Comment CO2Logic, en passe de réaliser son rêve américain, a réussi à attirer de gros poissons
Le consultant énergétique était déjà bien implanté chez nous. Après deux années difficiles de prospection, sa sœur américaine a séduit le Nasdaq et Thomson Reuters.
- Publié le 11-06-2019 à 14h13

Le consultant énergétique était déjà bien implanté chez nous. Après deux années difficiles de prospection, sa sœur américaine a séduit le Nasdaq et Thomson Reuters. Le consultant environnemental CO2Logic s'était déjà fait un nom en Belgique ces dernières années, en épinglant bon nombre de gros clients à son tableau de chasse : Proximus, Elia, la SNCB…
Mais Arnaud Brohé, cofondateur de CO2Logic USA, est en train de réussir à s'implanter de l'autre côté de l'Atlantique. Après deux années de prospection d'entreprises américaines, le consultant a raflé quelques très beaux contrats. Citons Thomson Reuters, le Nasdaq, National Geographic, LG Electronics USA… Ou encore des sociétés lancées par des Belges comme Le Botaniste, Le Pain quotidien et SPiN.
Comment ont-ils réussi à attirer ces gros poissons ? "Au début, cela a été assez compliqué de trouver des clients, nous explique Arnaud Brohé. Par la suite, nous avons pu nous appuyer sur une ONG appelée CDP. Cette dernière envoie des demandes d'informations aux entreprises cotées afin qu'elles exposent leur stratégie en matière de réduction des émissions de CO2. J'ai pu utiliser tous ces rapports pour connaître les points forts et les points faibles de ces clients potentiels. Cela m'a permis de bien préparer mes rendez-vous."
En outre, le fait d'être une société européenne est un atout dans ce secteur aux États-Unis. "La prise de conscience du problème climatique a été plus précoce en Europe qu'aux États-Unis, déclare Arnaud Brohé. Nos principaux concurrents sur le marché américain sont d'ailleurs suisse et français."
Le business de CO2Logic est le même aux É.-U. qu'en Belgique. Il s'agit, en premier lieu, de réaliser un bilan carbone des entreprises. "Nous calculons aussi l'empreinte carbone des produits sur l'ensemble de leur cycle de vie, explique le patron de CO2Logic USA. Cela va de la conception, au recyclage, en passant par le transport et l'utilisation par le client."
Le deuxième aspect du métier est de diminuer les émissions de CO2 de ses entreprises clientes, par exemple en agissant sur la consommation énergétique, la chaîne d'approvisionnement, la sensibilisation des clients, ou en investissant dans les énergies renouvelables. "Comme il n'est pas possible de réduire à zéro ses émissions de carbone, de plus en plus d'entreprises souhaitent compenser leurs émissions résiduelles, explique Arnaud Brohé. Cela passe par la création de foyers améliorés en Afrique, la sauvegarde de forêts menacées en Amérique du Sud, ou simplement par la construction d'une éolienne."
Compenser n'est pas suffisant
Les consultants de CO2Logic sont cependant conscients des limites de la compensation. "La préservation des forêts a ses limites, confie Arnaud Brohé. Sauvegarder une forêt ne garantit pas que le risque de déforestation n'est pas reporté vers une autre zone géographique. C'est pour cette raison que nous favorisons des projets qui diminuent directement les émissions telles que les mesures d'efficacité énergétique et les investissements dans le renouvelable, qui conduiront nécessairement à utiliser moins d'énergies fossiles."
"Nous remarquons aussi que les entreprises certifiées neutres en carbone réduisent leurs émissions de CO2 plus rapidement que les autres, ajoute Arnaud Brohé. Il est évident qu'une entreprise ne peut pas se contenter de compenser, il faut aussi diminuer ses propres émissions, sinon il y a un risque de greenwashing. Nous ne proposons d'ailleurs pas de compenser sans un engagement préalable de réduire ses propres émissions."
L'objectif 2019 presque atteint
Alors que l'entreprise belge CO2Logic a réalisé en 2018 un chiffre d'affaires de 2,15 millions d'euros en Belgique et à l'étranger, sa petite sœur américaine vise 750 000 euros en 2019. "Nous avons déjà atteint 600 000 dollars depuis le début de l'année", se réjouissent les fondateurs.
Malgré cet optimisme, Arnaud Brohé craint une surchauffe de l'économie américaine, dopée par la réforme fiscale de Donald Trump et la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. "En trois ans, depuis notre arrivée aux États-Unis, le S&P 500 (NdlR : le principal indice de la Bourse américaine) a pris 40 %, précise Arnaud Brohé. Une crise économique majeure, voire un krach boursier, ne sont pas à exclure. Dans ce cas, il se pourrait que nos clients freinent leurs investissements dans l'action climatique. Cependant, nous voulons rester optimistes. Je suis convaincu que les plans de relance et les secteurs contracycliques seront ceux de la transition bas carbone car nous n'avons simplement pas d'autre choix."
"La position climato-sceptique de Donald Trump n'est plus audible"
Arnaud Brohé, cofondateur de CO2Logic aux États-Unis, est bien placé pour commenter l'évolution de la mentalité américaine vis-à-vis du changement climatique. Et depuis son arrivée, il y a trois ans, il a senti un changement drastique. "Auparavant, la question climatique était davantage politisée, et le mot était tabou dans certains milieux. On était considéré comme de gauche quand on évoquait ces questions, déclare-t-il. Aujourd'hui, la position climato-sceptique de Donald Trump n'est plus audible pour les dirigeants d'entreprises et les classes moyennes éduquées. Je croise des patrons et banquiers conservateurs qui redoutent les changements climatiques."
L'annonce de la sortie des États-Unis de l'accord de Paris a d'ailleurs eu tendance à remobiliser certaines entreprises, États ou collectivités. "L'augmentation des catastrophes naturelles a aussi joué un rôle très important. Il y a eu les inondations dans le Midwest, les feux de forêts en Californie, les ouragans au Texas et en Floride", ajoute Arnaud Brohé .

