À Anvers, "ce sont les vendeurs qui ont les cartes en mains"
Libre Immo | Dossier. Tant à Anvers qu'à la Côte, les amateurs de luxe sont belges ou internationaux. Et les prix sont un peu plus bas que ceux de Bruxelles.

- Publié le 14-06-2024 à 10h37
- Mis à jour le 14-06-2024 à 13h35

Comme ailleurs et après l'effervescence qu'on a connue pendant le Covid, le marché et les prix se sont quelque peu stabilisés en Flandre. "Pour le haut de gamme, l'automne et l'hiver ont été plutôt durs. Mais on sent que le marché reprend", explique Nathalie Van Gastel, responsable pour la Flandre chez Sotheby's International Realty. Plusieurs causes expliquent ce ralentissement, comme la frilosité de certains clients internationaux. "Les tensions mondiales font que les gens sont moins enclins à investir à l'étranger. À Anvers, par exemple, nous avons toute une clientèle d'origine juive qui a reporté ses investissements avec le début de la guerre en Israël." La pression fiscale et le climat politique belge général ont aussi joué un rôle, ainsi que les taux d'intérêt élevés et les coûts de construction en hausse.
Mais l'attrait pour la métropole flamande, tout comme pour Bruxelles, reste important. "Les biens sont très abordables pour une clientèle internationale, comparé à Amsterdam, Londres ou Paris. Le rapport qualité-prix est excellent", poursuit Nathalie Van Gastel, qui note une nouvelle tendance pour les biens d'exception, soit ceux au-dessus de cinq millions d'euros : les ventes sont discrètes. "La vente immobilière classique dans cette catégorie est remplacée par une sorte de mise en relation. Le réseau personnel de l'agent immobilier devient de plus en plus important."
Est-ce à dire que la clientèle est essentiellement étrangère pour le haut de gamme ? "Nous avons toute une clientèle belge bien sûr, mais pour les biens les plus chers, c'est plus facile d'attirer une clientèle internationale." À la Côte, outre les Belges qui constituent le principal groupe d'acheteurs, l'agent immobilier constate un intérêt croissant de la part des Allemands ; dans le nord d'Anvers, ce sont les Hollandais qui tirent le marché. "Ce n'est pas nouveau. Cette tendance existe depuis de nombreuses années, avec un pic pendant les années 1990-2000 car l'immobilier est très cher aux Pays-Bas et il n'y a pas d''impôt sur la fortune en Belgique." Les Américains et les Sud-Américains montrent également de l'intérêt pour le marché anversois. "C'est une nouvelle tendance." À Gand et Bruges, la clientèle sera plutôt belge. "Les touristes étrangers apprécient Bruges, mais pas pour y investir, précise Nathalie Van Gastel. À la Côte, les prix ont énormément augmenté ces dernières années mais restent stables malgré un ralentissement du marché. Du côté du Zoute surtout. C'est un marché un peu à part qui reste toujours un bon investissement."
"Nous sommes passés d'un marché de vendeurs à un marché d'acheteurs. Ce sont ces derniers qui ont les cartes en mains."
Les beaux quartiers
À Anvers, où les prix sont un peu plus bas que ceux de Bruxelles, le marché se maintient bien. "Pendant le confinement, tout le monde désirait acheter dans la périphérie. Maintenant, la demande est partagée entre le centre et la périphérie." Dans le centre, Sotheby's a récemment vendu un appartement à 4,5 millions d'euros. "C'était un bien exceptionnel, souligne Nathalie Van Gastel. Mais nous avons quelques quartiers luxueux dans le centre, comme le Theaterbuurt (près du Meir), Het Zuid, Het Eilandje (près du port) et les quartiers plus résidentiels comme Markgrave. On y trouve de belles maisons, mais beaucoup ont besoin de rénovations. Nombre d'entre elles sont également classées, ce qui peut augmenter considérablement le coût de la rénovation et rendre la vente souvent plus difficile… Résultat, il y a de nouveau une possibilité de négociation. On a vu une évolution importante ces derniers temps. Nous sommes passés d'un marché de vendeurs à un marché d'acheteurs. Ce sont ces derniers qui ont les cartes en mains."
Côté périphérie, c'est à Brasschaat, au nord, que les biens sont les plus chers. Sa voisine Schoten affiche des prix un peu moins élevés "mais la différence de prix avec Brasschaat est en train de se résorber. Edegem et Wilrijk, dans le sud et donc plus proches de la capitale, ont également la cote. Certains n'hésitent pas à vivre à Anvers et travailler à Bruxelles."
De par sa situation géographique, Malines figure aussi parmi les localisations prisées. "Nous y avons actuellement deux biens d'exception en vente. Les prix sont en hausse mais restent en deçà de ceux de Bruxelles et Anvers. On y trouve de nombreux biens historiques, spacieux et bien situés. Les autorités ont en outre beaucoup œuvré pour rendre la ville très agréable et attractive", remarque Nathalie Van Gastel qui pointe encore, dans un autre registre, Keerbergen en Brabant flamand, où "il y a toujours une demande pour les belles villas".
Un château, oui mais….
Ce que les clients recherchent dans l'immobilier de luxe, c'est de l'intimité, une localisation unique, un bien historique, des finitions très luxueuses ou encore un architecte connu. Mais un bien neuf ou rénové sera préféré à un autre où tout est à refaire. "Les acheteurs n'ont pas le temps de s'occuper des travaux et craignent les mauvaises surprises. Un bon PEB est essentiel depuis la crise énergétique", indique Nathalie Van Gastel. Un dernier point qui explique pourquoi le marché des châteaux, quoique dynamique, avec de nombreux domaines à vendre, est plus compliqué. "C'est un marché particulier. Côté vendeurs, on trouve souvent des familles qui possèdent le bien depuis plusieurs générations et qui souhaitent en obtenir un bon prix. Il y a une valeur émotionnelle attachée à ces propriétés qui sont dans la famille depuis longtemps. Côté acheteurs, on a des amateurs qui voient surtout les travaux à faire et le coût de l'entretien. Entre les deux, l'écart est souvent grand. Il faut mettre les gens autour de la table pour négocier. Et parfois ça peut prendre du temps. Mais ce sont des biens qui gardent une certaine aura. Pour le côté privatif et l'unicité qu'ils offrent, notamment."
