Lettre à un jeune entrepreneur #87 : "Learning startup"

Contribution externe
Lettre à un jeune entrepreneur #87 : "Learning startup"
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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Chère M.,

Ta question renvoie à ce qui est le plus essentiel dans le métier d'entrepreneur.

Est-ce le talent d'avoir de bonnes idées ? Est-ce l'énergie de vendre ? Ou serait-ce la capacité à communiquer, à convaincre, à rallier collaborateurs, partenaires et clients à sa vision ?

Sans doute ces trois là… et bien d'autres, pour réussir sa startup.

Pourtant je suis convaincu depuis longtemps que LA caractéristique centrale dans l'entrepreneuriat est tout autre.

A l'été 2010, je revenais d'un trip au Ladakh, et à l'aéroport de Delhi, je suis tombé sur une copie de "The Fifth Discipline ", un classique du business, dont c'était l'édition "20th anniversary". En relisant dans l'avion ce bouquin de Peter Senge (du MIT), je réalise que son argument principal, que l'ultime avantage compétitif d'une organisation c'est sa capacité à apprendre, s'applique à merveille aux startups (même s'il avait réfléchi tout ça en 1990 sur les grandes entreprises, créant au passage la notion de "learning organisation").

Ce qui caractérise le plus la startup (et donc l'entrepreneur qui la pilote), c'est la capacité à apprendre, à considérer l'environnement, à tester, à ajuster.

(j'avais même réservé LearningStartup.net pour évangéliser là-dessus, mais Eric Ries est arrivé peu après avec "Lean Startup" qui a pris le monde de l'entrepreneuriat comme un raz-de-marée ; j'ai loupé une occasion d'être un vrai gourou de la startup… ).

Quand on y réfléchit, l'apprentissage est d'ailleurs l'étape fondamentale du "lean startup". Ce n'est pas de faire des expériences et des tests, qui est le plus fondamental, c'est d'apprendre quelque chose du résultat !

Après avoir rencontré des dizaines, voire des centaines de startups, je n'en connais à peu près aucune qui a exécuté son plan initial sans modification. Sans cesse, il y a des cahots sur la route, et on doit ajuster, comprendre, pivoter…

Encore s'agit-t-il de tirer la bonne leçon, et là j'ai tendance à insister auprès de l'entrepreneur pour qu'il soit conscient de ses biais. Qu'il ne ramène pas les choses à ce qu'il croit, mais à ce que le marché lui dit.

Cette insistance sur l'apprentissage, je la retrouve chez Reid Hoffman (fondateur de LinkedIn, à présent VC chez Greylock), dans la série d'interviews pour son podcast "Masters of Scale". Il y relève que les entrepreneurs à succès sont des "infinite learners ", des gens qui ne cessent jamais d'apprendre. Les plus extraordinaires se délectent même de se retrouver dans des situations inconnues, difficiles, où tout est à réinventer.

Les entrepreneurs qui nous lisent se reconnaîtront sans doute dans ces traits : "à l'aise dans l'incertitude", pour naviguer le chaos propre à toute entreprise naissante.

Bon apprentissage !

R.

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