"Mon fils a été tué par le virus de l'esprit Woke": les moments charnières de la mutation d'Elon Musk depuis le rachat de Twitter
Le dossier de la Libre Eco | En rachetant Twitter, Elon Musk a profondément modifié la plateforme. Et pas uniquement au niveau de son nom, "X". Si elle a subi un coup dur au niveau financier, elle est néanmoins devenue un véritable outil de propagande. Et un moment charnière a eu lieu... "Take the red pill".

- Publié le 27-09-2024 à 09h43
- Mis à jour le 30-09-2024 à 09h58

"Il est drogué à la polémique." C'est ce que nous livre un dirigeant actif aux États-Unis, qui a vécu un temps en Californie et qui travaille avec l'une des entreprises d'Elon Musk. Mais il n'ira pas beaucoup plus loin et préfère rester prudent, et anonyme. Néanmoins, la phrase lâchée résume très bien le style du milliardaire, surtout depuis qu'il a racheté Twitter et l'a renommé "X". Une lettre fétiche pour lui qu'il glisse partout, jusqu'au nom de l'un de ses 12 enfants, prénommé X Æ A-XII.
Mais le rachat n'a pas été de tout repos et a connu son lot de polémiques. Retour sur les grands moments.
"Mon fils a été tué par le virus Woke"
Un poste au board qui se transforme en rachat
Elon Musk, après avoir cofondé Paypal, repris Tesla, fondé SpaceX et Neuralink, s'est entiché de Twitter.
Il a dans un premier temps commencé par donner son avis sur la gestion de l'entreprise cofondée par Jack Dorsey, puis y a investi. Début avril 2022, sa participation atteint 9,2 %. Un poste au "board" lui est proposé par le CEO, Parag Agrawal. Mais, très vite, Elon Musk exprime des désaccords et semble vouloir plus. Il ne veut pas d'un rôle "important". Il veut le rôle principal. Il rejette l'offre et annonce désirer tout simplement racheter Twitter. Montant proposé ? 44 milliards de dollars. Un montant fou sur lequel il a essayé de revenir par après, mais sans succès. Il a emprunté à différentes banques afin d'avoir les liquidités suffisantes, dont Morgan Stanley, Bank of America, Barclays et BNP Paribas. Par ailleurs, certaines craignent désormais de ne pas être remboursées.
Quoi qu'il arrive, tout cela s'est déroulé en moins de trois semaines et le rachat est définitivement réglé en octobre 2022. L'entreprise, cotée depuis 2013, quitte donc la Bourse de New York en octobre 2022. Et Musk quittera quant à lui sa fonction de CEO en 2023 et y placera Linda Yaccarino. Un profil aux contours moins tranchés que Musk mais déjà approchée par l'administration Trump et habituée aux médias et au milieu de la publicité. Et un profil qui reste dans l'ombre d'Elon Musk.
Notons également qu'Elon Musk a surpris plus d'une fois sur Twitter. En 2018, il a même "fait croire" (même si c'était un poisson d'avril) que Tesla avait fait faillite. Certains l'avaient alors accusé de volonté de manipulation de cours de Bourse. Mais c'est une autre histoire.
La pandémie a-t-elle profondément changé Musk ?
"Take the red pill". Le 17 mai 2020, en pleine pandémie de Covid-19, Elon Musk tweete ce message ("Prend la pilule rouge"). Une référence au film Matrix, lorsque le héros rejoint la résistance. Un tournant. Comme beaucoup, Elon Musk a peut-être finalement suivi un chemin classique de "résistance" face aux différentes mesures gouvernementales et adopté des positions plus "chocs". D'ailleurs, lui qui soutenait Joe Biden par le passé s'est par la suite plutôt rapproché de Donald Trump depuis et a clairement fait un virage très à droite. Son conflit avec sa fille transgenre Vivian (née Xavier en 2004) fera d'ailleurs dire à Elon Musk en juillet 2024 que "son fils Xavier est mort, tué par le virus de l'esprit Woke". Et le renforcera encore dans ce virage. Un contexte utile pour comprendre la suite des événements.
Les polémiques font fuir les annonceurs
En débarquant à la tête de Twitter, Elon Musk commence à sabrer largement dans les effectifs. Défenseur autoproclamé de la liberté d'expression, il vise en particulier la branche "modération", qu'il réduit quasiment au néant, et veut se démarquer des Big Techs "vendus" et "censeurs", comme Google ou Facebook.
Mais en réduisant la modération à peau de chagrin, il a offert une caisse de résonance énorme aux utilisateurs plus extrêmes. Les algorithmes dopent la visibilité de contenus racistes, suprémacistes, populistes et haineux. Résultat des courses : les grands annonceurs arrêtent ou réduisent très fortement leurs campagnes publicitaires sur la plateforme. À l'instar de Disney, Coca-Cola, Google, General Motors, Volkswagen, Pfizer, Mondelez. C'est l'hécatombe. Les recettes publicitaires – première source de revenus – fondent de près de 2 milliards de dollars en 2023, alors qu'elles représentaient près de 4,5 milliards de dollars de rentrées avant la reprise. Et la mise en place d'abonnements payants et de "Twitter Blue", qui permet de payer pour "certifier" son compte, ne suffira pas à redresser la barre.
"Twitter est une arène, si on décide de s'y lancer, il faut se battre".
Elon Musk accuse alors ces grands groupes de vouloir tuer X et insulte directement Bob Iger, le patron de Disney. Mais pendant cette saignée, Elon Musk se renforce aussi auprès des milieux s'autoproclamant défenseurs de la liberté d'expression et contre la bien-pensance, et s'attire les faveurs de plus petits acteurs. Notons qu'Apple n'a jamais stoppé ses campagnes sur la plateforme.
Baisse des utilisateurs
Notons également qu'une tendance à quitter le réseau s'est initiée dans certains milieux. Le nombre d'utilisateurs actifs de X diminue d'ailleurs légèrement depuis l'arrivée de Musk, passant de 368,4 millions dans le monde en 2022 à 353,9 en 2023 et devrait s'établir autour de 335,7 millions cette année, selon Statista. Ce qui renforce Musk dans la spirale du "toujours plus de polémique", afin de conserver une audience très "virale". Lui qui, avant le rachat, disait : "Twitter est une arène, si on décide de s'y lancer, il faut se battre".
Et alors qu'il ne cesse de dénoncer les biais de recherche sur Google et autres qui favoriseraient, selon lui, les résultats de recherche sur Kamala Harris au détriment de Donald Trump, il n'hésite pas à utiliser X comme moyen de propagande pour défendre le candidat républicain, qui avait d'ailleurs été banni de la plateforme avant que Musk ne lui rétablisse l'accès.
