Pour remédier au tri désastreux des déchets, Tomorrowland trouve une solution grâce à une start-up wallonne
La start-up montoise Neurogreen a créé une poubelle publique intelligente. Elle a été sélectionnée pour être testée lors du festival Tomorrowland de cet été.

- Publié le 28-06-2024 à 09h00
- Mis à jour le 28-06-2024 à 09h12

Elles étaient une centaine, provenant du monde entier, à avoir postulé au EntertainmentLab, un programme d'accélération lancé fin 2023 par Startup Flanders et FIT (Flanders Investment&Trade). Au final, seules quatre start-up ont été retenues. Leur mission ? Aider les organisateurs d'événements, tels que les grands festivals de musique, à résoudre une série de problématiques auxquelles ils sont confrontés.
Parmi les quatre start-up sélectionnées, on retrouve une jeune pousse wallonne ! Il s'agit de Neurogreen, société technologique créée en 2017 par Carlos Kiala alors qu'il était encore étudiant à la Faculté polytechnique de Mons. Soutenu par Numédiart (institut de recherche de l'UMons dans le domaine des technologies créatives), l'étudiant-entrepreneur est parti d'un constat : la mauvaise qualité du tri des déchets sur le campus montois. Son idée est alors de développer un objet connecté qui améliore le tri et le recyclage des déchets. En 2018, un premier projet de poubelle "intelligente", c'est-à-dire électrique et connectée, voit le jour.
Une poubelle interactive
En partenariat avec Beyond Ordering, start-up flamande sélectionnée par EntertainmentLab (les deux autres sont française et américaine), et le soutien de Brussels Airport, Neurogreen va avoir l'opportunité de tester sa solution innovante de tri des déchets lors de l'édition 2024 du célèbre festival Tomorrowland. Comme d'autres festivals à grande échelle, six déchets sur dix y sont triés dans la mauvaise poubelle. "Nous allons informer les festivaliers, grâce à nos poubelles intelligentes interactives, sur la manière de contribuer à une économie circulaire où les déchets sont réutilisés", explique le fondateur et CEO de Neurogreen.
La solution imaginée par Neurogreen vient dépoussiérer les campagnes d'information et les systèmes de tri traditionnels. Au lieu du classique fascicule où sont résumées les consignes de tri, la poubelle de Neurogreen est capable d'interagir avec les utilisateurs.
"Où faut-il, par exemple, placer les pots de yaourt ? Pour beaucoup de gens, malgré toutes les campagnes de sensibilisation, ce n'est toujours pas clair"
De L'Esplanade au Standard de Liège
Le projet a évolué au fil de projets pilotes menés avec différentes entreprises et organisations (comme le groupe Vanheede Environnement, l'intercommunale Tibi, les Cliniques d'Ottignies et Jolimont, L'Esplanade de Louvain-la-Neuve, le stade du Standard de Liège…). "Jusqu'ici, ces projets ont surtout servi à éduquer la population aux règles de tri des déchets, souligne Carlos Kiala. Où faut-il, par exemple, placer les pots de yaourt ? Pour beaucoup de gens, malgré toutes les campagnes de sensibilisation, ce n'est toujours pas clair. Mais on voit aussi qu'on peut décliner notre solution dans des secteurs où la problématique de la qualité du tri constitue un enjeu important. Pour la biométhanisation, par exemple, la qualité du tri des intrants est essentielle".
L'optimisation du tri des déchets permet non seulement de réduire les coûts de traitement dans les centres de tri et l'impact environnemental, mais aussi d'obtenir une meilleure qualité du recyclage et une plus grande valeur des matériaux recyclés.
Capteurs optiques et algorithmes
Sur le plan technologique, la poubelle de Neurogreen innove grâce à l'intégration de différentes technologies (préscannage des déchets, vérification du tri, etc.). "Nous mettons la puissance de l'IA au service de la planète", dit Carlos Kiala. Dotée de capteurs optiques et d'un logiciel d'IA dite embarquée (on parle d'IA "on edge"), la poubelle est capable de détecter les types de déchets et d'interagir avec les utilisateurs (par la voix et un écran). En cas d'erreur, l'utilisateur est averti - avant de lâcher son déchet dans la poubelle - afin qu'il puisse rectifier son tri. Le dispositif permet aussi de collecter des données et de les transmettre, sous la forme de tableaux de bord, aux clients de Neurogreen.
"L'avantage de l'IA on edge est qu'elle réduit la consommation en énergie tout en gardant la puissance nécessaire", indique le CEO de Neurogreen. , Lequel ajoute qu'il s'agit d'une solution "100 % wallonne". Outre un premier financement de la Région, la start-up a bénéficié de l'accompagnement de l'incubateur WSL et du bureau d'ingénieurs Quimesis.
