"L'IA du Pentagone ne sera pas woke" : Elon Musk aura bientôt accès aux données secrètes du Pentagone
Critiqué pour ses dérapages, le chatbot d'Elon Musk va pourtant avoir accès à des informations classifiées de l'armée américaine.

- Publié le 13-01-2026 à 16h37
- Mis à jour le 13-01-2026 à 17h18

Le tollé mondial que se prend actuellement Grok, le chatbot d'Elon Musk, après avoir diffusé des images sexuelles truquées, ne semble pas refroidir l'appétit du gouvernement américain. Bien au contraire. Le Pentagone s'apprête en effet à ouvrir grand ses réseaux, y compris les plus sensibles, à l'intelligence artificielle du milliardaire, d'après les informations d'Euronews.
L'annonce est venue directement du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, lors d'un discours chez SpaceX, dans le sud du Texas. Dans les prochaines semaines, Grok, l'agent conversationnel développé par xAI et intégré au réseau social X, fera donc son entrée dans l'écosystème informatique du ministère américain de la Défense, aux côtés de Gemini, le modèle de Google. Un partenariat qui s'inscrit dans un contrat déjà officialisé cet été entre le Pentagone et la start-up d'Elon Musk, pour un montant de 200 millions de dollars.
Très bientôt, nous aurons les modèles d'IA les plus avancés au monde sur tous les réseaux non classifiés et classifiés de notre département"
Une IA nourrie aux données classifiées
Mais à quoi va réellement servir cette irruption de l'intelligence artificielle dans les entrailles de l'armée américaine ? L'objectif affiché est de faire de ces algorithmes un moteur stratégique de la puissance militaire. "Très bientôt, nous aurons les modèles d'IA les plus avancés au monde sur tous les réseaux non classifiés et classifiés de notre département", a assuré Pete Hegseth.
Encore faut-il nourrir ces machines. Avec quoi entraîner ces systèmes, sinon avec l'un des plus vastes réservoirs de données au monde ? Le Pentagone entend ouvrir l'accès à une masse considérable d'informations issues de ses systèmes informatiques. Des données boostées par deux décennies d'opérations militaires et de collecte de renseignement. "L'IA n'est aussi performante que par les données qu'elle reçoit", a insisté le secrétaire à la Défense.
Un changement radical par rapport à l'ère Biden
Ce coup d'accélérateur a le mérite de marquer un sacré changement de tempo par rapport à l'ère Biden, rappelle Le Point. L'ancienne administration encourageait déjà les agences fédérales à explorer les usages de l'IA, mais avec prudence. Fin 2024, un cadre réglementaire avait été mis en place pour élargir le recours aux technologies les plus avancées tout en fixant des garde-fous. Certaines applications étaient interdites, notamment celles susceptibles de porter atteinte aux droits civiques ou d'automatiser le déclenchement d'armes nucléaires.
En tout cas, Pete Hegseth, de son côté, ne cache pas sa volonté d'appuyer franchement sur l'accélérateur. Il plaide pour une innovation rapide, décloisonnée, capable de s'imposer sans lourdeurs administratives. "Nous avons besoin que l'innovation vienne de partout et évolue avec rapidité et détermination", a-t-il lancé. Le patron du Pentagone affirme vouloir des systèmes d'IA responsables, mais se dit prêt à écarter tout modèle qui ne permettrait pas de répondre aux exigences militaires. Les systèmes déployés devront en effet fonctionner sans contraintes jugées limitantes pour les usages militaires. Et pour arriver à cela, Pete Hegseth assume : l'IA du Pentagone "ne sera pas woke".
Une petite phrase lourde de sens, qui résonne directement avec la vision défendue par Elon Musk. Depuis le lancement de Grok, le milliardaire présente son chatbot comme une alternative aux intelligences artificielles qu'il estime trop prudentes ou trop politiquement correctes.
Les dérives de Grok peuvent-elles lui porter défaut ?
Mais Grok n'arrive effectivement pas les mains propres dans cette aventure militaire. Comme dit précédemment, l'outil a déclenché un bad buzz après avoir généré, à la demande d'utilisateurs, des montages pornographiques de personnes sans leur consentement, parfois des mineurs. Plusieurs pays, dont la Malaisie et l'Indonésie, ont choisi de bloquer le service. Au Royaume-Uni, l'autorité indépendante chargée de la sécurité en ligne a ouvert une enquête. En réaction, xAI a restreint certaines fonctionnalités aux seuls utilisateurs payants.
Ce dernier dérapage n'est pas le seul du chatbot. L'été dernier déjà, Grok avait été accusé de relayer des propos antisémites et de diffuser des contenus mensongers, des "fake news". Autant d'épisodes qui interrogent sur la robustesse d'un outil appelé à manipuler des données militaires sensibles.