"Il est crucial de spécifier à l'IA qu'elle ne doit pas émettre de propos racistes ou sexistes"
Série d'été | La Libre se penche, toute cette semaine, sur le potentiel incroyable de l'intelligence artificielle. Ce (lundi, mardi, mercredi…), nous nous intéressons aux assistants personnels, pilotés par l'IA. À condition d'être bien paramétrés, ces derniers peuvent répondre au téléphone à votre place.
- Publié le 21-08-2024 à 09h16
- Mis à jour le 02-09-2024 à 16h55

Dans le cadre de notre série estivale sur la révolution de l'intelligence artificielle (IA), La Libre explore aujourd'hui l'univers des assistants personnels. Ces outils numériques, propulsés par l'IA, promettent de libérer les employés des tâches de bureau les plus chronophages. Mais jusqu'où peuvent-ils aller ? Pour y voir plus clair, nous avons interviewé Gaëlle Helsmoortel, Data Strategy Director chez Micropole, un groupe spécialisé dans la transformation des entreprises par les data, et fondatrice d'une formation en ligne – The Generative AI Methodology.
Pour Gaëlle Helsmoortel, l'utilisation de l'IA en entreprise se divise, principalement, en deux grandes catégories : l'analyse de documents (extraction, classification, synthèse…) et la génération de contenus (qu'il s'agisse de textes, de sons, de vidéos ou d'images).
Analyse : lire des centaines de pages en quelques secondes
"L'IA peut analyser rapidement de volumineux documents et en extraire les informations clés", explique Gaëlle Helsmoortel. Elle souligne que des directeurs financiers ou marketing, par exemple, peuvent s'appuyer sur cette technologie. "La lecture de rapports financiers ou de parts de marchés, surtout en anglais, peut être longue et fastidieuse. En posant les bonnes questions à l'IA, il est possible d'accélérer ce processus, mais aussi de le faire de façon plus sûre. Contrairement à l'humain, l'IA n'est jamais fatiguée".
Elle cite également l'exemple des secrétaires de conseils d'administration d'entreprises ou d'organisations. "Un secrétaire doit prendre des notes en réunion, résumer les discussions et noter les points à trancher lors de la prochaine rencontre. Avec l'IA, il suffit d'enregistrer la réunion et de lui demander de rédiger un rapport". Selon elle, la clé réside dans la formulation des questions. "Il faut demander à l'IA de synthétiser les messages clés de chaque intervenant et préciser le format et la longueur du compte rendu souhaité", précise Gaëlle Helsmoortel.
Génération : créer du contenu en quelques secondes
Selon l'experte de Micropole, l'autre grand atout de l'IA réside dans sa capacité à générer du contenu original. "L'IA peut réécrire ou simplifier des concepts complexes, souligne Gaëlle Helsmoortel. Elle peut, par exemple, aider un professeur à rédiger son cours dans un langage accessible à tous".
Gaëlle Helsmoortel a d'ailleurs écrit un "prompt", c'est-à-dire une instruction, qui reflète son style d'écriture. "J'ai créé un modèle qui définit mon style, ce qui permet à l'IA de générer du contenu comme si c'était moi qui l'avais écrit", explique-t-elle. Chacune de ses productions est d'ailleurs accompagnée d'un petit "disclaimer", qui précise que les idées et la méthodologie lui appartiennent mais qu'elle a été aidée par l'IA.
Selon Gaëlle Helsmoortel, l'IA peut aussi répondre au téléphone, à condition d'être bien paramétrée pour éviter les dérapages. "Le danger réside dans les biais de l'IA, qui apprend à partir de contenus trouvés en ligne. Aux États-Unis, des procès ont eu lieu à cause de chatbots tenant des propos inappropriés. Il est crucial de spécifier à l'IA qu'elle ne doit pas émettre de propos racistes ou sexistes et de lui expliquer concrètement de quoi il s'agit".
La limite de l'IA : la véracité du contenu
Toutefois, l'IA n'est pas infaillible, notamment lorsqu'elle énonce des faits. "L'IA fait encore des erreurs factuelles sur un ton affirmatif, explique Gaëlle Helsmoortel. Pour contrer cela, il suffit de lui poser une question tout en lui indiquant où chercher les réponses. Par exemple en lui soumettant des documents spécifiques."
Concrètement, comment peut-on utiliser l'IA ? Gaëlle Helsmoortel utilise les versions payantes de Gemini (Google) et ChatGPT (OpenAI). "Pour une cinquantaine de dollars par mois, l'investissement est largement rentable", dit-elle. Néanmoins, avant de gagner en efficacité, un peu de travail est nécessaire. Ainsi, notre experte a rédigé une série de "prompts" correspondant à ses besoins, à la fois dans Gemini et ChatGPT : "Chaque outil a ses points forts et ses points faibles, il est donc essentiel de choisir celui qui convient le mieux pour chaque tâche". Pour minimiser le risque d'erreurs, elle introduit parfois les mêmes "prompts" dans ChatGPT et Gemini. Ce dernier aurait d'ailleurs tendance à proposer des réponses plus "factuelles" que ses concurrents.
Selon Gaëlle Helsmoortel, toute une série de tâches sont d'ores et déjà "menacées" par l'IA. Néanmoins, elle estime que l'humain reste nécessaire pour bien encadrer cette technologie. "La créativité humaine reste nécessaire pour poser les bonnes questions", conclut-elle.
Une étude du Boston Consulting Group avait abouti à la conclusion que l'IA libérait du temps et permettait aux employés d'effectuer d'autres tâches. Néanmoins, selon cette même étude, 49 % des utilisateurs réguliers de l'IA générative pensent que leur emploi pourrait disparaître au cours des dix prochaines années. Bref, il y a du positif et du négatif. Le futur nous dira si l'IA a généré davantage d'emplois qu'elle n'en a détruits…
Série d'été | L'IA : opportunité ou danger ? (4/5)
L'intelligence artificielle (IA) est déjà une réalité : elle est en train de s'immiscer dans tous les domaines de la société et touche déjà, de façon très concrète (et souvent sans le savoir), nos vies quotidiennes. Ce samedi, La Libre entame sa dernière série estivale en se penchant précisément sur cette IA qui est l'objet de nombreuses attentes mais qui suscite aussi de grandes craintes. Dans ce premier volet, nous nous penchons, avec quelques professionnels du secteur, sur la médecine, où les besoins seront immenses dans les décennies à venir sur fond de vieillissement de la population.
- Premier volet, 17/08 : "Si on continue à faire de la médecine comme aujourd'hui, on court à la catastrophe. L'IA aidera à faire face au papy-boom"
- Second volet, 18/08 : Bientôt des avions sans pilote ? "L'autonomie finira par s'imposer"
- Troisième volet, 21/08 : "ChatGPT est un tsunami dans le monde de l'enseignement, universitaire comme secondaire"
- Prochain volet jeudi 22 août : Comment l'IA aide à la gestion de portefeuilles.
