Intelligence artificielle et transformation numérique des entreprises : la Belgique tire son épingle du jeu
C'est ce qui ressort de l'enquête menée par le SPF Économie qui vient de dresser un panorama de l'état de la numérisation en Belgique. Point faible : les retards de notre pays en matière de couverture dans la fibre optique et le déploiement de la 5G.

- Publié le 02-12-2024 à 06h38

Notre pays est-il à niveau en ce qui concerne la transformation numérique ? Les entreprises belges utilisent-elles assez les potentialités de l'intelligence artificielle ? L'administration en ligne est-elle devenue une réalité pour les citoyens ? Et le retard de la Belgique au niveau de la fibre, va-t-il vraiment nous handicaper ?
Le SPF Économie a tenté de répondre à toutes ces questions et d'autres dans la deuxième édition annuelle de son "Belgian Digital Economy Overview". Il en ressort un panorama de l'état de la numérisation en Belgique en 2023, tant du point de vue des entreprises que des citoyens et consommateurs, et une comparaison de la place de notre pays par rapport aux autres économies de l'Union européenne.
Peloton de tête européen
Impossible évidemment de rendre compte ici de tous les constats dressés par le SPF Économie. Mais un constat se dégage : la situation de notre pays est globalement rassurante et la Belgique s'en sort plutôt bien par rapport aux autres pays européens même si certains points d'attention subsistent.
En ce qui concerne l'utilisation de l'IA, quelle que soit la taille de l'entreprise, la Belgique se situe en quatrième position derrière le Danemark, la Finlande et le Luxembourg."
Ainsi en 2023, il ressort de cette étude que 12,5 % des PME belges utilisaient au moins une technologie basée sur l'intelligence artificielle (IA). "Il s'agit d'une hausse de 3,2 points de pourcentage par rapport à 2021. Ce chiffre grimpe à 47,9 % pour les grandes entreprises, soulignant une adoption accélérée au sein des organisations de plus grande taille. La Belgique surpasse ainsi de nombreux pays européens dans ce domaine", précise ainsi le SPF Économie. "En ce qui concerne l'utilisation de l'IA, quelle que soit la taille de l'entreprise, la Belgique se situe en quatrième position derrière le Danemark, la Finlande et le Luxembourg. Nous sommes donc devant les Pays-Bas qui arrivent en cinquième position", ajoute encore Karim Benseghir, conseillé auprès du SPF Économie en matière d'analyse de l'économie numérique.

