Bart De Wever réussit un tour de force à Anvers en présence d'Emmanuel Macron, mais reste un point noir : "Ne nous transformons pas en losers"
Le "gratin industriel" se réunissait à Anvers ce mercredi, pour le troisième European Industry Summit, à un moment extrêmement critique pour l'Europe. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, était attendue de pied ferme.

- Publié le 11-02-2026 à 17h42
- Mis à jour le 11-02-2026 à 21h50

Un coup de maître, en quelque sorte. Sortir la présidente de la Commission européenne de la capitale pour la voir se "confronter" aux industriels européens, très critiques, le tout à Anvers, ce n'était en théorie pas gagné d'avance. Même si la présidente voyage beaucoup.
Mais pour la troisième année consécutive, la ville hébergeant l'un des principaux ports d'Europe y arrive une nouvelle fois. Avec le Premier ministre Bart De Wever (et bourgmestre empêché d'Anvers) à la manœuvre de ce nouvel European Industry Summit. Et avec, en invités spéciaux, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz. C'est dire.
"La situation est dramatique, c'est une crise existentielle"
L'ex-CEO de Syensqo au perchoir, Ilham Kadri, annonce la couleur en début d'après-midi. "C'est l'alerte rouge". Le ministre-président flamand Matthias Diependaele (N-VA) emboîte le pas. "Notre prospérité est sous attaque. Nos industries sont le moteur de notre prospérité et ce moteur est en train de mourir. On est à un tournant".
"Le coût du carbone en Europe fait fuir l'industrie. Il faut un ajustement à court terme de l'ETS (quotas carbone, NdlR) et une modification à long terme, en parallèle du CBAM (le mécanisme de taxation du carbone importé, NdlR)", commente pour sa part le patron de BASF, Markus Kamieth.
Et, sur place, parmi les industriels que l'on a pu rencontrer, l'objet du sommet est bien là : faire pression, faire du lobbying sur la présidente de la Commission européenne et informer l'opinion publique afin de préserver leurs intérêts, et leur présence sur le continent.
En marchant sur des œufs mais en montrant une certaine fermeté dans sa réponse, Ursula von der Leyen a tenu à rassurer.
Sans renier le cap des engagements environnementaux, et donc la taxation du carbone, elle a tenté de désamorcer l'accusation de bureaucratie paralysante, en promettant une accélération massive des procédures et une simplification "à tous les niveaux".
"Nous avons déjà présenté des propositions visant à réduire de 15 milliards d'euros chaque année les coûts administratifs pour les entreprises", a-t-elle avancé. Mais selon la présidente, certaines entreprises "qui utilisent encore le fax" comme seul moyen de communication (il doit y en avoir peu tout de même) doivent également évoluer.
"J'ai eu des discussions intenses avec les leaders industriels, et ces discussions ont été une douche froide"
Côté lourdeurs administratives, elle affirme que la responsabilité est aussi au niveau national, et que l'Europe n'est pas responsable pour tous les maux de l'industrie. "Il y a du 'gold plating', c'est-à-dire une surréglementation faite par les États, qu'il faut cesser", a-t-elle lâché.

Sur la "taxe carbone", la ligne est plus subtile : "Décarbonation et compétitivité peuvent aller de pair", a-t-elle affirmé, précisant que la "taxe carbone" permet de financer la transition énergétique des entreprises. "Mais les États investissent trop peu dans cette décarbonation", a-t-elle affirmé. Moins de 5 % des recettes "carbone" sont réinvesties pour la décarbonation.
Reste le nerf de la guerre pour les secteurs énergivores : l'énergie. Là, le ton de la présidente se durcit, avec une cible : la fiscalité des différents États membres. "L'industrie paie des taxes 15 fois plus élevées sur l'électricité que sur le gaz. C'est tout simplement inacceptable." Message aux gouvernements : si l'Europe demande l'électrification des procédés, ces derniers doivent aussi empêcher que l'électricité devienne structurellement pénalisante pour leurs propres industries.
Bart De Wever réinsiste auprès de von der Leyen
En préconclusion, et avant l'arrivée d'Emmanuel Macron et Friedrich Merz, Bart De Wever a résumé la situation, en réponse à la présidente de la Commission.
"J'ai eu des discussions intenses avec les leaders industriels, et ces discussions ont été une douche froide", a-t-il lancé au public sur place. "Je suis trempé derrière les oreilles mais je garde mes partenaires au sec", a-t-il plaisanté, avant de reprendre : "On ne peut pas se transformer en musée. La présidente de la Commission travaille sans cesse. Mais la situation est dramatique, c'est une crise existentielle, les investissements diminuent et les fermetures s'enchaînent", a-t-il lancé.
"Il ne faut pas se transformer en losers […] et on ne peut pas se laisser faire par des pays comme la Chine qui font un dumping intense sur notre marché"
"Si l'Europe néglige son industrie, elle perdra sa croissance, son influence et sa souveraineté. Il faut des solutions de transition, comme l'hydrogène et la capture carbone, mais la simplification administrative n'est pas suffisante, il faut un traitement de choc ! Le rapport Draghi sur la compétitivité le disait déjà il y a plus d'un an", a-t-il asséné fermement, pointant également le point noir du coût du carbone pour maintenir la compétitivité des entreprises européennes.

"Il ne faut pas se transformer en losers […] et on ne peut pas se laisser faire par des pays comme la Chine qui font un dumping intense sur notre marché. La guerre en Ukraine nous a rappelé que l'industrie, la chimie, l'acier sont essentiels, ne serait-ce que pour notre défense", a-t-il répété, sous une salve d'applaudissements.
"La fin de l'énergie russe pas chère, les tensions avec la Chine et la coercition économique américaine ont provoqué un changement structurel, et pas un simple choc temporaire."
En marge des discours, le ministre de l'Économie David Clarinval (MR) se montre un peu "déçu" du discours d'Ursula von der Leyen. "J'espère que le message passe, mais renvoyer la responsabilité aux États est un peu insuffisant. Le système européen est complexe, plus que les USA ou la Chine, sa situation n'est pas simple. Mais il faut agir maintenant. L'industrie est passée de 20 % à 12 % de notre valeur ajoutée en Belgique en 25 ans. C'est une catastrophe. Il faut que l'Europe prolonge les quotas carbone gratuits, c'est le minimum ! Sinon l'industrie va partir hors Europe", a-t-il affirmé.
"La fin de l'énergie russe pas chère, les tensions avec la Chine et la coercition économique américaine ont provoqué un changement structurel, et pas un simple choc temporaire", a conclu pour sa part Emmanuel Macron en fin d'après-midi. Reste à voir si le message passe auprès des instances européennes ainsi que de tous les États membres.
