Le marché du vélo en pleine expansion: "Certains professionnels du secteur parlent d'une croissance du marché de l'ordre de 20 % cette année"

- Publié le 27-06-2020 à 07h00
- Mis à jour le 27-06-2020 à 07h16

Libre Eco week-end | Le dossier
Officiellement, personne n'est en mesure, aujourd'hui, d'avancer le moindre chiffre concernant les ventes de vélos en Belgique depuis le début de l'année. Et, encore moins, depuis l'imposition, mi-mars, du confinement de toute une population et de la mise à l'arrêt, partielle à tout le moins, de toute une économie pour cause de pandémie de Covid-19. Mais tout le monde a pu s'en rendre compte de visu : le vélo est à la fête et, pour le marché belge du cycle (vélos traditionnels et vélos à assistance électrique ou VAE), ce fichu virus a agi comme un puissant dopant.
Aussi étrange que cela puisse paraître, la Belgique, à la différence des autres pays européens, ne dispose pas de statistiques détaillées sur le secteur du cycle (ventes, importations, catégories, etc.). Il faut s'en remettre à Traxio (Fédération belge du secteur de la mobilité) ou Agoria (Fédération des entreprises de l'industrie technologique) pour obtenir de vagues estimations basées sur des échantillons non représentatifs de consommateurs. Il n'existe aucune obligation ou disposition de la part des fabricants, importateurs ou négociants à collecter et partager leurs statistiques. Avec une exception, tout de même, puisque, depuis le 1er octobre 2016, les speed pedelec sont soumis à l'obligation d'immatriculation. Mais il s'agit là d'une niche, même si les ventes de ces vélos motorisés pouvant atteindre 45 km/h connaissent une forte croissance (surtout en Flandre).
Le déconfinement comme accélérateur
"Quand Traxio ou Agoria dit qu'il s'est vendu l'année dernière, en Belgique, 500 000 vélos, toutes catégories confondues, ce n'est pas exact", indique Mike Defresne , expert et consultant belge dans le secteur du vélo. "Cette estimation intègre de nombreux vélos importés qui transitent par le port d'Anvers avant d'être réexpédiés à l'étranger. Ça intègre aussi tous les engins à pédales, qui ne sont forcément pas des vélos. Il est donc probable que le chiffre réel des ventes de cycles en Belgique, en 2019, était plus proche des 400 000".
Ce que ne conteste pas Mike Defresne, en revanche, c'est l'engouement des Belges pour le vélo. Et, en particulier, pour les VAE. Un vélo vendu sur deux en Belgique, aujourd'hui, est électrique. "Même si on ne dispose pas de chiffres fiables, on devrait connaître un boom des ventes cette année. Certains professionnels du secteur parlent d'une croissance de l'ordre de 20 %." En mai, lorsque les vélocistes ont pu rouvrir leur magasin (durant le confinement, ils étaient uniquement autorisés à faire les entretiens et à livrer des commandes faites en ligne), les ventes ont plus que doublé chez de nombreux revendeurs. Les mois d'été, qui marquent généralement une pause dans les ventes de vélos, pourraient aussi s'avérer plus porteurs que d'habitude dès lors que pas mal de Belges resteront au pays et qu'ils auront des envies d'escapades au grand air. En résumé, tout semble indiquer que l'année 2020 sera un grand cru pour l'industrie belge du vélo.

L'illusion du "made in Belgium"
Quand on parle d'industrie belge du vélo, il est utile de préciser de quoi on parle. Cela fait déjà de nombreuses années qu'on ne trouve plus de vélos fabriqués, de A à Z, en Belgique (même si certains ne se gênent apparemment pas pour communiquer sur le "made in Belgium"). Ce qu'il reste encore, ce sont des marques belges, dont certaines d'ailleurs très anciennes (comme Ludo/Granville, Van Den Berghe/Oxford ou Thompson, dont on vous parle en page 4). Mais il s'agit davantage d'assembleurs que de fabricants. C'est le cas notamment de la société Formula Cycling, basée à Ypres, qui est le plus gros assembleur de vélos en Belgique (avec des marques comme Minerva, Scoppio et d'autres). Pour l'essentiel, tous les composants des vélos sont importés d'Asie. Les cadres, les moteurs électriques, les batteries, etc., sont fabriqués à Taïwan et en Chine. L'assemblage, lui, se fait de plus en plus dans des pays comme la Tchéquie, la Hongrie, la Turquie.
Du côté des distributeurs et revendeurs de vélos en Belgique, le marché compte énormément de petits acteurs indépendants. On compterait environ 600 ateliers-boutiques en Wallonie et plus du double en Flandre (nous ne disposons pas du chiffre pour Bruxelles). Il faut aussi compter sur quelques plus gros acteurs tels que Fiets ! en Flandre et Decathlon (avec sa marque Btwin).
Si on reparle beaucoup de vélo ces dernières semaines en raison de la prise d'assaut des vélocistes pendant et après le confinement, et que l'on prend un peu de recul historique, l'attrait pour la petite reine n'est pas neuf. La croissance des ventes remonte aux années 1960. Ce qui a changé, à travers le temps, c'est la fonction prêtée au deux-roues. Du vélo "utilitaire", on a évolué vers le vélo "loisir". La montée en puissance du vélo à assistance électrique, depuis une dizaine d'années, a aussi joué un rôle moteur dans la dynamisation de l'industrie et du marché du vélo. Au-delà des volumes vendus, le succès des VAE eu pour effet d'améliorer la qualité des vélos en général. Comme l'explique Guy Crab, secrétaire général de Traxio Velo&Smart Mobility, le consommateur actuel semble avoir traversé un processus d'apprentissage : "Il exige de la qualité et est prêt à mettre la main au portefeuille."