Economies et écologie pour la logistique
Gros pollueur, le secteur de la logistique est pourtant capable de réduire ses émissions de CO2. Le programme LEAN and GREEN est fait pour ça. DOSSIER.
- Publié le 12-12-2015 à 05h51
- Mis à jour le 12-12-2015 à 12h40
Le secteur de la logistique est souvent pointé du doigt pour être un gros pollueur. Le transport routier particulièrement puisqu'on estime qu'un camion émet entre 80 et 100 grammes de CO2/tonne au kilomètre, soit trois fois plus qu'un bateau transportant la même quantité de marchandises sur la même distance.
Mais grâce à des mesures relativement simples, les entreprises peuvent diminuer significativement leur empreinte carbone. Et qui dit réduction de pollution dit aussi économie d'argent. C'est le double objectif poursuivi par le programme LEAN and GREEN qu'a adopté la Région wallonne en 2013 via son pôle de compétitivité Logistics in Wallonia.
Emilie Parthoens est le project manager de LEAN and GREEN. Elle cherche à convaincre les chargeurs, transporteurs, prestataires logistiques, producteurs qui ont des marchandises à transporter et gestionnaires d'infrastructures d'adhérer à ce programme. Un programme lancé aux Pays-Bas en 2008 puis en Flandre et en Région wallonne. Quelque 350 entreprises ont souscrit à cette formation payante (2550 euros pour les membres de Logistics in Wallonia et 3200 euros pour les autres), dont une quinzaine en Wallonie.
"Nous accompagnons les entreprises de logistique dans l'élaboration d'un plan d'action visant à réduire leurs émissions de CO2 de 20 % en 5 ans", explique Emilie Parthoens. Tout débute par une séance collective d'information sur le programme. Ensuite, on participe à trois ateliers interactifs. "Les objectifs sont de permettre les échanges entre les entreprises concernant les problèmes qu'elles peuvent rencontrer, de créer une dynamique. On évoque le calcul de leurs émissions de CO2, des exemples de collaborations avec les fournisseurs, on élabore des solutions de réduction des émissions, parfois créatives et innovantes qui émergent de ce brainstorming. Les solutions peuvent être simples mais on n'y pense pas toujours."
C'est donc un plan d'action qui est mis en place. Les entreprises peuvent par exemple s'engager à adopter l'écoconduite, à remplacer leur flotte par des véhicules plus performants et moins énergivores, à optimiser les parcours de livraison, à revoir leur business model, à isoler camions et entrepôts, à doter leurs infrastructures d'ampoules led au lieu de néons voire même à diminuer le chauffage dans certains locaux de travail, en échange de vestes polar distribuées aux employés.
Les participants bénéficient d'un accompagnement en entreprise. Logistics in Wallonia relit le plan d'action, qui sera contrôlé, évalué et coté par un expert. En cas d'évaluation positive, vient enfin la remise d'un award certifiant que l'entreprise est capable d'atteindre ses objectifs environnementaux.
Quels types d'entreprises se sont inscrites dans le programme LEAN and GREEN ? "Principalement des transporteurs, des centres de distribution aussi, des entreprises de petite taille ou de grande taille comme Spadel, beaucoup de sociétés liégeoises, sans doute à cause de la localisation à Liège de Logistics in Wallonia. On est parti d'une liste d'entreprises; j'ai fait de la prospection et le bouche-à-oreille a fonctionné", précise Emilie Parthoens. A-t-il été facile de les convaincre ? "Ca dépend, et notamment de la personnalité du manager, sensible ou non à la question. On trouve des grosses entreprises déjà conscientes du problème et actives. Les plus petites, il faut les convaincre davantage. Beaucoup d'entreprises familiales n'ont pas mis de process qualité en place. Il faut donc leur donner un cadre de travail."
La project manager va prochainement entamer une nouvelle tournée de prospection afin de recruter des participants. Elle souligne à quel point il est dans l'intérêt des acteurs du secteur de la logistique (et des autres car le concept de LEAN and GREEN est transposable à des activités différentes) de souscrire à une telle initiative de réduction des émissions de CO2. "Outre le gain pour l'environnement et les réductions de coûts, c'est une valeur ajoutée marketing. L'image du secteur est plutôt négative. Montrer que l'on fait des efforts, c'est positif."
