Hausse des prix de l'industrie alimentaire : une répercussion sur les clients de l'horeca et des supermarchés ?
Les résultats 2021 de l'industrie alimentaire sont appréciables, mais la hausse des coûts et la guerre en Ukraine viennent profondément bouleverser le secteur. Les autorités et les distributeurs doivent se montrer plus flexibles. Les consommateurs aussi.

- Publié le 07-04-2022 à 08h00
- Mis à jour le 06-05-2022 à 17h11

Bien sûr la guerre des prix n'est pas aussi acharnée dans l'Horeca qu'elle ne l'est entre les supermarchés. Et bien sûr, les marges des enseignes sont moindres en moyenne que celle des restaurants. Ce qui n'a pas empêché Fevia, la fédération de l'industrie alimentaire, lors de la présentation mercredi de son rapport annuel, de juger heurtant que l'Horeca qui a souffert de mille maux pendant les deux années de crise sanitaire, soit plus compréhensif face aux augmentations de prix que leur demandent leurs fournisseurs alimentaires, alors que les enseignes de supermarchés, qui ont gagné des mille et des cents pendant ces mêmes deux années, refusent la moindre concession.
À leur décharge, il faut reconnaître que pour l'industrie alimentaire aussi, l'année 2021 a été une sacrée année. Le seul chiffre important à ne pas avoir augmenté est la rentabilité nette. Sans doute les inquiétudes de ce début d'année 2022 ont-elles déteint dans le discours alarmiste et pessimiste des représentants de Fevia.
1. Une année 2021 qui a montré tous les signes d'une reprise
Avec un chiffre d'affaires de plus de 61 milliards d'euros, en hausse de 13 % par rapport à 2020, l'industrie alimentaire est et reste la première industrie du pays. Certes, 2020, l'année de référence, était plus faible (-1,7 % à 54,4 milliards d'euros), mais légèrement seulement et par rapport à une année 2019 excellente au demeurant. Et il n'y a pas que les ventes qui ont bondi en 2021, mais aussi l'export (notamment vers le Royaume Uni, de +40 % !), l'emploi et les investissements. "En partie grâce aux mesures de soutien des autorités", confie Anthony Botelberge, président de Fevia.

2. Une rentabilité qui diminue pour atteindre un plancher quasi historique
Seule ombre au tableau : la rentabilité nette est exceptionnellement faible. Selon les calculs de Fevia, elle est tombée à un niveau historiquement bas de 2,8 % l'an dernier, contre 3,3 % en 2020 et 3,8 % en 2019. Elle atteindrait même 2,3 % cette année.
Mais ce n'est pas une première. "En 2011, la marge opérationnelle nette de l'industrie alimentaire avait baissé à 2,6 %,reconnaît Carole Dembour, Economic Affairs Advisor. Mais elle ne tenait qu'à un seul facteur : la hausse des produits agricoles. Il a suffi que les prix baissent, en quelque sorte, pour que la rentabilité reprenne des couleurs. Dans le cas présent, il y a une hausse du prix des matières premières (43 % en un an et demi), mais assortie d'un très large faisceau d'autres hausses de coûts : énergie, emballage, transport, salaires. La guerre en Ukraine n'arrange rien."
3. Des entreprises qui réduisent ou pensent réduire leur production
Selon l'enquête réalisée par Fevia auprès de ses 700 membres, à laquelle une centaine a répondu, l'approvisionnement de la moitié des entreprises alimentaires est perturbé ; 70 % d'entre elles doivent adopter la composition de leurs produits ou devront le faire prochainement ; la hausse des coûts énergétique en touche 60 %, c'est-à-dire celles ayant un contrat totalement ou partiellement variable (la moitié a au minimum vu sa facture d'électricité doubler et 37 % celle du gaz tripler) ; 9 % des entreprises alimentaires ont arrêté ou réduit leur production et 30 % vont probablement le faire.
Une proportion qui pourrait faire paniquer les consommateurs. "Ce n'est pas notre but, loin de là, assure Bart Buysse, CEO de Fevia. Mais nous nous devions de mesurer le poids que la pénurie des matières premières et le manque de rentabilité pouvait avoir sur la confiance de nos membres." Pour certains s'ajoute l'arrêt des exportations vers la Russie, l'Ukraine et le Belarus quand bien même ne représentent-ils que 5 % des exportations hors Union européenne et Royaume-Uni. "Mais il s'agissait d'un marché en croissance", complète Anthony Botelberge, citant les boissons et le chocolat.

4. Un besoin de flexibilité dans le chef des clients
La question de la répercussion ne fût-ce que partielle de ces augmentations sur les clients occupe l'esprit de tous les producteurs et fournisseurs. Si l'Horeca semble disposé à les intégrer, c'est rarement le cas des distributeurs : toujours selon l'enquête de Fevia, 33 % des demandes de renégociation ont été refusées, 40 % n'ont pas (encore) reçu de réponse et 28 % ont obtenu une augmentation limitée. Le tout dans un climat de menaces de représailles (retrait de l'assortiment, réduction des quantités commandées…).
"Ces distributeurs ont en outre un pouvoir de négociation disproportionné", note Carole Dembour, qui pointe d'un côté "36 000 agriculteurs et 7 500 entreprises alimentaires et, face à eux, 13 chaînes de supermarchés et 7 centrales d'achat". "Heureusement, après des mois de concertation, un premier signal commun de la concertation de la chaîne alimentaire belge est finalement arrivé, appelant les acteurs à partager de manière équitable l'impact des augmentations de coûts, insiste Bart Buysse. Mais nous devons voir comment ils vont appliquer cela en pratique." Et s'ils seront compréhensifs en cas de rupture d'approvisionnement, de retards dans les livraisons…