Immobilier de luxe : "Nous avons vendu un bien à un prix que nous n'aurions jamais imaginé il y a deux ou trois ans"
Du calme, un environnement de qualité, pas de voisins et de beaux espaces. Voilà les critères des acquéreurs à la recherche d'un bien de prestige en Wallonie, où la demande dépasse l'offre.

- Publié le 23-09-2021 à 11h16
- Mis à jour le 23-09-2021 à 15h56

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Après le confinement et avec le télétravail, les Belges se sont rendu compte de l'importance d'avoir de l'espace. "On peut même parler d'espaces, au pluriel : un grand terrain et une grande maison, ce qui permet d'avoir des pièces supplémentaires pour travailler. Pour beaucoup, le luxe, c'est vraiment l'espace", note Jean Houtart, administrateur délégué de l'agence Les Viviers. "Le marché des grands bâtiments a repris du poil de la bête. Il y a vingt ans, plus personne ne voulait de château. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. En outre, on constate une plus grande sensibilité au beau et l'envie de se sentir bien chez soi et de ne pas avoir uniquement un lieu qui soit fonctionnel."
Coût des matériaux
La qualité de l'environnement et la localisation sont aussi essentielles. "La maison, on peut toujours l'améliorer. Le coût des matériaux a fortement augmenté mais il est le même que la propriété soit bien située ou au bord de l'autoroute", précise Jean Houtart. "Les personnes qui recherchent un bien de prestige veulent en général du calme", constate Yves Lange, administrateur du Comptoir Foncier, qui évoque une situation très demandée : l'axe Namur-Luxembourg, "Sans être trop proche de la E411 pour ne pas avoir les nuisances de l'autoroute, mais pas trop loin non plus. Et plutôt à l'écart des villages et de proches voisins". Sur cet axe, c'est le Condroz namurois qui est le plus prisé. "Quand on va plus vers plus vers l'Ardenne, le paysage est plus boisé, ce qui plaît moins."
Toujours sur la E411, mais vers Bruxelles, le Brabant wallon a toujours la cote. "Il offre un bon compromis entre la capitale, et ses inconvénients et avantages, et la campagne plus loin", argue Jean Houtart. "Les prix y restent relativement accessibles par rapport aux mêmes types de biens qu'on peut trouver dans les quartiers chics de Bruxelles. Ce qui marche le mieux : les biens complètement rénovés ou complètement à rénover. C'est plus difficile pour l'entre-deux : les villas des années 1990 qui n'ont jamais été rénovées. Tout fonctionne mais tout est à refaire, du moins pour être mis aux goûts des acquéreurs."

Des petits plus, comme une piscine, un tennis ou un étang peuvent constituer des avantages. "Mais le fait d'avoir une piscine sur la propriété ne change pas grand-chose, à mon avis. C'est plutôt un détail", estime Yves Lange. "Les belles propriétés de caractère nécessitent souvent de lourdes rénovations. Les nouveaux propriétaires n'en sont pas à une piscine près."
Si la campagne a son succès, les villes ne sont pas pour autant délaissées. "Le centre de ville de Liège compte de belles maisons. Il fut un temps négligé par les investisseurs mais ce n'est plus le cas. À Namur, le quartier de la Citadelle, qui avait un peu perdu de sa superbe, redore son blason. Le quartier est agréable et les gens se disent qu'ils n'y sont pas si mal. Nous avons vendu une série de villas des années 1970-1980 à des plus jeunes qui les rénovent", précise Jean Houtart.
Des biens de famille
La demande pour des biens de caractère est forte. Avec un impact sur les prix. "Nous avons récemment vendu un bien à Ciney à un prix que nous n'aurions jamais imaginé il y a deux ou trois ans", prévient Jean Houtart. "Il est encore possible de trouver de belles propriétés mais l'offre est faible. Les familles propriétaires préfèrent les conserver. Quand on en trouve sur le marché, c'est souvent à cause de problèmes d'indivision", dit Yves Lange.
Le public, lui, variera selon la localisation. En Brabant wallon, par exemple, les acquéreurs sont surtout à la recherche d'une résidence principale. Quand ils s'éloignent des villes, la propriété est plus destinée à être une seconde résidence. "Quitte à devenir une résidence principale par la suite. C'est souvent un lieu où l'on se retrouve en famille. Certains acquéreurs ont aussi un projet, comme y faire des chambres d'hôtes, par exemple. Mais c'est plus rare car les coûts de rénovation sont encore plus élevés puisqu'il est nécessaire de se conformer à certaines normes supplémentaires" souligne Yves Lange, qui remarque encore que les acquéreurs sont essentiellement belges. "Les Français trouvent que nous sommes trop chers car chez eux, l'offre est pléthorique pour ce type de biens. Il y a bien quelques exilés français du côté de Bruxelles ou de Tournai, mais rarement à la campagne."
Côté prix, plus on s'éloigne de Bruxelles, plus les prix baissent en général. "Nous avons vendu une très belle propriété dans le centre de Spa. Là, on peut trouver des biens de prestige à 800 000 ou 900 000 euros. Pour le même bien, il faudrait faire fois deux à Namur, fois trois pour le Brabant wallon et fois quatre pour Bruxelles", estime Jean Houtart, qui ajoute que le Hainaut est une province délaissée, avec des prix plus bas qu'ailleurs. "Et pourtant, c'est la province où il y a le plus de châteaux. Elle gagne à être connue."