Les jeunes pensent aussi "vert"
TL Hub a organisé un business game opposant différentes Hautes écoles et universités.
Apporter une réponse originale et créative à un problème de logistique. Tel était le challenge proposé, par le job board TL Hub, à des étudiants de 12 Hautes écoles et universités offrant une formation en logistique, transport et/ou supply chain. Pour cette première édition, le site spécialisé en offres d'emploi en logistique et supply chain avait demandé à Coca-Cola de soumettre un "case" : une solution pour la distribution des boissons du groupe depuis leur centre de distribution d'Anvers vers la zone urbaine de Bruxelles. "Dans leurs propositions, les étudiants sont en général partis sur des solutions "vertes", alors que cela ne faisait pas partie des critères de Coca-Cola", explique Frédéric de Cooman, initiateur du projet. "Certains ont suggéré, par exemple, d'utiliser des barges plutôt que des camions ou de faire la dernière partie du transport à vélo ! Mais cela a démontré une méconnaissance du secteur… Le transport par camion reste indispensable sinon on risque de faire exploser les coûts."
C'est une équipe de trois étudiants de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) qui a terminé première du concours. "Au départ, nous avions pensé à des véhicules électriques, comme cela se fait déjà aux Etats-Unis par exemple", explique l'une des lauréates, Elodie Marchand, une étudiante canadienne en master en informatique à la VUB. "Mais cela posait des problèmes d'autonomie à cause de la distance entre Anvers et Bruxelles et du poids important de la marchandise transportée. Nous avons dès lors suggéré à Coca d'avoir des petits centres de distribution proches de Bruxelles. On pourrait alors utiliser des camions avec double remorque jusqu'à ces centres et ensuite des petits véhicules électriques pour circuler dans la Capitale ."
Le trio a aussi suggéré de développer les espaces de livraison à partager avec d'autres entreprises. "Ce serait bien aussi d'avoir une appli accessible à différentes sociétés qui pourraient communiquer entre elles afin d'éviter de faire toutes leurs livraisons en même temps…"
Une économie de plus de 300 000 euros
"Quand on nous a dit que l'objectif était de réduire nos émissions de CO2 de 20 %, ça nous a paru énorme. Notre objectif final devra être atteint en 2018. Et nous allons y arriver." Olivier Michaux est manager de la PME liégeoise Sud-Fresh. Cette entreprise de transport alimentaire à température dirigée (stockage des marchandises en camion à 3-4° et/ou -18°) s'est inscrite au programme LEAN and GREEN en 2014. La PME compte une flotte de 25 gros camions qui livrent dans toute la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Nord de la France. "Avant LEAN and GREEN, nous avions déjà pris des initiatives de réduction de notre consommation de carburant, comme le remplacement de notre flotte de véhicules tous les 7-8 ans, pour avoir une meilleure rentabilité. Le programme nous a permis de fixer d'autres objectifs, de formaliser sous une même bannière nos différentes initiatives", signale Olivier Michaux. Le travail de réduction des émissions de CO2 se poursuit dorénavant sur deux axes : réduction de la consommation de carburant et optimisation des activités de déchargement des marchandises. "Nous avons pris des mesures telles que l'écoconduite (avec l'engagement d'un moniteur pour former nos chauffeurs), la vérification régulière de la pression des pneus, le moteur à l'arrêt (quand c'est possible) pendant le déchargement, la rationalisation des tournées de livraison ou la massification des livraisons sur une même zone grâce à un partenariat avec un prestataire flamand avec qui nous échangeons des palettes", détaille le manager. Et à la clé, Sud-Fresh va réaliser de sérieuses économies. "Au terme du programme, on les estime à 300-350 000 euros. Avec LEAN and GREEN, on redore aussi le blason du secteur; on crée une culture d'entreprise et on répond au souci d'écologie de nos clients", mentionne Olivier Michaux. Sud-Fresh va d'ailleurs prochainement apposer le logo LEAN and GREEN sur ses camions et ses calendriers.
