Ford Genk : Est-ce la fin de l'industrie ?

"Le cocktail est explosif mais le pays peut rebondir." Professeur à HEC-Ecole de gestion de l'université de Liège, directeur du Centre d'étude de la performance des entreprises, Didier Van Caillie commente l'actualité à chaud.

Pierre Loppe
Ford Genk : Est-ce la fin de l'industrie ?
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Entretien Professeur à HEC-Ecole de gestion de l'université de Liège, directeur du Centre d'étude de la performance des entreprises, Didier Van Caillie commente l'actualité à chaud.

La désindustrialisation en marche est-elle irréversible ?

Ce phénomène bien connu en Belgique et en Europe trouve ses racines profondes dans trois phénomènes qui s'entrelacent et se répercutent comme une boule de neige infernale. Le premier est une croissance mondiale en panne depuis un bon moment déjà et sans doute pour quelques années encore. Deuxièmement, en 2008 a éclaté la crise des emprunts hypothécaires américains "pourris", non remboursés, qui a été largement amplifiée par l'usage de produits financiers trop complexes, devenus vite hors de contrôle. Il s'en est suivi une crise de confiance profonde entre le monde de la finance, le monde de l'économie réelle et le monde des consommateurs finaux. Le monde de la finance ne prête plus les fonds dont l'économie réelle a besoin, les investissements se réduisent et les revenus des ménages en subissent les effets. Enfin, un phénomène de globalisation mondiale de l'économie a fait sentir pleinement ses effets au niveau commercial, mais pas au niveau comptable et fiscal.

Que ressent une entreprise industrielle qui cherche à assurer son avenir ?

Ce cocktail explosif se traduit par une stratégie simple, mais efficace : une rationalisation des activités en supprimant au maximum les coûts fixes, via une diminution du nombre d'usines et des relocalisations là où les conditions légales, sociales et fiscales sont les plus favorables.

Tous les secteurs sont-ils concernés ?

Cette désindustrialisation n'est pas spécifique à un secteur, même si les secteurs les plus matures et les plus consommateurs en infrastructure, en main d'œuvre et en énergie sont naturellement les plus touchés (automobile, acier, etc.).

Y a-t-il une malédiction belge ?

La Belgique souffre de deux handicaps. Elle est au cœur d'une Europe en crise qui se cherche un second souffle et voit poindre des forces centrifuges de plus en plus fortes qui veulent faire primer l'intérêt particulier d'une ou de quelques régions par rapport à celui de l'ensemble d'une collectivité européenne qui reste à construire dans les faits. En outre, le pays tarde à résoudre par ailleurs son problème d'identité et à clarifier sans ambigüité ce que sera son avenir. Cet élément a indubitablement pris une ampleur nouvelle depuis le discours des dirigeants de la N-VA au soir des élections, pourtant communales seulement. Ce discours a suscité le doute et la crainte dans l'esprit de bon nombre de décideurs étrangers : quel sera l'avenir de la Belgique ? Les craintes quant à sa reconfiguration politique et administrative, à une refonte de son régime fiscal, à une modification profonde de sa fiscalité à l'égard du travail, excessive en regard des standards européens, ont fait monter la perception que les décideurs étrangers ont du "risque belge".

Un avenir est-il possible ? Croyez-vous à la reconversion ?

Certainement ! Tant en Europe qu'en Belgique plus particulièrement, il est possible de rebondir, à condition toutefois d'admettre une fois pour toutes de faire les choses autrement que dans le passé et d'accepter réellement que la grande entreprise avec une production de masse très standardisée poussée vers le marché grâce à la qualité technologique et aux savoirs de nos ingénieurs est à remiser définitivement aux oubliettes. Par contre, une stratégie de réindustrialisation basée sur la rencontre des besoins réels des consommateurs et des industries, sur l'innovation créative et la recherche appliquée, sur la maîtrise permanente des coûts fixes et le travail en réseaux d'entreprises et de particuliers, sur la dynamisation entrepreneuriale et le renforcement de la solidité financière des PME et surtout des moyennes entreprises créatrices d'emplois de proximité directs et indirects est tout à fait possible.

Une telle stratégie a rendu possible dans le passé le renouveau du Japon à la fin des années cinquante, elle a sorti la Chine et l'Inde de la situation de marasme dans laquelle ils s'enlisaient dans les années septante.


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