"En Belgique, on souffre d'un manque d'appétit au risque"
Libre Immo | Jérémy Thomas, à la tête de plusieurs start-up actives dans la PropTech, craint l'immobilisme belge.
- Publié le 04-06-2024 à 09h17

Jérémy Thomas a l'immobilier dans le sang. Il faut dire qu'il s'agit d'une histoire de famille puisque la passion et le métier se transmettent de génération en génération. "Je suis né dedans, sourit-il. Mon arrière-arrière-arrière grand-père était déjà dans l'immobilier et mon père a été le patron d'Immobel. J'ai pu voir comment le secteur de l'immobilier a fonctionné par le passé et comment il a évolué, et quels changements arrivent sur le marché dans les années à venir. L'immobilier conventionnel est fortement disrupté pour le moment et doit s'adapter."
L'IA ne va pas remplacer les humains, c'est une bêtise de le croire. Mais l'IA va remplacer les humains qui n'utilisent pas l'IA dans leur domaine professionnel."
Une évolution qui ne se fait pas sans mal entre ceux qui hésitent et la lourdeur administrative de notre pays. "Ce sont les mêmes sujets qui reviennent souvent, malheureusement. Il y a d'abord ces procédures administratives trop longues qui bloquent les nouvelles entreprises et les nouveaux concepts. Faire aboutir un projet prend une plombe (sic) et est très énergivore, souffle-t-il. Ensuite, on souffre, en Belgique, d'un manque d'appétit au risque. Les Belges n'investissent pas assez et ont peur de prendre une décision pour se lancer dans un projet qui sort de l'ordinaire. Je me suis déjà vu refuser un projet car il était 'trop ambitieux'. Il n'y a que chez nous qu'on voit cela !"
Selon lui, des solutions PropTech existent pour faire évoluer des dizaines de projets dans notre pays, et surtout à Bruxelles. "Dire qu'on n'a plus d'espace pour développer de nouveaux projets à Bruxelles, ce n'est pas vrai, lance Jérémy Thomas. Parlons déjà de tous ces espaces vides à Bruxelles, estimés à 7 millions de mètres carrés. Il faut les occuper, même temporairement, avec l'ambition de lancer des activités mixtes. Avec notre start-up Evenisto, nous avons un temps d'idée et des outils pour permettre d'occuper ces espaces vides et de lancer de nouvelles activités. Mais on se retrouve souvent face à des barrières. Nous avions, par exemple, un projet dans un bâtiment affecté à du résidentiel. Il fallait donc opérer un changement d'affectation temporaire mais c'était un joyeux bordel (sic) alors que nous avions l'accord des banques pour la partie financière…"
Créer des écosystèmes
Aujourd'hui, Jérémy Thomas cible un autre marché où les possibilités sont nombreuses, tout en répondant à un problème de société. "Nous voulons exploiter le marché des containers pour construire des logements pour les étudiants. Il manque aujourd'hui 10 000 places rien qu'à Bruxelles et il manque d'un produit d'investissement pour faire face à cette pénurie, explique-t-il. Nous avons cette idée de logements modulables accompagnés d'une forme d'investissement qui peut, par exemple, être intergénérationnel, avec un grand-parent qui investit pour son petit-enfant tout en profitant d'une plus-value rapide."
Le jeune entrepreneur pointe également l'arrivée massive des solutions liées à l'intelligence artificielle (IA). "L'IA ne va pas remplacer les humains, c'est une bêtise de le croire. Mais l'IA va remplacer les humains qui n'utilisent pas l'IA dans leur domaine professionnel, lance-t-il. Pour l'immobilier, il est temps de réfléchir à des projets sur base d'écosystème, de multifonctionnalité, de mixité. On ne construit plus une tour de dix étages en logeant uniquement des bureaux dedans. On y fait cohabiter du logement, des bureaux, des commerces, etc. Et c'est là que les solutions PropTech permettent d'optimiser les espaces et de les faire évoluer en fonction de leur utilisation réelle."Thibaut Van Hoof
