Reform Technologies traque le blanchiment : "Il est devenu indispensable, si on veut lutter à armes égales, d'utiliser l'IA"
La start-up bruxelloise Reform Technologies, lancée il y a moins d'un an, connaît un démarrage en force. Son cofondateur et CEO de 29 ans, Louis Wittock, s'est entouré d'ingénieurs et d'experts spécialisés en criminalité financière.

- Publié le 10-01-2025 à 09h49
- Mis à jour le 10-01-2025 à 10h11

Reform Technologies fêtera son premier anniversaire d'ici quelques jours. "Nous avons créé Reform, moi et mon associé, le 28 janvier 2024. Nous sommes déjà à 25 aujourd'hui, avec un chiffre d'affaires de 600 000 euros (hors TVA) et un carnet de commandes de plus d'1 million". Louis Wittock, cofondateur et CEO de Reform, parle comme s'il avait déjà une longue expérience entrepreneuriale derrière lui. Ce diplômé en gestion — dont le cursus est passé par l'Ichec, la Louvain School of Management et St-Gall, en Suisse — n'a pourtant que 29 ans. Et une ambition : aider les institutions financières à passer à la vitesse supérieure en matière de lutte contre le blanchiment d'argent.
Histoire de planter le décor, Louis Wittock cite un premier chiffre : 99 %. "Chaque année, 3 000 milliards de dollars sont blanchis, mais seulement 20 milliards détectés." Autrement dit, plus de 99 % des flux illicites passent entre les mailles des filets de la régulation financière !
La faute à un manque de détermination du secteur (banques, sociétés d'assurances, fintechs, gestionnaires de fonds, etc.) à s'attaquer de front au fléau de la criminalité financière ? Ou à des institutions (gouvernements, régulateurs, etc.) complètement dépassées par les événements ? Louis Wittock ne le pense pas. La pression régulatoire exercée s'est même plutôt accrue pour contrer, notamment, le financement du terrorisme. Le véritable problème, explique le jeune entrepreneur belge, tient aux outils utilisés pour traquer le blanchiment d'argent. "Cela fait vingt ans que les banques et les autres institutions financières utilisent les mêmes méthodes de détection, assure M. Wittock. Cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin !"
Dispositifs coûteux et inefficaces
Cela fait des années que les institutions financières réglementées, telles que les banques et les compagnies d'assurance, utilisent des logiciels de lutte contre le blanchiment d'argent – connus sous l'appellation AML (Anti-money laundering) – pour prévenir les risques de criminalité financière.
Ces institutions financières sont en effet tenues de respecter toute une série de lois et de réglementations en vigueur dans le ou les pays où elles sont actives. Si elles ne le font pas, elles courent de gros risques (amendes, retrait de licence, sanctions pénales…). Elles mettent donc en œuvre des protocoles de conformité AML en vue de détecter et de mettre fin à toute activité susceptible d'être liée à du blanchiment d'argent, à de la fraude ou encore à du financement du terrorisme.
"Aujourd'hui, les institutions financières utilisent encore des systèmes de détection par la règle qui sont laborieux, coûteux et inefficaces."
Comment dès lors expliquer que, malgré ces dispositifs logiciels, les banques et les autres institutions financières détectent moins de 1 % des transactions illicites ? "C'est là que réside le problème, répond le CEO de Reform. Aujourd'hui, ces institutions utilisent encore des systèmes de détection par la règle qui sont laborieux, coûteux et inefficaces." En fonction de différentes règles, ces systèmes (logiciels AML) peuvent émettre des centaines d'alertes. À charge pour chaque institution de vérifier – via des investigateurs (compliance analysts) – si ces alertes correspondent effectivement à des faits de fraude ou blanchiment. Or il s'avère que la très grosse majorité des alertes mènent à des "faux positifs", explique Louis Wittock, alors que les banques, par exemple, peuvent y consacrer jusqu'à 10 % de leurs coûts opérationnels !
Ingénieurs et experts anti-fraude
"Le monde de la criminalité financière est devenu très sophistiqué, enchaîne M.Wittock. Il est devenu indispensable, si on veut lutter à armes égales et gagner en efficacité, de tirer profit des avancées en intelligence artificielle." À l'image d'autres start-up étrangères (comme Hawk ou ThetaRay), Reform Technologies s'est donc lancée dans le développement d'outils d'IA et d'apprentissage automatique pour aider les institutions financières à accroître l'efficacité de leurs contrôles. "Grâce à nos modèles de machine learning supervisé, nous parvenons déjà à réduire de 40 à 60 % le nombre de faux positifs. Cela a un impact très important, par exemple, sur le nombre d'alertes que les investigateurs des banques doivent traiter quotidiennement. Mais on n'est qu'au tout début de la détection des risques de blanchiment par l'IA au sein du secteur financier."
L'une des spécificités de Reform est de combiner la technologie et l'expertise en matière de criminalité financière. Sur les 25 collaborateurs actuels de la start-up, on recense 15 ingénieurs spécialisés en IA, dont plusieurs jeunes diplômés de la KU Leuven (réputée pour ses formations en IA), et 10 experts seniors (ayant chacun au moins 20 ans d'expérience dans la lutte contre le blanchiment). "Ce sont les médecins de la conformité réglementaire", s'amuse le jeune CEO. Parmi eux, Larry Sobin, ancien directeur chez IBM Promontory et BNP Paribas, qui a été recruté en tant que Chief Advisory Officer de Reform.
Reform annonce collaborer, à ce stade, avec six grandes institutions financières (cinq en Belgique et une en Irlande). "On est en discussion avec des banques aux États-Unis, aux Pays-Bas, au Luxembourg. Nous avons vocation à être un acteur international tout en ayant un ancrage en Belgique."
Jusqu'ici, la start-up s'est autofinancée grâce aux revenus générés par l'activité. Une levée de fonds est toutefois prévue dans le courant de cette année afin de renforcer l'équipe de R&D et de consolider son réseau d'experts.
