"On a fait tout ça pour rien", "on a dépensé 25000 euros en tests", "on m'a menacé de mort": l'Horeca et le monde de la nuit réagissent
Horeca, bars, boîtes... Les mesures annoncées lors du Codeco désespèrent le secteur, même s'ils s'y attendaient, étant donné la situation sanitaire.

- Publié le 26-11-2021 à 14h47
- Mis à jour le 26-11-2021 à 19h03

Le monde de la nuit et l'Horeca sont clairement découragés. Si dans l'ensemble, les mesures pour lutter contre le Covid-19 annoncées ce vendredi lors du Codeco ne sont pas une surprise, certains pointent quelques errements qui ont fait perdre des milliers d'euros aux établissements.
Pour rappel, à partir du samedi 26 novembre, les boîtes de nuit devront fermer leurs portes. Les bars et restaurants ne pourront rester ouverts que jusqu'à 23h et les tables seront limitées à six personnes, sauf pour les foyers plus nombreux. " La situation est pire que tous les scénarios envisagés, on doit intervenir dans les endroits où les gens sont près les uns des autres, malgré les différents niveaux de protection. Nous évaluerons la mesure le 15 décembre (...) C'est un message très négatif mais nous voulons vraiment limiter les contagions ", a justifié le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD).
Précisons que pour les concerts et événements culturels, seuls ceux avec places assises sont encore possibles, avec les mesures de sécurité adéquates (application du CST, port du masque, distanciation).
Menaces de mort
Pour Fabian Hermans, porte-parole de la Fédération Horeca Bruxelles, la situation est catastrophique. " Soyons clairs, le Covid Safe Ticket (CST) nous a permis de travailler et de rester ouverts. Le problème, ce sont les fraudeurs. L'Horeca, c'est 30 000 emplois à Bruxelles, 140 000 en Belgique" , avance-t-il, appelant à des mesures mieux réparties. " La grande distribution et les shoppings ont fait du lobbying, ils peuvent rester ouverts. L'Horeca est parmi les meilleurs élèves et il est puni... Les boîtes de nuit ont remué ciel et terre pour obtenir des tests et là, c'est la guillotine. C'est une catastrophe. Que vont devenir les quelque 1 600 bars à Bruxelles? On veut la mort du secteur !" , s'emporte-t-il.
" On va encore stigmatiser l'Horeca, après 18 mois de fermeture. On m'a insulté et menacé de mort pour ma prise de position pour le CST. C'est incroyable. Je ne fais que défendre un secteur. A un moment donné, la société doit rendre la pareille à l'Horeca, qui fait tous les efforts. Oui, je suis pour le vaccin. Un de mes enfants est malade et ne peut pas se faire soigner correctement, je ne peux pas accepter que des personnes non vaccinées prennent sa place. Je peux comprendre la crainte des citoyens mais il faut prendre ses responsabilités" , lâche-t-il, remonté.
Daniel Cauwel, président de la Fédération patronale interprofessionnelle, regrette pour sa part ces mesures alors que le secteur a réalisé des investissements importants. " Au regard des répercussions négatives des mesures adoptées pour l'Horeca et le monde de la nuit, nous demandons que le gouvernement réactive ou prolonge au-delà du 31 décembre les mécanismes de soutien financier destinés à compenser les pertes de chiffre d'affaires des exploitants", ajoute-t-il.
Des milliers d'euros jetés par la fenêtre
Mathieu Botta, patron de plusieurs établissements dans la capitale, dont la boîte de nuit "Chez Ginette" et le café Bastoche, ne se fait pas d'illusions. " On nous parle de semaines mais on a bien l'impression qu'on sera fermés, pour les boîtes de nuit, jusqu'à fin mars, début avril. On est partis pour plusieurs mois. C'est un gros coup dur ". S'il reconnaît que la situation épidémique est alarmante, il regrette que les demi-mesures du gouvernement de la semaine précédente aient laissé un flou coûteux.
"On a rempli nos obligations. On a acheté pour près de 25 000 euros de tests antigéniques pour les effectuer à l'entrée des clubs... On a l'impression que les politiques se mentent à eux-mêmes. Au début de la crise, on avait déjà acheté des milliers de tests qu'on n'a pas pu utiliser, on les a revendus trois fois moins cher... Et la situation se reproduit. C'est de l'argent jeté par les fenêtres ", explique-t-il.
" Je ne sais pas si c'est hypocrite... Mais clairement, les politiques ont voulu préparer les esprits. C'est un management de crise qui crée des tensions et les gens seront moins enclins à accepter les mesures. Honnêtement, on s'en doutait. Mais on avait prévu des équipes de 15 personnes pour tester les clients... C'est un coût important ".
"Brandir la peur et la crainte est un triste échec"
" Evidemment que les endroits clos ne sont pas l'idéal. Et que c'est plus facile de fermer 300 boîtes de nuit que les écoles. Mais il faut que les gens comprennent que la vaccination est essentielle. Les nouvelles restrictions vont aggraver la situation pour l'Horeca. Il faut assumer les mesures mais aussi tenir compte du fait que, clairement, les gens ne vont pas arrêter de sortir, l'adhésion est donc essentielle ", conclut-il.
Pour Paul de Béthune, propriétaire du Belga, célèbre café de la place Flagey à Ixelles, ce n'est pas non plus une surprise. Mais il se montre encore plus sévère vis-à-vis des politiques.
" Ce qui est inquiétant, c'est qu'ils ont proclamé qu'on serait sortis du problème avec la vaccination. Mais ils n'ont même pas réussi à vacciner tout le monde, de toute façon. On a l'impression qu'on a fait tout ça pour rien. Ce n'est pas intelligible. Le problème, il me semble, c'est qu'ils ont privilégié les enjeux politiques au bien-être de la population. Il fallait augmenter le nombre de personnel en soins intensifs, les places, etc. ". S'il admet tout de même que la situation de crise est complexe, il regrette le manque de nuance dans les positions politiques. " Ça a toujours été de la politique à court terme, de la gestion à la petite semaine. Je n'ai pas de solution idéale mais les discours ont toujours été clivants, hystériques, pas très constructifs. Brandir la peur et la crainte est un triste échec. La crise a été une occasion manquée pour établir un dialogue entre élites et citoyens", termine-t-il amèrement.
Concerts: les places assises sauvent la mise
Comme indiqué ci-contre, les événements culturels en places assises sont toujours autorisés. Ce qui pourrait sauver la mise pour les salles de concert avec sièges. Par contre, c'est la bérézina pour les salles avec fosse "debout", qui vont devoir soit annuler, soit changer leur fusil d'épaule à partir du 29 novembre. À l'Ancienne Belgique par exemple, le concert d'IAM de dimanche est maintenu mais les professionnels du secteur s'activent d'ores et déjà afin de pouvoir reprogrammer tous les concerts qui étaient prévus dans les prochaines semaines. Par ailleurs, les règles définies pour l'Horeca sont évidemment d'application dans ce secteur.
"Le gouvernement montre avec cette mesure qu'il prend enfin en considération la gestion du risque de transmission du virus. Avec les places assises et la ventilation des salles, il est tout à fait légitime que les activités culturelles puissent se poursuivre", déclare tout de même Françoise Havelange, secrétaire générale de la Fédération des employeurs des arts de la scène (FEAS), à l'agence Belga. Par contre, "pour nos membres qui ne peuvent offrir de places assises aux spectateurs, nous attendons de voir quelles seront les compensations financières pour les pertes occasionnées", mentionne-t-elle.
