Dans le monde impitoyable de l'IA, comment IBM plante ses crocs en Europe ?
La multinationale spécialisée dans l'informatique ouvre ses portes pour dévoiler ses dernières innovations de l'année.

- Publié le 01-12-2023 à 08h06
- Mis à jour le 04-12-2023 à 15h19

Sous les gouttes d'une pluie hivernale mêlée de quelques flocons de neige, Thalwil, petit village suisse niché au bord du lac de Zurich, dévoile un secret technologique bien gardé. Au cœur de ce tableau alpin, un bâtiment qui semble tout droit sorti de la Sillicon Valley émerge, comme un clin d'œil futuriste au paysage traditionnel des montagnes enneigées. Comme tous les ans, IBM convie une flopée de journalistes venus des quatre coins d'Europe dans les laboratoires de recherche et développement (R&D) pour présenter leurs dernières innovations tech. Avec un accent particulier pour cette nouvelle édition.
Pour la première fois, le géant historique de l'IT décide d'aborder le sujet de l'intelligence artificielle. "Ce qui se passe depuis quelques mois et ce qui va se passer dans un futur proche est unique", lance directement Robert Haas, chef du département Hybrid Cloud Research (IBM Research Europe), fier d'annoncer que parmi son équipe, quatre ont reçu le prestigieux Prix Nobel. Derrière les discours enthousiastes, l'intention de la visite est relativement claire : montrer que l'entreprise n'a pas raté le train de cette récente révolution. Il faut dire que l'entreprise aux 3 000 chercheurs dans le monde a pris un certain retard dans l'innovation après le succès de ses services informatiques classiques.
Mais l'arrivée du ChatGPT d'OpenAI sur le marché, suivi des autres entreprises exploitant l'IA dans ses produits, a poussé la société à accélérer le rythme sur le développement de leurs outils. Si plusieurs projets étaient dans les papiers depuis un certain temps, l'offensive est dorénavant en marche pour IBM.
Un autre virage que la concurrence
Dans le vaste paysage technologique, IBM s'affirme comme une force motrice dans le domaine de l'IA, déployant une stratégie distinctive axée principalement sur le secteur du B2B (Business-to-Business). Alors que d'autres entreprises, telles que les fournisseurs de chatbots grand public, se tournent vers le consommateur final, le géant de l'IT a choisi de se concentrer sur les besoins complexes des entreprises.
Cependant, malgré les avantages que l'IA peut apporter aux secteurs industriels, les dirigeants d'entreprises demeurent souvent hésitants à franchir le pas. Selon une étude menée par IBM, cette réticence se manifeste à travers des préoccupations variées. En effet, une majorité, soit 80 % des entreprises interrogées, a exprimé au moins une crainte majeure à l'égard de l'intégration de l'IA dans leurs systèmes. Ces appréhensions touchent des domaines tels que la confiance envers les machines, la fiabilité des systèmes, mais surtout les préoccupations éthiques liées à l'utilisation de l'IA dans le monde des affaires.
Pourtant, l'entreprise américaine n'a pas laissé ces préoccupations entraver son avancée. Lancé en 2010, son outil Watson s'est transformé en milieu d'année avec WatsonX. La plateforme, avec ses composantes Watsonx.ai, Watsonx. data, et Watsonx. governance, intègre désormais des fonctionnalités englobant l'IA générative, l'entraînement de modèles IA, ainsi que le suivi des workflows IA, répondant ainsi aux défis en matière de gouvernance, de risques, et de conformité auxquels font face les entreprises.
Mais là où se distingue IBM se trouve dans Watsonx.ai. En effet, via son agent conversationnel, l'outil permet comme les autres de converser avec l'IA pour répondre à des questions, mais le "petit plus" est qu'il indique la source de sa recherche. En outre, il permet d'analyser des tableaux et en résumer les données de ceux-ci en quelques secondes.
"Voilà comment nous allons sauver le monde"
En janvier 2022, IBM a fait face à des ajustements significatifs dans son portefeuille d'activités, soulignant les défis liés à l'adoption de l'intelligence artificielle dans le secteur de la santé. La cession d'une grande partie des activités de Watson Health, le "superordinateur" doté de l'IA, à une société de capital-investissement a mis en lumière les obstacles rencontrés pour intégrer pleinement l'IA dans les pratiques médicales. Cependant, l'horizon semble s'éclaircir alors que le secteur de la santé se réouvre à cette idée.
Un exemple de cette réorientation stratégique est le partenariat récent entre IBM et Boehringer Ingelheim, dévoilé lors de la rencontre presse. Cette collaboration avec la société allemande 15e au rang des leaders de l'industrie pharmaceutique exploitera les capacités de l'IA pour "améliorer la vitesse de découverte des médicaments", en mettant l'accent sur des domaines cruciaux tels que le développement d'antibiotiques, grâce aux technologies de "foundation models".
IBM n'a pas limité ses horizons à la santé, établissant également des partenariats dans d'autres secteurs. La collaboration avec FuelCell Energy, axée sur l'accélération des énergies renouvelables, illustre malgré tout la volonté d'IBM de jouer un rôle majeur dans la transition vers des solutions énergétiques durables. Dans cette perspective, IBM vise à anticiper les défis futurs en accélérant la recherche et le développement.
D'autres collaborations vont suivre, assure IBM, toujours dans l'objectif d'améliorer nos écosystèmes grâce à l'intelligence artificielle. "Voilà comment nous allons sauver le monde", s'amuse Robert Haas à la fin de sa présentation.

Par ailleurs, les ambitions d'IBM s'étendent jusqu'aux frontières de l'informatique quantique. Prévue pour être lancée à partir de 2024, selon les esprits enthousiastes de Zurich, cette avancée technologique promet de révolutionner la puissance de calcul en exploitant les principes de la mécanique quantique. Alors que l'informatique classique utilise des bits pour traiter l'information sous forme de 0 ou de 1, l'informatique quantique utilise des qubits, qui peuvent exister simultanément dans plusieurs états. Cette approche promet des capacités de traitement bien au-delà de ce qui est possible avec les ordinateurs traditionnels, ouvrant de nouvelles perspectives pour la recherche médicale et bien d'autres domaines.
La vente récente du premier ordinateur quantique entièrement dédié à la recherche médicale à la Cleveland Clinic marque une étape significative dans cette transition vers une ère de découverte scientifique accélérée, à la croisée de la technologie et de la médecine.