La majorité bruxelloise écartelée sur la résolution de la crise Uber
Le PS refuse de soutenir un texte qu'il juge "dicté par Uber".

- Publié le 29-11-2021 à 22h07
- Mis à jour le 01-12-2021 à 11h23

Après la taxe kilométrique, le voile dans l'administration ou l'abattage sans étourdissement, c'est désormais sur le dossier Uber et le plan taxi que la majorité bruxelloise se déchire.
Quatre partis de la majorité au Parlement bruxellois (Groen, Défi, Open VLD et one.brussels-Vooruit) ont déposé lundi une proposition d'ordonnance qui doit offrir une solution temporaire aux quelque 2 000 chauffeurs Uber. Le PS ne s'est pas joint à la proposition. Pour rappel, l'entreprise américaine Uber ne peut plus faire appel aux chauffeurs possédant une licence bruxelloise LVC (location de voiture avec chauffeur), soit 95 % des chauffeurs actuels. Si elle n'est pas fermée, l'application est donc très peu opérationnelle. La manœuvre des quatre partis a pour but de permettre aux chauffeurs Uber de continuer à travailler en acceptant des courses dans l'attente de l'approbation du plan taxi du gouvernement régional. Le texte sera soutenu par le MR et le CDH depuis l'opposition. Mais pas par Écolo et le PS, pourtant membres de la majorité bruxelloise.
"Le porte-drapeau d'une multinationale"
Le PS refuse de soutenir un texte qu'il juge "dicté par Uber". "Ce qui m'étonne, c'est que Défi soit devenu le porte-drapeau d'une multinationale critiquable tant sur les aspects fiscalité que sur le droit du travail. Elle a été condamnée dans d'autres pays et aujourd'hui ils veulent transposer un texte clé sur porte rédigé par une multinationale", tacle Redouane Chahid, chef de groupe PS au Parlement bruxellois.
Plus tôt dans la journée de lundi, le chef de groupe PS avait annoncé que son groupe allait déposer en urgence au Parlement le plan taxi du gouvernement, sous forme de proposition d'ordonnance définitive cette fois. "Le PS s'est désolidarisé de la proposition de Rudi Vervoort, leur propre ministre-président", tacle une source gouvernementale qui souligne l'influence du député Jamal Ikazban (PS), très impliqué dans la défense des taxis. Côté socialiste, certains pointent le rôle de Défi, accusé de jouer double jeu en relayant la proposition d'Uber tant au niveau du gouvernement que du Parlement. Le PS estime les avoir pris de vitesse en déposant son texte. Selon L'Écho, une solution avait été proposée par la société Uber elle-même, soit la modification de l'article 17 de l'ordonnance du 27 avril 1995 relatif aux services de location de voitures avec chauffeur.
"Il a été décidé jeudi en gouvernement que parallèlement au plan du gouvernement sur les taxis, le Parlement proposerait une solution pour Uber. Ce sont deux dossiers différents", précise la porte-parole de Bernard Clerfayt (Défi), ministre de l'Emploi. "On est contents de pouvoir discuter des taxis. Mais parallèlement, il y a la situation de 2000 chauffeurs et en tant que ministre de l'Emploi, Bernard Clerfayt devait s'en saisir." Depuis l'opposition, David Weytsman (MR) dénonce une "manœuvre socialiste dangereuse pour l'avenir du secteur".
"Un désaveu" pour Vervoort ?
D'autres au sein de la majorité bruxelloise y voient une forme de désaveu pour Rudi Vervoort (PS), ministre-Président bruxellois. Un accord avait en effet été négocié par le gouvernement jeudi et une proposition de solution provisoire avait été envoyée aux différents cabinets. "Alors que le chef du gouvernement s'est entendu sur une solution temporaire, le groupe parlementaire PS donne l'impression de ne pas le suivre. Cela pose une vraie question. Comment cela va-t-il se passer sur les gros dossiers, comme Smartmove, est-ce que le groupe socialiste suivra le chef du gouvernement ?", pointe un député bruxellois de la majorité.
