niées et pour lesquelles il ne sera jamais inculpé, NdlR), fera visiblement la joie de Bouygues, qui détient TF1 et avec lequel Niel négociait dans le cadre de son offre TV fixe (Freebox).
Mais avec les années, et malgré les critiques sur son management rude, Xavier Niel conforte son empire télécoms et s'étend.
À la recherche d'influence
En 2013, son passé d'ancien hacker le titille visiblement et il fonde l'École 42, une école de formation en programmation informatique peu conventionnelle (autoformation, inscription gratuite, pas de prérequis ou de diplômes nécessaires pour y accéder, etc.). Il faut l'être, peu conventionnel, pour être "disruptif".
En 2017, il lance l'incubateur de start-up Station F à Paris, dans la mouvance de la "French Tech" et la volonté de créer des pépites, pour les voir grandir, prospérer ou, simplement, les revendre au moment jugé opportun par leurs propriétaires.
Et bien sûr, en tout bon investisseur, Niel se diversifie et investit dans l'immobilier, dans l'industrie du jeu vidéo, le capital-risque et désormais dans une partie de l'opérateur national belge Proximus, dirigé par son compatriote français Guillaume Boutin. Et bien que minoritaire, avec ces 6 %, il en devient le 3e actionnaire, derrière l'État belge et Proximus lui-même.
Enfin, au-delà de ses investissements, Xavier Niel a visiblement tenu à avoir un impact sociétal de plus en plus marqué avec le temps. De par ses investissements dans l'éducation ainsi que dans les médias, mais également par son soutien à des causes philanthropiques variées. Dans les médias, il a notamment investi dans l'Obs, Mediapart et, surtout, Le Monde, pour lequel il avait formé un trio d'actionnaires majoritaires, en compagnie de Pierre Bergé et Mathieu Pigasse. Il a, par ailleurs, récupéré la participation prise par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky dans Le Monde en septembre de cette année, pour environ 50 millions d'euros. Le prix de l'influence, diront certains.