Acheter l'électricité d'un vieux réacteur nucléaire : la bonne affaire pour Microsoft ?
Le géant américain s'est engagé à acheter, pendant 20 ans, l'électricité produite par le réacteur numéro 1 de Three Mile Island.
- Publié le 23-09-2024 à 17h10

On le sait, le stockage des données et l'intelligence artificielle (IA), en particulier, génèrent une grosse consommation d'électricité. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la consommation d'électricité des centres de données, de l'IA et des crypto-monnaies pourrait doubler d'ici 2026, passant de 460 térawattheures (TWh) en 2022 à plus de 1 000 TWh en 2026. Si cette progression se confirme, cette consommation d'électricité serait à peu près équivalente à celle du Japon.
Microsoft, quant à lui, a communiqué que sa consommation d'électricité avait augmenté de 70 % entre 2020 et 2022, s'établissant à 18 TWh (environ 20 % de la consommation électrique totale de la Belgique). C'est dans ce contexte de boom de la consommation d'électricité, lié à la révolution de l'IA, que Microsoft a signé un accord avec l'entreprise américaine Constellation Energy Corporation, en vue de relancer le réacteur numéro 1 de la centrale nucléaire de Three Mile Island (Pennsylvanie).
La centrale de Three Mile Island est bien connue pour avoir été le théâtre du plus grave accident nucléaire de l'histoire américaine, en 1979. L'accident fut classé INES 5, derrière Fukushima et Tchernobyl, tous deux classés INES 7 (la note la plus grave). Notons que l'accident de Three Mile Island concernait uniquement le réacteur numéro 2 de la centrale. L'accord entre Microsoft et Constellation Energy Corporation porte sur la relance du réacteur numéro 1, arrêté en 2019 pour des raisons économiques.
Nucléaire en stagnation
La production d'électricité d'origine nucléaire a eu tendance à stagner ces vingt dernières années aux États-Unis. Ainsi, l'année passée, l'atome ne représentait "que" 18,6 % de la production US d'électricité, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie.
Il faut dire que la révolution américaine du gaz de schiste a permis au pays d'accéder à un gaz particulièrement bon marché. Dans ces conditions, les centrales nucléaires américaines avaient énormément de difficultés à rester compétitive face aux centrales électriques au gaz. C'est notamment en raison de ce manque de compétitivité, face aux centrales au gaz, que Joe Biden a créé un crédit d'impôt en vue de maintenir les centrales nucléaires le plus longtemps en activité.
La "tech" veut du bas carbone
La soif d'électricité décarbonée, dans le chef des entreprises de la "tech", a également relancé l'intérêt pour la filière nucléaire aux États-Unis. Un géant comme Microsoft, par exemple, s'est engagé à être négatif en carbone dès 2030. Or son dernier rapport sur la durabilité montre que ses émissions ont augmenté de 29,1 % entre 2020 et 2023, en comptabilisant les émissions directes et indirectes (scope 1, 2 et 3).
En plus de la signature de nombreux contrats d'achat d'électricité renouvelable (photovoltaïque et éolienne), le géant s'est donc maintenant tourné vers le nucléaire. Notons que ce virage est tout sauf une surprise : Bill Gates, le fondateur de Microsoft, est un fervent supporter de l'atome. Microsoft a d'ailleurs emboîté le pas à Amazon et Oracle, qui se sont récemment tournés vers le nucléaire pour couvrir leurs besoins énergétiques.
Microsoft a signé un contrat de vingt ans en vue d'acheter l'électricité qui sera produite par le réacteur 1 de Three Mile Island (837 MW). S'il fonctionne sans encombre, ce réacteur devrait être capable de produire 6 TWh d'électricité par an, soit l'équivalent d'un tiers de la consommation de Microsoft en 2022.
Selon la presse américaine, Constellation Energy Corporation devra investir 1,6 milliard de dollars avant de pouvoir relancer son réacteur. Le redémarrage, soumis à l'autorisation de la Nuclear Regulatory Commission, est attendu d'ici 2028. Notons qu'un investissement de 1,6 milliard de dollars, pour une centrale d'une puissance de 837 MW, reste relativement modeste. Pour construire les nouveaux réacteurs de Vogtle 3 et Vogtle 4, qui ont une puissance combinée environ 2,5 fois supérieure, l'investissement était supérieur à 30 milliards de dollars.
Bref, à puissance équivalente, la prolongation du vieux réacteur numéro 1 de Three Mile Island coûte environ sept fois moins cher que la construction des nouveaux réacteurs de Vogtle 3 et 4. C'est d'ailleurs la plus grosse inconnue qui entoure la renaissance du nucléaire dans le monde. La filière sera-t-elle capable de construire de nouveaux réacteurs nucléaires en respectant les budgets et les délais ?
En ce qui concerne les small modular reactor, ou SMR, on attend encore la construction du premier spécimen aux USA. Le projet Nuscale, qui semblait avoir pris la tête de la course, connaît de grosses difficultés en raison d'une flambée de ses coûts. L'avenir nous dira s'il s'agissait d'une péripétie ou d'un problème plus fondamental.