Un constat qui peut paraître assez étonnant, d'autres voix dans le monde patronal mettant régulièrement en avant un certain retard de notre pays dans cette transformation numérique. "Nous essayons de privilégier les données issues de la statistique publique. Nous nous basons sur des données qui sont issues principalement d'Eurostat, qui permettent une comparaison entre les différents États membres, avec une méthodologie éprouvée", répond notre interlocuteur. Et d'ajouter : "Au niveau du panorama de l'intégration et de l'utilisation des technologies numériques, qu'elles soient basiques ou bien avancées, la Belgique s'en sort vraiment très bien. C'est le cas donc pour l'IA. Pour d'autres technologies numériques, que ce soit le cloud ou le big data, la Belgique se retrouve aussi dans le peloton de tête européen".
Plusieurs freins encore à surmonter
Pour Karim Benseghir, les entreprises belges ont pris conscience de l'importance de l'IA et du fait que cette technologie peut s'articuler avec d'autres. "Par exemple, une entreprise qui est déjà très à la pointe en matière de cloud ou en matière de big data aura une propension à intégrer beaucoup plus facilement l'IA. Donc c'est quelque chose qui, au-delà de l'effet de mode des dernières années, est désormais véritablement ancré dans l'écosystème entrepreneurial comme une technologie qui aide les entreprises à mieux performer", précise-t-il encore.
L'objectif, c'est d'avoir au moins 50% de la population qui soit couverte par la fibre à l'horizon 2026. Actuellement, on en est à peu près à 25%."
Sans grande surprise, plus la taille de l'entreprise est importante, plus l'adoption de nouvelles technologies numériques comme l'IA est naturelle. "Il ressort de notre enquête que le principal frein, c'est le manque d'expertise au sein des entreprises, notamment au sein des PME. Ensuite, il y a les risques associés à ces technologies, notamment liés à la protection de la vie privée ou à la protection des données personnelles. Il existe aussi certains freins liés à ce qui touche à la cybersécurité", explique encore l'expert. Mais globalement, "au niveau de l'intégration de ce qu'on appelle les technologies numériques avancées et tout ce qui relève de l'e-business, nos PME s'en sortent vraiment très bien. D'ailleurs, c'est quelque chose qui est souvent mis en exergue par la Commission européenne elle-même".
Largué au niveau de la fibre mais…
Les points plus faibles de la Belgique ? Assurément, la couverture de la fibre optique et le déploiement de la 5G, où notre en pays accuse du retard par rapport à ses voisins. "Au niveau de la fibre, on a eu beaucoup de retard au démarrage. Maintenant, on est occupé à rattraper notre retard avec un plan de déploiement massif réalisé par Proximus. L'objectif, c'est d'avoir au moins 50 % de la population qui soit couverte par la fibre à l'horizon 2026. Actuellement, on en est à peu près à 25 %. C'est un sacré challenge, d'autant plus qu'il y a toute la problématique des "impétrants". En Belgique, ce n'est pas toujours évident de déployer un réseau, d'ouvrir les trottoirs… Mais en Belgique, on a la chance d'avoir une infrastructure concurrente qui est tout aussi efficace, c'est le câble, qui historiquement a toujours été très utilisé en Belgique et qui petit à petit au fil des années a été "upgradé". Le câble actuel permet des performances comparables aux performances de la fibre", explique encore Karim Benseghir. Mais comme l'indicateur retenu par la Commission européenne est celui du déploiement de la fibre, cela biaise les performances de notre pays.
Un dernier mot sur ce qui sera très probablement la nouvelle technologie du futur, à savoir l'informatique quantique. "Beaucoup s'accordent à dire que ce sera la prochaine révolution après l'IA. L'avenir nous le dira en tout cas. C'est une technologie qui permet beaucoup d'applications et qui est basée sur la miniaturisation des puces, des microprocesseurs et qui permet une efficacité de calcul décuplée", illustre l'expert du SPF Économie. Une technologie qui est encore à ce stade testée en laboratoire, notamment du côté de l'Imec à Leuven. "Elle n'est pas encore mature que pour être utilisée au niveau des entreprises", conclut Karim Benseghir. Mais, selon le consultant McKinsey, ce marché est potentiellement immense et pourrait atteindre 173 milliards de dollars à l'horizon 2040. Rien que cela…
Une fracture numérique qui subsiste
Si en 2023, plus de 75 % des Belges ont effectué des achats sur Internet, ce qui est mieux que la moyenne européenne (69,60 %), la fracture numérique subsiste néanmoins dans notre pays. Et même si elle est recul ces dernières années, elle est encore générationnelle et sociale. "En matière d'utilisation des outils numériques, que ce soit au niveau de l'e-commerce ou pour se connecter aux services publics numériques, il y a toujours un frein du côté des seniors", explique Karim Benseghir. Pour les achats en ligne, le pourcentage est 57,71 % pour la tranche 55-74 ans contre plus de 83 % pour les tranches de 16 à 24 et de 25 à 54 ans. Mais la fracture est aussi sociale. "Elle touche aussi les chômeurs, les publics les plus précarisés, ayant un faible niveau de qualification et d'éducation. Là, on a plus de mal à faire baisser la fracture numérique. C'est ce qu'on appelle la fracture numérique du second degré. Et pour ce public-là, il est plus difficile de mettre en place des politiques structurelles, puisque les effets se voient à plus long terme. Des actions sont en cours au niveau fédéral avec un plan de transition numérique et des appels à projets", conclut-il.